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97 ans et toujours pas à la retraite !

Christian Chenay a 97 ans et il travaille encore comme médecin généraliste à Chevilly-Larue dans le Val-de-Marne. Malgré son âge avancé, il ne voit aucune raison d’abandonner ses patients. “Je me sens en pleine forme. Le jour où j’aurais des problèmes de mémoire, j’arrêterai.” Ses patients confirment sa pérenne compétence car sa salle d’attente ne désemplit pas. Quand on lui demande s’il aimerait exercer jusqu’à 100 ans, il rit humblement de la question saugrenue : “Je ne me suis jamais posé la question.” La seule chose qui l’intéresse c’est servir ses patients.

 

 

De quoi consoler Charles Péguy !

Ce témoignage vivant d’un dévouement hors-norme aurait bien consolé Charles Péguy qui a tant décrié la société désenchantée de la bourgeoisie au début du 20e siècle.
Témoin de la révolution moderne (vers 1900), Charles Péguy regrette la France du XIXe avant l’arrivée intempestive de la bourgeoise capitaliste et matérialiste. On peut se demander si cette société dont il se fait le chantre a vraiment existé. Néanmoins on peut reconnaître aujourd’hui ce qu’il touche du doigt et vilipende avec force dans son essai sur « L’argent » 1)Charles Péguy, L’argent, Editions Louise Bottu 2016. 1ere édition : Les Cahiers de la quinzaine, 1913

“ Nous croira-t-on, et ceci revient encore au même, nous avons connu des ouvriers qui avaient envie de travailler. On ne pensait qu’à travailler. Nous avons connu des ouvriers qui le matin, ne pensaient qu’à travailler. Ils se levaient le matin et à quelle heure, et ils chantaient à l’idée qu’ils partaient travailler. À onze heures ils chantaient en allant à la soupe. En somme c’est toujours du Hugo ; et c’est toujours à Hugo qu’il faut revenir : Ils allaient, ils chantaient. Travailler était leur joie même, et la racine profonde de leur être. Et la raison de leur être. Il y avait un honneur incroyable du travail, le plus beau de tous les honneurs, le plus chrétien, le seul peut-être qui se tienne debout. C’est par exemple pour cela que je dis qu’un libre-penseur de ce temps-là était plus chrétien qu’un dévot de nos jours. Parce qu’un dévot de nos jours est forcément un bourgeois. Et aujourd’hui tout le monde est bourgeois. »

« Nous avons connu cette piété de l’ouvrage bien faite poussée, maintenue jusqu’à ses plus extrêmes exigences. J’ai vu toute mon enfance rempailler des chaises exactement du même esprit et du même cœur, et de la même main, que ce même peuple avait taillé des cathédrales. »

« Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c’est le propre d’un honneur. Il fallait qu’un bâton de chaise fût bien fait. C’était entendu. C’était un primat. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le patron ni pour les connaisseurs ni pour les clients du patron. Il fallait qu’il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même. Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement aussi parfaitement faite que ce qu’on voyait. C’est le principe même des cathédrales. »

« Ils disaient en riant, et pour embêter les curés, que travailler c’est prier, et ils ne croyaient pas si bien dire. Tant leur travail était une prière. Et l’atelier était un oratoire. »

References   [ + ]

1. Charles Péguy, L’argent, Editions Louise Bottu 2016. 1ere édition : Les Cahiers de la quinzaine, 1913
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