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Anniversaire de la Pologne : redécouvrir le bien-fondé du patriotisme

Cette année, des mots tels que « patrie » et « indépendance » retentissent particulièrement souvent dans l'espace public polonais. En 2018 nous fêtons en effet le centenaire du recouvrement de notre liberté, après une période de 120 ans dans laquelle notre Etat fut plongé dans l'oubli.

C’est cette disparition de la Pologne sur la carte du monde qui a forcé les polonais à réfléchir en profondeur sur la signification et la valeur mêmes des concepts de Nation et Patrie. Ceci n’est pas sans importance dans un monde globalisé, qui en particulier dans le nouveau « dominium » européen, brouille les frontières des différences nationales et jette un soupçon sur le sentiment patriotique?

En Pologne, après des années d’un silence craintif à propos de l'amour pour la patrie, le patriotisme semble renaître de ses cendres, et aussi parfois son visage déformé, qu’on appelle aussi le nationalisme.

Mais en quoi consiste le vrai patriotisme?

Celui-ci ne repose pas sur une tendance passagère, ne provient pas d’un instinct primaire ou d’une contre-offensive. Il est plutôt cette graine de courage que l’on peut semer dans le cœur d’un peuple et qui rend chaque homme capable de sacrifier sa vie pour son pays. Il est important ici d'utiliser le mot « patrie », parce que c'est elle et non l’existence d’un État, qui est le fondement du patriotisme. Cette vérité est parfaitement illustrée par l'histoire de la Pologne, qui longtemps fut rayée de la carte du monde, la nation subit une depolonisation, et l'élite fut contrainte de chercher refuge dans d'autres pays. Et c’est alors qu’on ne pouvait plus parler d’Etat que, paradoxalement, la patrie se mit à briller avec un éclat et une noblesse inégalée. C'est le moment où apparurent les plus grands héros et où cette terre ensanglantée produisit les plus beaux fruits artistiques. Cette période « d'annexion » fut un temps privilégié pour l'épanouissement de la langue polonaise et le patriotisme – cet amour mystérieux pour la patrie. Comme l'écrit saint Jean-Paul II : « le patriotisme signifie l'amour pour le « paternel » : l'amour de l'histoire, de la tradition, de la langue ou du paysage de nos pères » 1)Jean-Paul II, Mémoire et identité, Cracovie 2005 . Il fait écho au terme nation qui a une dimension plus maternelle puisqu’en elle est ma naissance 2)Jean-Paul II se livre à une méditation sur l’étymologie des deux mots « ojczyzny » et « naròd » en polonais qui se prête aussi bien aux mots de la langue française patrie et nation . Cependant, le patriotisme n'est pas seulement basé sur des impondérables, encore moins sur de simples sentiments. Comme le Pape l'envisage plus loin : « dans le terme ‘patrie’, il existe un lien profond entre le spirituel et le matériel, entre la culture et la terre » 3)Ibidem, page 67 . C’est ce qui explique que l'amour pour la patrie puisse enhardir l’esprit de la nation à se battre pour la restauration du patrimoine reçu.

Pour saint Jean-Paul II, le concept de « patrie » est étroitement lié à la relation du Fils et du Père, dans laquelle le Christ, par l'incarnation, la mort et la résurrection, a inséré toute l'humanité. « Le départ du Christ a ouvert le concept de patrie vers l'eschatologie et l'éternité (…) et c’est dans l’aspiration à cette patrie éternelle que naît la volonté de servir la patrie temporelle » 4)Ibidem, page 69 . Dans les méditations du pape, l'histoire des nations est liée à l'histoire du salut 5)Cf. ibidem, page 76 . De ce point de vue, la patrie terrestre se présente comme une route menant à notre patrie éternelle. Ainsi, le patriotisme n'est plus un sentiment honteusement caché, que l’on exprime timidement à l'occasion des fêtes nationales. Il devient une attitude authentique, ancrée dans la dimension chrétienne de la rédemption.

 

References   [ + ]

1. Jean-Paul II, Mémoire et identité, Cracovie 2005
2. Jean-Paul II se livre à une méditation sur l’étymologie des deux mots « ojczyzny » et « naròd » en polonais qui se prête aussi bien aux mots de la langue française patrie et nation
3. Ibidem, page 67
4. Ibidem, page 69
5. Cf. ibidem, page 76
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