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La France championne du Monde

Un mois après, retour sur l’exploit de l’équipe de France en Russie. Au terme d’un mondial que certains qualifient d’étrange, pourquoi l’équipe de France nous a-t-elle séduits ? Comment la magie a-t-elle opéré ? Comment la potion Deschamps a-t-elle pu fonctionner pour réitérer l’épopée 20 ans après la première étoile ? 

 

 

La première raison de ce succès, c’est simplement la formation d’une équipe. Cela peut sembler banal, mais en réalité peu de groupes deviennent des équipes dans ce genre de compétition : difficile d’harmoniser des personnalités parfois compliquées, jouant dans des clubs différents toute l’année des championnats aux styles variés et qui n’ont que quelques jours par an pour apprendre à jouer ensemble … Si jouer au foot est assez simple, jouer ensemble devient un art ! Á la fin de cette coupe du monde, nous pouvons parler d’une équipe de France soudée, ayant suivi une stratégie menée de main de maitre par Deschamps, une équipe sur la même longueur d’onde, où chacun a trouvé sa place sur le terrain comme dans les vestiaires. On a senti une vraie complicité chez ces joueurs, dans le duo Varane-Umtiti, Mbappé-Griezman … et même en dehors du terrain. Comment ne pas sourire durant la chanson reprise à l’Elysée lorsque les bleus mettent au centre celui qui n’a accordé aucune interview et refuse de se mettre en avant et qui pourtant brille tant sur le terrain, N’Golo Kanté? 

Une équipe donc, avec des qualités humaines indéniables. Didier Deschamps le rappelle au début de la coupe du monde : « Si vous êtes là c’est que je vous ai choisi, que je vous fais confiance, je vous ai choisi pour vos qualités sportives mais aussi humaines ». Mais aussi des qualités techniques assez exceptionnelles reconnaissons le ! Pour ne parler que de quelques uns :

➢ Lloris, malgré un but encaissé inutilement en finale, a brillé par des arrêts d’une grande classe qui ont permis à « l’homme qui ne gagnait jamais rien » de recevoir le plus beau des trophées (cf. matchs contre l’Uruguay et contre la Belgique). 

➢ Les défenseurs latéraux Pavard et Hernandez ont été les surprises de ce mondial, solides en défense malgré leur jeune âge et apportant de la vitesse et de la précision dans les relances. Varane et Umtiti ont tenu la baraque en défense centrale, déviant la dernière passe, l’énième centre, le tir cadré…

➢ Kanté, la pieuvre, courant plus de 10 km par match a été très efficace pour récupérer les ballons et quadriller le milieu de terrain, bien secondé par le complice Paul Pogba qui a su en plus ouvrir le jeu, jouer dans les espaces, animer l’attaque française.

➢Mbappé a été fort en attaque. Très fort. Très rapide, il a perturbé les défenses adverses, animé le jeu offensif de l’équipe de France, marqué des buts (il est le plus jeune buteur en final après le roi Pelé en 1958). 

➢Griezman a également pesé dans le jeu de l’équipe de France. Il a joué le rôle du métronome de l’attaque française, impressionnant sur coup de pied arrêté (une barre transversale contre l’Argentine, un centre magnifique pour Varane contre l’Uruguay, un corner très bien tiré au premier poteau contre la Belgique dont profite Umtiti pour qualifier l’équipe de France, à nouveau un coup franc fatal en finale) et puis il n’a pas raté un penalty. S’il n’a pas été LA révélation de l’équipe de France, comme à la dernière coupe d’Europe, il a pourtant mis son expérience au service de l’équipe (il est impliqué sur 3 des 4 buts en final !) : « vous me connaissez, je préfère mettre en avant le collectif, je suis fier de cette équipe » glisse-t-il à un journaliste à l’issue de la finale. 

➢Enfin, Giroud (sur qui la rédaction de Terre de Compassion avait misé bien avant le mondial, cf.) a été précieux en attaque : bien qu’il n’ait pas marqué des buts, il a énormément gêné la défense adverse, attirant à lui les défenseurs centraux et libérant ainsi l’espace pour les autres attaquants français.

Étonnamment, il n’y a pas un joueur qui incarne à lui seul le succès de la France, comme ce fut le cas de Zidane en 1998 qui survola la finale de son jeu de tête et de sa classe. C’est un signe intéressant qui montre que cette victoire au mondial est bien le fruit d’un travail d’équipe et de joueurs au service d’un collectif, d’une stratégie, pour faire l’œuvre d’un autre ; cet autre c’est bien sûr Didier Deschamps.

Critiqué au début du mondial, il s’est révélé être le chef d’orchestre de cette équipe, l’architecte des bleus. C’est lui qui a recadré l’équipe de France et a créé cette fameuse dynamique de groupe. Il a opté pour un style de jeu combatif, solide défensivement tout en s’appuyant sur les qualités de ses joueurs devant pour transformer. Il a su s’adapter, faire avec les joueurs qu’il avait sous les yeux et finalement faire appliquer le système de jeu qu’il avait préparé. Il a su faire comprendre aux joueurs ce qu’il attendait d’eux, s’en tenir à son intuition. Il a su se faire obéir des joueurs et en particulier des stars : il n’hésite pas à faire des reproches à la jeune star Mbappé après le match contre l’Australie (et « j’en veux pas un qui rigole ! » précise-t-il au début). Il donne et redonne sa confiance à ses joueurs, notamment à Giroud. Il félicite ses joueurs tout en demandant toujours plus, s’efface pour laisser la place dans les vestiaires au capitaine et aux leaders, Lloris et Pogba (ce qui nous permis d’avoir quelques discours de haut vol – niveau de langue mis à part – durant les mi-temps). Griezmann, précis, résumera ce lien avec leur coach avant la finale : « le coach sait le chemin. On joue pour lui, on croit en lui ».

Pour la première fois depuis des années, nous avons vu une équipe qui avait un jeu clair, une équipe difficile à déstabiliser par conséquent : 6 buts encaissés en 7 matchs, les attaquants fournissant des efforts colossaux sur les retours défensifs. Elle a aussi été très forte mentalement : elle n’a été menée qu’une seule fois au score pendant le mondial, cela a duré 10 minutes contre l’Argentine en 8ème finale et l’équipe de France a réagi de la plus belle des manières en marquant 3 buts en 15 minutes (le but de l’égalisation étant considéré comme le plus beau but du mondial par la FIFA). 

Côté attaque, très critiquée par son système de jeu considéré trop défensif, la France a tout de même marqué 14 buts sur l’ensemble du mondial (contre 15 en 1998). Elle marque notamment 4 buts en finale, ce qui est extrêmement rare et très difficile à réaliser à ce niveau-là de la compétition. Elle était très dangereuse sur toutes les phases de jeux offensifs : en construisant des actions, en contre-attaque, sur coups de pied arrêtés… Elle avait donc un jeu offensif très varié qui lui permettait de se créer des occasions sur presque toutes les phases de jeu.

Finalement, nous avons vu une équipe de France très équilibrée, avec une large gamme de jeu : elle n’avait simplement pas de point faible ! Des individualités talentueuses, un véritable esprit d’équipe, une stratégie et un douzième homme à suivre, la recette du rouleau compresseur français version coupe du monde 2018.

 

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