Home > Arts plastiques > Pablo Picasso, au-delà de la ressemblance

Pablo Picasso, au-delà de la ressemblance

Le Musée d’Art Moderne de Buenos-Aires a réalisé une exposition centrée sur les dessins du grand peintre. La quête d’un artiste qui changea l’histoire de l’art occidental est ainsi mise en lumière.

« Que voulons-nous peindre; ce qu’il y a sur le visage, ce qu’il y a à l’intérieur du visage, ou ce qu’il y a au-delà de lui ? » L’expression de Picasso laisse entrevoir le caractère expérimental de son travail. Réalisés entre 1897, lorsque Picasso avait seize ans, et 1972, l’année précédant son décès, les 74 dessins sélectionnés pour l’exposition dans la collection du Musée National Picasso de Paris marquent les jalons d’une production graphique féconde.

Une nouvelle conception de la représentation

Le dessin était pour Picasso le lieu de la réflexion : un espace conçu comme un laboratoire de formes et le premier terrain de l’expérimentation personnelle. Nous le découvrons à travers ses dessins de bars et de cabarets de Barcelone, dans ses observations intimes et amoureuses ou dans sa manière de capter la souffrance humaine. On le voit se diriger peu à peu vers le cubisme primitif et passer du cubisme au surréalisme.

C’est par le dessin qu’il réalise sa propre déconstruction du langage plastique. Il rompt avec la perspective de la Renaissance et explore l’utilisation de l’espace. La forme humaine ou animale est soumise à un processus de transformation, de désintégration et d’assemblage. A travers ses traits forts et synthétiques apparaissent des figures disséquées en divers plans, saisies depuis plusieurs points de vue simultanés. Autant de femmes, d’hommes aux violons et de guitares dont les formes deviennent parfois méconnaissables.

Figures sans paix. Sa quête n’est pas sans liens avec la situation de son siècle. Il s’agit de répondre à la crise profonde de l’homme autant qu’à la violence et à l’horreur de la guerre. Picasso use pour cela de la métamorphose. Le figuratif admet alors une nouvelle conception dans sa représentation.

La substance des choses

Le début du siècle apporte l’indépendance de la ligne. Mais la liberté à un prix : « Personne ne sait combien il faut de préparation pour tracer une ligne qui soit vivante, personne ne sait combien il en coûte de définir, avec une seule ligne, d’un seul trait, la substance des choses », dit Picasso. Par un procédé mystérieux, le trait se met en quête de la vie et renouvelle le langage de la beauté.

Plutôt que de copier, le peintre regarde, descelle et crée des formes. Et puisque la forme possède encore une apparence, les dessins sont par là aussi des réalités concrètes. Mais, les formes discernées par l’artiste là où d’autres ne les saisissent pas, expriment la vérité de l'être avec une plus grande profondeur. Il ne s’agit pas, nous dit le peintre, de « transformer le soleil en un point jaune sur la toile, mais de transformer, à travers son art et son intelligence, un point jaune sur la toile en soleil ».

Ainsi, Picasso parle de la « ressemblance » entre le dessiné et le naturel quand il fait référence à une relation qui n’est ni identité totale, ni complète altérité, mais une analogie par laquelle il cherche à dévoiler l’identité profonde de l’objet contemplé. L’artiste n’imite plus la nature, il ne cherche plus à copier. Car le dessein ne veut plus seulement rendre compte de la chose telle qu’elle apparaît à nos sens. Malgré un apparent éloignement du phénomène, il cherche plutôt à lire à l’intérieur (« inter-legere » aurait dit St Thomas d’Aquin). « Au-delà des apparences », il veut en saisir le noyau, la moelle. Il veut la dire plus durablement, c’est à dire plus essentiellement.

Levant les yeux sur le monde, il pourra alors s’écrier : « Chaque seconde de vie est un moment nouveau et unique dans l’univers, un moment qui ne se répètera jamais. Et que leur enseigne-t-on à nos enfants ? Nous leur enseignons que deux et deux font quatre et que Paris est la capitale de la France. Quand va-t-on leur enseigner ce qu’ils sont ? Nous devrions dire à chacun : “Sais-tu qui tu es? Tu es une merveille, tu es unique!” »

 

 

 

Vous aimerez aussi
Les sculptures de Picasso au MoMA : l’exception des années cubistes
Serge Poliakoff : le silence des couleurs
Fabienne Verdier : une peinture métaphysique
Eternel face à face en Provence