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Thérèse ou la vérité au pied de la Croix

Nous fêtons aujourd’hui Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, cette petite religieuse proclamée docteur de l’Eglise dont l’universalité de la mission naît d’un regard sur le Crucifié. 

« Je fus frappée par le sang qui tombait d’une de ses mains Divines, j’éprouvai une grande peine en pensant que ce sang tombait à terre sans que personne [ne] s’empresse de le recueillir, et je résolus de me tenir en esprit au pied de [la] Croix pour recevoir la Divine rosée qui en découlait, comprenant qu’il me faudrait ensuite la répandre sur les âmes… Le cri de Jésus sur la Croix retentissait aussi continuellement dans mon cœur : ‘J’ai soif !’ Ces paroles allumaient en moi une ardeur inconnue et très vive… Je voulais donner à boire à mon Bien-Aimé et je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes… Ce n’était pas encore les âmes de prêtres qui m’attiraient, mais celles des grands pécheurs, je brûlais du désir de les arracher aux flammes éternelles… » (Manuscrit A, 45 v°)

Exprimé dans le vocabulaire et dans la sensibilité de son époque, le fait de se tenir au pied de la Croix est un aspect central de sa mission. Saint Jean Paul II en éclairait la raison lorsqu’il évoquait la place de Marie dans la rédemption : « Depuis la Croix, pour ainsi dire du cœur même du mystère de la Rédemption, le rayonnement de cette bénédiction de la foi s'étend et sa perspective s'élargit. Elle rejaillit ‘jusqu'au commencement’ et, comme participation au sacrifice du Christ, nouvel Adam, elle devient, en un sens, la contrepartie de la désobéissance et de l'incrédulité comprises dans le péché des premiers parents. C'est ce qu'enseignent les Pères de l'Eglise et, en particulier, saint Irénée cité par la Constitution Lumen gentium: ‘Le nœud de la désobéissance d'Eve a été dénoué par l'obéissance de Marie, car ce que la vierge Eve avait lié par son incrédulité, la Vierge Marie l'a délié par sa foi’. A la lumière de cette comparaison avec Eve , les Pères -comme le rappelle aussi le Concile- donnent à Marie le titre de ‘Mère des vivants’ et ils disent souvent: ‘Par Eve la mort, par Marie la vie’ (Redemptoris Mater 41-42).

Toute la mission de Thérèse semble émaner de la contemplation de « l’Enfant Jésus » et de cette rencontre avec la « Sainte Face ». C'est à partir de là que s’ordonne le désir brûlant de vérité qui l’anime dés son plus jeune âge : « J'étais bien petite quand ma tante me donna à lire une histoire qui m'étonna beaucoup. Je vis, en effet, qu'on louait une maîtresse de pension, parce qu'elle savait adroitement se tirer d'affaire, sans blesser personne. Je remarquai surtout cette phrase : ‘Elle disait à celle-ci : Vous n'avez pas tort ; à celle-là : Vous avez raison.’ Et je pensais en moi-même : Ce n'est pas bien cela ! Cette maîtresse-là, elle aurait dû ne rien craindre et dire à ses petites filles qu'elles avaient tort quand c'était vrai. Et maintenant je n'ai pas changé d'avis. J'ai bien plus de misère, je l'avoue, car c'est toujours si facile de mettre le tort sur les absents, et cela calme aussitôt celle qui se plaint. Oui, mais… c'est tout le contraire que je fais. Si je ne suis pas aimée, tant pis ! Moi je dis la vérité tout entière, qu'on ne vienne pas me trouver, si l'on ne veut pas la savoir. » (Carnet jaune, extrait de mai)

C’est sans doute aussi ce lieu que « tout le monde fuit » qui confère à sa spiritualité sa grande fermeté : « ‘Que le glaive de l'esprit qui est la parole de Dieu demeure perpétuellement en notre bouche et en nos cœurs’. Si nous sommes aux prises avec une âme désagréable, ne nous rebutons pas, ne la laissons jamais. Ayons toujours ‘le glaive de l'esprit’ à la bouche pour la reprendre de ses torts ; ne laissons pas aller les choses pour conserver notre repos ; combattons toujours même sans espoir de gagner la bataille. Qu'importe le succès ? Ce que le bon Dieu nous demande c'est de ne pas nous arrêter aux fatigues de la lutte, c'est de ne pas nous décourager en disant : ‘Tant pis! il n'y a rien à en tirer, elle est à abandonner.’ Oh ! c'est de la lâcheté cela ; il faut faire son devoir jusqu'au bout. » (Carnet jaune, extrait d’avril)

Benoît XVI évoquera l’accomplissement de la mission d'amour et de vérité de la petite Thèrèse : « avec Marie à côté de la Croix de Jésus, Thérèse vit alors la foi la plus héroïque, comme une lumière dans les ténèbres qui envahissent son âme. La carmélite a conscience de vivre cette grande épreuve pour le salut de tous les athées du monde moderne, qu’elle appelle ‘frères’. Elle vit alors encore plus intensément l’amour fraternel (8r-33v) : envers les sœurs de sa communauté, envers ses deux frères spirituels missionnaires, envers les prêtres et tous les hommes, en particulier les plus lointains. Elle devient véritablement une ‘sœur universelle’ ! Sa charité aimable et souriante est l’expression de la joie profonde dont elle nous révèle le secret : ‘Jésus, ma joie est de T’aimer’ (P 45/7). Dans ce contexte de souffrance, en vivant le plus grand amour dans les petites choses de la vie quotidienne, la sainte conduit à son accomplissement sa vocation d’être l’Amour au cœur de l’Eglise (cf. Ms B, 3v). (Cétéchèse du 6 avril 2011).

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