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Un pansement peut en cacher un autre

Un aspect qui me frappe en regardant les deux mois vécus au Point-Cœur, c’est justement notre situation de volontaire, qui nous positionne en témoin silencieux de la Vie, au cœur de ces familles dont nous accompagnons, par notre simple présence, les étapes de toute une vie : la vie, la mort, les joies, les douleurs, l’attente… Être tout entier présent à la souffrance d’une personne pour se réjouir, dans l’heure qui suit, de l’allégresse d’une autre…

communauté du Points-Coeur de Simoes Filho avec Eunice et ses deux petits-enfants

Chaque jour, les tias 1)Ainsi sont appelées les volontaires en brésilien font (essayent de faire) une petite sieste pour mieux repartir ensuite. Les enfants le savent très bien, mais ne peuvent s’empêcher de venir, toutes les cinq minutes, nous demander si c’est déjà l’heure de la permanence (durant laquelle une ou deux tias restent jouer avec eux, pendant que les autres partent en visite), ou bien de crier un « chuuuut » tonitruant au petit frère qui jacasse. Arrrgh, certains jours je me demande quelle mouche me pique de m’y attacher tant. Eh bien, justement : un jour que les enfants s’agitaient derrière notre porte à l’heure de la sieste et que nous venions de leur répéter qu’à 14h22 il n’est pas plus l’heure que ce ne l’était à 14h19, Weberton se présente avec une grosse plaie au pied qu’il nous demande soigner. Je le laisse donc entrer … sous les yeux furieux de Mickon, qui ne comprend pas cette injustice apparente. « Mickon, c’est seulement pour soigner Weberton, tu comprends ? » « Non, non, non, moi aussi je peux rentrer !! » Et il bat la porte toute la durée du soin. Quand je fais sortir Weberton, comme pour une exfiltration, Mickon se précipite sur moi, un air lugubre artistiquement composé sur son visage, mais une lueur de triomphe s’échappant de ses yeux : « Tia, moi aussi j’ai une blessure, là (tiens, juste au même endroit que Weberton…), regarde, si si, aïe, j’ai maaal ! — Oh oh, effectivement je vois ça ! C’est très grave, je me demande s’il ne va pas falloir t’emmener à l’hôpital pour qu’on te coupe la jambe. — Ah… ? —Bon, voyons ça (étonnant ce bobo invisible, je n’en avais jamais vu de la sorte) — Tia, il me faut un pansement je crois ! » Un pansement posé avec soin et mille précautions, le plus important reste à faire : un tendre baiser sur le front de Mickon, le voilà reparti tout joyeux et tout prêt à obéir maintenant. Tiens, cela tombe bien, l’heure de la sieste est finie.

La musique adoucit les mœurs

Vous connaissez ce proverbe. En voici une petite illustration.
Un soir que je préparais quelques chants dans notre petite chapelle sur un clavier électrique — le reste de la maisonnée s’apprêtant paisiblement à finir la journée —, des cris rauques nous parviennent de la rue. Voilà que, vociférant, Weberton tambourine à la porte. Cela fait quelques jours qu’il a perdu son père. Je lui ouvre la porte, ne sachant à quoi m’attendre. Ses yeux sont brûlants des larmes qu’il retient, il paraît survolté… et me dit qu’il vient parce qu’il a un peu mal à la tête. Je lui propose d’apprendre un « quatre mains » au piano. Celui-ci est seulement posé sur un banc. Aussi, c’est agenouillés, côte à côte, au pied du tabernacle, que nous jouons ce petit morceau. Weberton s’applique, la mâchoire pendante, immensément fier. Lui, si souvent incontrôlable, le voilà soudain comme un agneau, retrouvant sa fraîcheur d’enfance. Il repart quelques minutes après, aussi vite qu’il est apparu, me laissant abasourdie et émerveillée, toujours au pied du tabernacle. Au-dessus, je sens le sourire attendri du Seigneur, qui a eu une place de choix pour ce récital improvise.

Extraits de la Lettre aux parrains d’Angélique du CHAZAUD, volontaire au Point-Cœur Sagrada-Familia à Simões Filho (Brésil)

References   [ + ]

1. Ainsi sont appelées les volontaires en brésilien
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