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Mateo : « Quand on ouvre la porte à l’espoir, tout est possible »

"Quand on ouvre la porte à l'espoir, tout est possible", telle est la phrase que la réalisatrice colombienne Maria Gamboa a choisi pour l’affiche de son film Mateo (2014). Ce film, basé sur une histoire vraie, traite de la violence des bandes et de la lutte des jeunes au quotidienn, qui demeure d'actualité dans beaucoup de pays comme le El Salvador.


Mateo – VOSTA von PremiereFR

Mateo, un jeune de Barrancabermeja en Colombie se fait embrigadé par son oncle Walter pour faire partie de sa bande. Payé d’abord par son oncle pour apporter des informations sur une troupe de danse dirigée par un prêtre, Mateo commence à vivre une vraie expérience d’amitié qui réveille sa liberté et lui permet de changer de vie. Maria Gamboa montre comment l’art et la beauté de l’amitié aident le jeune à  grandir dans la liberté et à poser des actes qui sauvent sa vie. Même dans des contextes extérieurs très difficiles, le jeune peut découvrir ses désirs profonds. Avant de tourner le film, Maria a vécu quelques années dans ce quartier. Les rôles principaux du film sont joués par des personnes qui ont été victimes directes du conflit armé en Colombie, et dont les proches ont été assassinés. Le film pose un regard lucide mais plein d'espérance sur cette jeunesse.

Alejandra Pinto, photographe professionnelle salvadorienne, répond à nos questions sur la manière dont le film aborde la réalité de ces bandes. 

Pourquoi selon vous, certains jeunes seraient attirés par ces bandes?

Souvent, quand un jeune s’approche des gangs, c’est pour chercher un certain refuge, une réponse ou une solution directe aux menaces et aux discriminations auxquelles il est confronté dans sa réalité.

Dans le film, l’amitié entre le prêtre et Mateo a permis au jeune de rencontrer un lieu d’appartenance. Selon vous, que serait l’importance de l’amitié dans la vie d’un jeune ?

Pour ce qui est du film, il me parait que Mateo rencontre dans le prêtre un appui. Le rôle du prêtre dans la vie de Mateo reflète une vraie amitié dans laquelle Mateo rencontre une personne qui le conseille, prenant en considération son désir de bonheur, de plénitude et de réalisation de sa personne en ce qu’elle a de plus précieux. Pour un jeune, rencontrer une telle amitié pourrait déterminer profondément sa personne et sa conviction personnelle.

Le film traite aussi la question de l’art. Selon vous, quel impact l’art  pourrait avoir sur la vie en général et particulièrement sur celle des jeunes ?

De point de vue subjectif, l’art est un exercice analytique et sentimental. Dans le processus, l’expression artistique nous permet de nous rencontrer avec notre propre vulnérabilité et notre connaissance de soi-même. C’est ainsi que l’opportunité de partager cette expression artistique avec d’autres offre au jeune la possibilité de faire ce chemin, une chance où ses propres vulnérabilités pourront être accompagnées, soutenues, acceptées dans une constante écoute et ouverture.

Le film montre aussi la lutte des mères de famille au quotidien dans l’éducation et le travail. Quelle est l’importance de la figure de la mère de Mateo ?

Malgré les circonstances, il me parait que la maman de Mateo reflète une attitude de persévérance et de rectitude. C’est un message relatif à la réalité salvadorienne, où souvent nous sommes confrontés à des situations où le bien face à nos nécessités est disséminé, et nous optons pour choisir la sortie la plus facile, qui n’est pas nécessairement celle du bien.

Beaucoup de jeunes salvadoriens sont toujours tentés par l'émmgration, cherchant une terre de rêve où ils seraient loin de la violence. Que souhaiteriez-vous leur dire ?

Qu’ils essaient de voir au El Salvador la responsabilité que Dieu leur a confiée et qu’ils rencontrent par leurs talents les solutions aux problèmes personnels, surtout, qu’ils demeurent toujours fidèles à leur famille.

Nous voyons à un moment donné du film, comment la liberté de Mateo a été provoquée pour choisir entre deux chemins bien différents. Qu'est-ce qui pourrait aider cette liberté à être éduquée ?

Rencontrer des lieux ouverts et sains où sa propre liberté, sa capacité d'autodétermination, pourrait grandir. On ne peut jamais être obligé de prendre des décisions malgré nous. Mateo a eu cette chance de rencontrer ce lieu dans l’expression artistique et à travers ces nouvelles amitiés. Prenant conscience du fait qu’il est aimé et qu’il pouvait réaliser la plénitude de sa personne, il a commencé à atteindre cette liberté à l’intérieur de lui-même sans se laisser déterminer par les facteurs extérieurs ou les circonstances défavorables.

Un mot pour conclure ?

L’accent que le film met sur l’art est très important. Sans le processus de l’expression artistique qui a précédé tout son cheminement, Mateo n’aurait pas pu réussir à être sensibilisé et à rencontrer une communauté où il fait l’expérience d’un accueil et d'une empathie véritables. 

Propos recueillis par Josette Khoury

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