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Dossier « 20 ans du doctorat de ste Thérèse de Lisieux » (2) : La science de la petite Thérèse

La petite Thérèse est Docteur de l’Eglise. Mais de quelle science parle-t-on ? Dans sa Lettre apostolique du 19 octobre 1997, st Jean-Paul II explique : « Même si Thérèse n’a pas un corps de doctrine proprement dit, de véritables éclairs de doctrine se dégagent de ses écrits qui, comme par un charisme de l’Esprit Saint, touchent au centre même du message de la Révélation dans une vision originale et inédite, présentant un enseignement de qualité éminente. » Proclamer quelqu’un Docteur de l’Eglise c’est donc lui reconnaître ce don particulier de Sagesse accordé aux petits et aux humbles, lequel permet d’entrevoir « de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux » (Ms A, 83 v°). Il ne s’agit donc pas tant d’une sagesse humaine que d’une « science d’Amour », qui, dans le cas de Thérèse est « l’expression de sa connaissance du mystère du Royaume et de son expérience personnelle de la grâce ». Voici des extraits du document pontifical pour comprendre de quelle science sainte Thérèse était habitée. 

Un charisme de sagesse

7. Á partir de l’étude attentive des écrits de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et en fonction du rayonnement qu’ils ont eu dans l’Eglise, on peut relever les aspects saillants de « l’éminente doctrine » qui constitue l’élément essentiel sur lequel est fondée l’attribution du titre de Docteur de l’Eglise.

Avant tout, on constate la présence d’un charisme particulier de sagesse. Cette jeune carmélite, en effet, sans formation théologique spéciale, mais éclairée par la lumière de l’Evangile, se sent instruite par le Maître divin qui, comme elle le dit, est « le Docteur des docteurs » (Ms A, 83 v°), chez qui elle puise les « enseignements divins » (Ms B, 1 r°). Elle éprouve en elle-même l’accomplissement des paroles de l’Ecriture : « Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi ». […] « La miséricorde est accordée aux petits » (Ms B, 1 v° ; cf. Pr 9,4 ; Sg 6,6) ; et elle se sait instruite dans la science de l’amour, cachée aux sages et aux savants, que le divin Maître a bien voulu lui révéler, comme aux petits (cf. Ms A, 49 r° ; Lc 10, 21-22). Pie XI, qui considérait Thérèse de Lisieux comme « l’Etoile de son pontificat », n’hésita pas à affirmer dans l’homélie du jour de sa canonisation, le 17 mai 1925 : « L’Esprit de vérité lui ouvrit et lui fit connaître ce qu’il a coutume de cacher aux sages et aux savants pour le révéler aux tout-petits. Ainsi, selon le témoignage de notre prédécesseur immédiat, elle a possédé une telle science des réalités d’en-haut qu’elle peut montrer aux âmes une voie sûre pour le salut » (AAS 17 [1925], p. 213).

 Sa doctrine est à la fois une confession de la foi de l’Eglise, une expérience du mystère chrétien et une voie vers la sainteté.

Son enseignement n’est pas seulement conforme à l’Ecriture et à la foi catholique, mais il excelle par la profondeur de la sagesse synthétique où il est parvenu. Sa doctrine est à la fois une confession de la foi de l’Eglise, une expérience du mystère chrétien et une voie vers la sainteté. Faisant preuve de maturité, Thérèse donne une synthèse de la spiritualité chrétienne ; elle unit la théologie et la vie spirituelle, elle s’exprime avec vigueur et autorité, avec une grande capacité de persuasion et de communication, ainsi que le montrent la réception et la diffusion de son message dans le Peuple de Dieu.

L’enseignement de Thérèse exprime avec cohérence et intègre dans un ensemble harmonieux les dogmes de la foi chrétienne considérés comme doctrine de vérité et expérience de vie. Il ne faut pas oublier à ce sujet que l’intelligence du dépôt de la foi transmis par les Apôtres, ainsi que l’enseigne le Concile Vatican II, progresse dans l’Eglise sous l’assistance du Saint-Esprit : « En effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s’accroît tant par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent dans leur cœur (cf. Lc 2, 19.51) que par l’intelligence intérieure des réalités spirituelles qu’ils expérimentent ainsi que par la prédication de ceux qui, avec la succession dans l’épiscopat, ont reçu un charisme certain de vérité » (Dei Verbum, n.8).

Dans les écrits de Thérèse de Lisieux, sans doute ne trouvons-nous pas, comme chez d’autres Docteurs, une présentation scientifiquement organisée des choses de Dieu, mais nous pouvons y découvrir un témoignage éclairé de la foi qui, en accueillant d’un amour confiant la condescendance miséricordieuse de Dieu et le salut dans le Christ, révèle le mystère de la sainteté de l’Eglise (…).

Des éclairs de doctrine

8. Avec sa doctrine propre et son style unique, Thérèse se présente comme une authentique maîtresse de la foi et de la vie chrétiennes. Dans ses écrits, comme dans les développements des saints Pères, passe la sève vivifiante de la tradition catholique dont les richesses, ainsi que l’atteste encore le Concile Vatican II, « passent dans la pratique et la vie de l’Eglise qui croit et qui prie » (Dei Verbum, n.8).

La doctrine de Thérèse de Lisieux, si on la considère dans son genre littéraire, dépendant de son éducation et de sa culture, et si on l’évalue en fonction des conditions particulières de son époque, se présente dans une harmonie providentielle avec la tradition la plus authentique de l’Eglise, tant pour la confession de la foi catholique que pour la promotion de la vie spirituelle la plus vraie, proposée à tous les fidèles dans un langage vivant et accessible.

Dans ses écrits, comme dans les développements des saints Pères, passe la sève vivifiante de la tradition catholique dont les richesses, ainsi que l’atteste encore le Concile Vatican II, passent dans la pratique et la vie de l’Eglise qui croit et qui prie.

Elle a fait resplendir en notre temps la beauté de l’Evangile ; elle a eu la mission de faire connaître et aimer l’Eglise, Corps mystique du Christ ; elle a aidé à guérir les âmes des rigueurs et des craintes de la doctrine janséniste, plus portée à souligner la justice de Dieu que sa divine miséricorde. Elle a contemplé et adoré dans la miséricorde de Dieu toutes les perfections divines, parce que « la Justice même (et peut-être encore plus que toute autre) me semble revêtue d’amour » (Ms A, 83°v). Elle est ainsi devenue une icône vivante de ce Dieu qui, selon la prière de l’Eglise, « donne la preuve suprême de sa puissance lorsqu’il patiente et prend pitié » (cf. Missale Romanum, Collecta, XXVIe dimanche du temps ordinaire).

Même si Thérèse n’a pas un corps de doctrine proprement dit, de véritables éclairs de doctrine se dégagent de ses écrits qui, comme par un charisme de l’Esprit Saint, touchent au centre même du message de la Révélation dans une vision originale et inédite, présentant un enseignement de qualité éminente.

De fait, au cœur de son message, il y a le mystère même de Dieu Amour, de Dieu Trinité, infiniment parfait en soi. Si l’expérience chrétienne authentique doit être en accord avec les vérités révélées, dans lesquelles Dieu se fait connaître lui-même et fait connaître le mystère de sa volonté (cf. Dei Verbum, n. 2), il faut affirmer que Thérèse a fait l’expérience de la Révélation divine, parvenant à contempler les réalités fondamentales de notre foi réunies dans le mystère de la vie trinitaire. Au sommet, source et terme à la fois, il y a l’Amour miséricordieux des trois Personnes divines, comme elle le dit, spécialement dans son Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux. A la base, du côté du sujet, il y a l’expérience d’être enfant adoptif du Père en Jésus ; tel est le sens le plus authentique de l’enfance spirituelle, c’est-à-dire l’expérience de la filiation divine sous la motion de l’Esprit Saint. A la base encore, et devant nous, il y a le prochain, les autres, et nous devons coopérer à leur salut avec et en Jésus, avec le même Amour miséricordieux que Lui.

Au sommet, source et terme à la fois, il y a l’Amour miséricordieux des trois Personnes divines.

Par l’enfance spirituelle, on éprouve que tout vient de Dieu, que tout retourne à Lui et demeure en Lui, pour le salut de tous, dans un mystère d’Amour miséricordieux. Tel est le message doctrinal enseigné et vécu par cette sainte.

Comme pour les saints de l’Eglise de tous les temps, pour elle aussi, dans son expérience spirituelle, le Christ est le centre et la plénitude de la Révélation. Thérèse a connu Jésus, elle l’a aimé et l’a fait aimer avec la passion d’une épouse. Elle a pénétré les mystères de son enfance, les paroles de son Evangile, la passion du Serviteur souffrant gravée en sa sainte Face, la splendeur de son existence glorieuse, sa présence eucharistique. Elle a chanté toutes les expressions de la divine charité du Christ, telles qu’elles sont proposées par l’Evangile (cf. PN 24, Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi !).

Thérèse a été particulièrement éclairée sur la réalité du Corps mystique du Christ, sur la diversité de ses charismes, des dons de l’Esprit Saint, sur la force éminente de la charité qui est comme le cœur même de l’Eglise, où elle a trouvé sa vocation de contemplative et de missionnaire (cf. Ms B, 2 r° – 3 v°).

Enfin, parmi les chapitres les plus originaux de sa science spirituelle, il faut rappeler la sage recherche qu’a développée Thérèse du mystère et de l’itinéraire de la Vierge Marie, parvenant à des résultats très voisins de la doctrine du Concile Vatican II, au chapitre VIII de la Constitution Lumen gentium, et de ce que j’ai moi-même proposé dans mon encyclique Redemptoris Mater du 25 mars 1987.

La source de l’écriture

9. La source principale de son expérience spirituelle et de son enseignement est la Parole de Dieu, dans l’Ancien et le Nouveau Testaments. Elle le reconnaît elle-même, mettant particulièrement en relief son amour passionné pour l’Evangile (cf. Ms A, 83 v°). Dans ses écrits, on dénombre plus de mille citations bibliques : plus de quatre cents de l’Ancien Testament et plus de six cents du Nouveau Testament.

Malgré sa formation insuffisante et l’absence d’instruments pour l’étude et l’interprétation des livres saints, Thérèse s’est immergée dans la méditation de la Parole de Dieu avec une foi et une spontanéité singulières. Sous l’influence de l’Esprit, elle est parvenue, pour elle-même et pour les autres, à une connaissance profonde de la Révélation. En se concentrant amoureusement sur l’Ecriture – elle aurait même voulu connaître l’hébreu et le grec pour mieux comprendre l’esprit et la lettre des livres saints -, elle a montré l’importance qu’ont les sources bibliques dans la vie spirituelle, elle a mis en relief l’originalité et la fraîcheur de l’Evangile, elle a cultivé sobrement l’exégèse spirituelle de la Parole de Dieu, de l’Ancien comme du Nouveau Testament. Elle a ainsi découvert des trésors cachés, en s’appropriant des paroles et des faits, parfois non sans audace surnaturelle comme lorsque, lisant les textes de Paul (cf. 1 Co 12-13), elle a eu l’intuition de sa vocation à l’amour (cf. Ms B, 3 r° – 3 v°). Eclairée par la Parole révélée, Thérèse a écrit des pages géniales sur l’unité entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain (cf. Ms C, 11 v° – 19 r°) ; elle s’est identifiée à la prière de Jésus lors de la dernière Cène, comme expression de son intercession pour le salut de tous (cf. Ms C, 34 r° – 35 r°). (…).

(source)

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