Home > Littérature > Milan mise à nue

Dans le confinement général de la ville de Milan, un étrange sentiment saisit l’auteur de ce poème, témoin des grandes cités italiennes en quarantaine. 

 

 

Les bourgeons sortent mais les gens fuient ;

Les hommes se terrent quand tout prend vie.

Le vert des feuilles est doux et clair ;

Mais les regards restent sévères.

 

Le printemps voudrait bien envahir l’air,

Couvrir la ville de sa douceur légère,

La peupler de ses fleurs et de ses chants,

Offrir une vie nouvelle à tout passant.

 

Mais de passant, il n’y a plus nulle part

La ville est nue, et les murs et les rues,

Les pavés vides questionnent, à tout hasard :

Où sont passés touristes et gens des rues ?

 

Ce n’est pas tant de la tristesse,

Mais un pénible étonnement.

Ce n’est pas tant de la détresse,

Mais un profond questionnement.

 

Qui a permis de suspendre la vie ?

Et mettre frein à cette frénésie

Qui menait tout automatiquement ?

Qui est plus grand que tout ce grouillement ?

 

Et chacun communie, de son côté,

A ce dur inconfort qu’il doit faire sien.

Perdue la substance de son quotidien,

Il est en quête de l’âme du temps donné.

 

Réfugiés, exilés dans leur terrier,

Le temps pousse les effrénés

À regarder toute la réalité,

Et par elle se laisser examiner.

 

Puis l’on se voit infime devant la vie,

Péniblement fragiles face à demain.

On est contraint : il faut passer la main,

Une dépendance est à nouveau saisie.

 

Celui-là donc, Celui qui est plus grand,

Comme un époux cherche certainement

À se pencher sur cette nudité,

Et lui donner fécondité.

 

Gianna Carino

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