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Musique sacrée à la Havane

Début mars à La Havane, se déroulait la cinquième édition de la Semaine de Musique Sacrée. En compagnie d’invités de Pologne, d’Allemagne et d'Espagne, les participants ont pu tour à tour entendre des concerts d'orgue, des chœurs d’enfants ou bien d’adultes, et enfin quelques pièces présentées par un ensemble de contre-ténor exceptionnel dirigé par Franz Vitzum, spécialiste du répertoire Rennaissance et Baroque dans ce registre. Mais ces concerts ne furent pas qu'un simple événement artistique.

 

Toutes les pièces furent interprétées par de jeunes artistes cubains, dont la vie n'est pas la plus facile. Particulièrement émouvant fut le concert préparé par l'ensemble Ars Nova qui présenta une série de pièces liturgiques pour le Triduum de Pâques qui furent composées au XIXe siècle dans les villes cubaines d'ancienne et profonde tradition chrétienne (Trinidad, Santa Clara, Remedios).

Les membres de ce groupe de musiciens ont travaillé dur pour retrouver dans les archives paroissiales ces morceauxoubliées, mais aussi des informations sur les traditions et usages liturgiques de l’époque pour la célébration de la Résurrection du Seigneur. A cette époque-là, pendant les processions, un certain silence régnait sur toutes les villes, témoignagnant d’un recueillement profond devant le Mystère de la passion. La vie entière des habitants était au diapason  des mystères célébrés. Cette réalité oubliée, presque inconnue des Cubains eux-mêmes, semble bien éloignée des tendances actuelles,

Qu’est-ce qui a mis en mouvement ces musiciens à présenter ce programme, et qui plus est avec une telle conviction et un tel engagement ?

Je me souviens de ce jeune homme qui en dépit  de son apparence assez négligée et ses dreadlocks, portait la croix en tête de procession dans l'église où avaient lieu les concerts, et de l’impression qu’il fit sur les auditeurs lorsqu’il s mit à chanter le Miserere. Pas d'applaudissements nourris, seulement un silence profond et émouvant empli de respect.

Quelle fascination de voir la richesse de la culture, de l'histoire cubaine et leur désir de réveiller l'amour pour l'art. Quelle émotion de sentir cette soif si évidente chez beaucoup, cette nostalgie du Christ.

Après le concert, nous rentrâmes à la maison dans un bus bondé comme de coutume. Certains musiciens sont également revenus chez eux avec le même bus. Une heure plus tôt, ils émouvaient le cœur des auditeurs grâce à leur musique ; les voilà au milieu des autres passagers, partageant la même vie, les bus trop remplis, parfois le manque de patience et le découragement. Mais je sais, en regardant leurs visages, qu’une heure plus tôt ils ont vécu quelque chose de profond et nous ont permis d’y prendre part. Quelque chose qui nous permet de nous rappeler qui nous sommes, qui sont les Cubains, quelle est la vraie valeur et la dignité de cette nation.

« Rappelle moi qui je suis
Pourquoi je suis en vie
Si jamais joublie
Les jambes a mon cou
Si un jour je fuis
Rappelle-moi qui je suis
Ce que je m'étais promis ». 
 

(Si jamais j'oublie, ZAZ)

 

Plus d'infirmations sur Gabinete de Patrimonio Mucisal Esteban Salas

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