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Un chrétien au secours des esclaves de l’EI

Il s’appelle Abu Shujaa, mais on le connait comme "le père des valeureux". Il a en effet arraché plus de 200 femmes et jeunes filles des mains de l'EI en les rachetant ou en les libérant pour les mener en lieux sûrs.

Au secours des femmes Yézidis

Ces dernières années, il a réalisé de nombreux voyages entre l’Irak, la Syrie et la Turquie afin de sauver ces personnes. The Guardian décrit la situation de plus de 1000 femmes et jeunes filles Yézidis soumises à l'esclavage après la prise de Sinjar (Irak) en 2014. Considéré par l’EI comme "hérétiques adorateurs du diable", ce peuple voue un culte à Taus Malek, un ange déchu qui se serait repenti de sa rébellion après une longue expiation. Les femmes Yézidi ont souffert toutes les horreurs de la guerre : tortures, prison, abus… Mais surtout la vente sur les places publiques comme esclaves après avoir été marquées au fer rouge. Nombre d’entre elles ont été offertes comme butin tandis que les enfants et les jeunes sont réquisitionnés pour la guerre sainte.

Une entreprise héroïque

C’est cet état de fait catastrophique qui décida ce commerçant originaire de Sinjar à faire quelque chose. Il affirme : "Il était nécessaire que quelqu’un tente de venir en aide à ces femmes. Je ne suis ni meilleur ni plus courageux que les autres. Mais je connaissais beaucoup de gens en Syrie avant l’arrivée d’Isis et j’avais un bon réseau". Bien qu’il le nie, le courage est pourtant nécessaire pour mener à bien une telle opération. Les petits groupes de sauveteurs de 3 à 7 personnes doivent en effet faire confiance aux habitants de la ville contrôlée par le califat. 

Avec une certaine amertume il affirme : "personne ne s’intéresse à nous, personne ne nous protège. Nous devons organiser la fuite en comptant sur nos propres forces". Et de fait, le succès n’est pas toujours là. Au mois de février, deux hommes de l’équipe ont été décapités sur la place de Raqqa et Abu Shujaa lui-même a été interrogé et détenu dans un check-point de l’EI. Après plusieurs heures, il a réussi à reprendre son voyage en compagnie de 7 femmes.

Les menaces sont constantes et chaque fois plus violentes. Pourtant, bien que son nom et son visage soient désormais connus de tous, il n’a pas peur et continue ses tentatives de sauvetage.

L'histoire de Samira

C’est la réalité de Samira, 21 ans, séquestrée avec son fils et enceinte après un accouchement en prison. Transférée à Raqqa, elle fut offerte à un djihadiste saoudien. Son "maître" propose de la rendre à sa famille pour 70 millions de dinars (54 000 euros). On parvient à un accord. Mais une fois la moitié de l’argent en main, il change d’avis et garde Samira.

Le père de la jeune femme entre alors en contact avec Abu Shujaa. Celui-ci parvient à parler quelques minutes avec elle pour planifier sa fuite. En juin, elle profite d’une absence de son tortionnaire pour sortir de la maison avec ses deux enfants, revêtue de l’abaya de rigueur. Quelques minutes plus tard, elle parvient à rejoindre les hommes d’Abbu Shujaa qui l’emmènent en dehors de la ville.

Avant d’énumérer toutes les horreurs de ces mois de captivité et d'apprendre que 12 de ses proches sont encore séquestrés, elle embrasse son père, elle qui pensait "ne jamais plus pouvoir revoir sa famille". Son désir s'est réalisé "grâce à Abu Shujaa". 

Source : The Guardian.

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