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Renouvellement des promesses sacerdotales à l’école du plus dépouillé

C’est le lundi Saint qu’à Vienne a lieu traditionnellement la messe chrismale, magnifique liturgie rassemblant le clergé autour de son évêque pour bénir les saintes huiles et renouveler les promesses sacerdotales. En préparation de celle-ci, une recollection était offerte au palais épiscopal sous forme de témoignages donnés par quelques prêtres sur leur souffrance dans l’épreuve et la maladie. 

Le Cardinal Schönborn durant la messe chrismale souffle sur les huiles saintes pour les bénir.
 

Le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, comme chaque année invitait ses prêtres à une rencontre fraternelle au début de la semaine sainte. Ayant dû au cours des derniers mois accompagner certains d’entre eux dans l’épreuve de la souffrance et de la maladie, il choisit donc de leur donner la parole pour qu’ils partagent cette expérience de la souffrance et du dépouillement. 

Le curé R, fauché il y a quelques mois de plein fouet par une voiture, partage son action de grâce d’avoir survécu de façon miraculeuse sans séquelles majeures, même s’il lui a fallu traverser une longue période d’intense douleur et l’impossibilité presque totale de dormir. Plusieurs rencontres au cours de sa convalescence ont laissé une trace indélébile dans son âme : Avec une mère lui racontant que son enfant avait mis fin à ses jours, ne supportant plus les douleurs d’une maladie qui ne le laissait plus dormir. Avec une femme de sa paroisse à qui il est arrivé le même genre d’accident et en est restée lourdement paralysée sans plus pouvoir parler. Avec le chauffard qui l’a renversé, rongé par l’angoisse et la culpabilité, et avec qui il senti une mystérieuse communion de destin. Avec son évêque qui s’enquit régulièrement de son état et l’aida à traverser cette épreuve dans la foi. Tout ceci lui permit sur ce grand mystère dont il parle si souvent aux fidèles – peut-être un peu légèrement… – du plan de Dieu pour chacun de nous, notamment au cœur de la souffrance. Son sourire et la lumière de son visage lorsqu’il s’exprimait devant ses confrères furent certainement la partie la plus éloquente de ce témoignage.  

Le curé F doit de son côté faire face à un cancer très agressif. « Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais eu de crise de foi. Mais c’est seulement maintenant que je comprends que c’est une grâce ». Dépouillé de ce qu’il aime le plus, à savoir la liturgie dominicale avec ses paroissiens, la visite des malades à laquelle il a toujours été très attaché, le voilà à l’hôpital visité par une aumônière laïque dont l’attention le bouleverse. Incapable de rien faire après les chimio, il ne peut que rester à la chapelle, sans rien dire de spécial, car l’esprit n’est pas assez clair. Puis une prière semble monter, comme d’elle-même, le chapelet de la Divine Miséricorde : « par Ta douloureuse Passion ». Tout s’éclaire, la joie revient, et avec elle une nouvelle complicité avec tous les malades qui l’entourent. Même quand il apprend que la jeune femme avec qui il partage l’épreuve de la chimiothérapie est emportée par la maladie et qu’il ne peut assister aux obsèques.

Le père A, aumônier d’hôpital, qui dans une lettre à son évêque raconte l’expérience bouleversante du coup de fil à son ami médecin à l’annonce du diagnostic. « Maintenant je suis là pour toi ». « Emmanuel, le message de Noël. Cette Parole dont j’ai été fait le serviteur par le Sacrement de l’Ordre est devenue réalité pour moi ».

Avant de se rendre à la cathédrale pour célébrer la messe, le cardinal terminait la rencontre par cette dernière anecdote. Un curé était venu le trouver après avoir été diagnostiqué d’une maladie incurable, pour demander son retrait. Le cardinal de lui répondre : « dans la souffrance et la maladie, c’est peut-être maintenant que tu es le plus pasteur. Reste ! ». C’est jusqu’à sa mort, lente et douloureuse, que le curé est demeuré parmi les siens, entouré et choyé de ses paroissiens jusqu’à son dernier souffle.

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1 Commentaire

  1. Aude Guillet

    Merci pour ces bouleversants témoignages. Le 28 mars, notre ami orthodoxe, le père Alexandre Chorney, renouvelait aussi ses promesses sacerdotales entre les mains du Métropolite de Kherson. Il a posté une photo avec ce commentaire : " Soufflant sur le cierge béni,  j'ai renouvelé cette promesse : " Seigneur, aide-moi à être un prêtre d'or avec une croix de bois ! "

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