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Brésil, la naissance d’un géant ?

« Le Brésil un pays d’avenir ? Sans aucun doute. Mais ce n’est pas encore pour demain », disait malicieusement un diplomate français à Brasilia.

De fait l’image qui reste encore attachée à ce pays de bientôt 200 millions d’habitants, le plus grand d’Amérique latine, c’est l’image d’un pays aimant et faisant la fête, plus adepte du carnaval, du farniente et du football que du travail et de la persévérance et surtout du « sérieux » [1]

Ceci dit pour qui a la chance de pouvoir vivre dans ce superbe pays et d’y côtoyer un peu les Brésiliens on ne peut qu’être surpris du contraste entre l’image renvoyée à l’extérieur par le Brésil et la réalité. Sur bien des points c’est notre vieille Europe qui gagnerait à regarder avec respect le modèle brésilien.

Pont Estaiada Octavio Frias à Sao Paulo, Brésil  \u2013 (Marcosleal) / CC BY-SA 3.0

D’un point de vue politique par exemple, les dernières élections sont toujours un petit miracle de technologie et d’organisation. Il s’agit de faire voter des millions d’habitants dont certains vivent dans des régions extrêmement reculées (Amazonie, Pantanal…). Depuis le début du millénaire les votes se font par urnes électroniques et pas une fraude n’a été détectée, ni même une plainte déposée. Les résultats des élections s’affichent donc en temps réels sur internet et sont actualisés toutes les dix minutes. Un simple clic sur le nom du candidat et une zone permet de voir combien chacun a obtenu de voix sur n’importe quel point du territoire. Dès la soirée les résultats complets sont disponibles. Pas de dépouillement et ré-dépouillement, de comptage et de recomptage manuel, pas de commission de « recollement »…

Si nous regardons un peu l’économie que voyons-nous ? Un pays qui est en train de réussir un gigantesque effort de redressement. Il faut reconnaitre un grand mérite au président Luiz Inacio da Silva (Lula) élu en 2002 et réélu en 2006, qui est celui d’avoir continué la politique de stabilisation de son prédécesseur Fernando Henrique Cardoso [2]. Le Brésil a connu donc une cohérence de décisions économiques qui ont permis un contrôle de l’inflation, d’attirer de nombreux investisseurs et d’afficher des taux de croissance à faire pâlir d’envie nos experts de l’OCDE [3]. Avec encore 7% de croissance pour l’année dernière le Brésil est le pays à être le plus rapidement sorti de la crise financière de 2008. Non engagé dans des placements à haut rendements mais aussi à haut risque, le système bancaire brésilien n’a pas eu à souffrir du retour de bâton de la crise des « subprimes ».

Ce qui surprend ici c’est aussi la rapidité de la capacité d’adaptation de nombreuses entreprises brésiliennes.  Un ami entrepreneur de Rio nous confiait : « Lors de la crise, tout le monde a un peu retenu son souffle. Tout s’est un peu arrêté, aucune décision d’investissement a été prise. J’ai même baissé de 20% les salaires et me suis séparé d’une petite partie du personnel. Puis, en quelques mois, on a vue que le système était solide, qu’il n’y a avait pas de raison de ne pas avancer, que la consommation ne demandait qu’à reparti… et alors on n’a pas perdu de temps. Six mois plus tard j’ai remis les salaires à niveau, j’ai repris ceux que j’avais dû licencier et j’ai même du embaucher plus du monde. Depuis 2009 je n‘arrive plus à faire face à la demande ».     

La continuité de la politique économique et monétaire a permis aussi à des millions de Brésiliens d’accéder à la classe moyenne et de sortir de la zone de pauvreté. Beaucoup ne l’ont pas oublié au moment de la campagne présidentielle de 2010 : en élisant Dilma Roussef, la candidate d’un Lula à 80% de taux d’approbation, les Brésiliens ont montré qu’ils désiraient la continuité.

Vue de Sao Paulo CC André Deak

Un petit détail significatif qui illustre ce climat d’innovation : la facture électronique. De plus en plus, pour chaque achat important, une facture électronique est émise par la mairie du lieu d’achat en lien avec le prestataire de service. Ce qui permet de s’envoyer les factures, de justifier des dépenses, de calculer plus vite les impôts, de simplifier les relations avec les comptables. Lorsque nous avons cherché à nous faire rembourser des soins d’hôpitaux effectués au Brésil par une compagnie française, notre étonnement fut de voir que cette dernière refusait de reconnaitre la validité de cette facture. Les Brésiliens non plus ne comprenaient pas : « il y a un problème ? Pourquoi la compagnie refuse de reconnaitre ce justificatif ? » J’ai dû leur expliquer qu’il fallait refaire une facture à la main, avec un tampon et l’envoyer par la poste… comme au bon vieux temps.

La hausse du real par rapport aux autres monnaies (euro et dollar) non seulement n’a pas pénalisé les exportations (le Brésil affiche une solde commercial positif de 25 milliards de dollars pour 2010) mais a en outre permis la multiplication des voyages à l’étranger de nombreuses personnes. L’année dernière c’est plus de treize millions de Brésiliens qui sont sortis du pays. Ce qui constitue une grande richesse d’expérience et d’ouverture sur le monde. Le Brésil ne se contente plus de recevoir des touristes mais il part visiter le monde. Et pas seulement l’Amérique latine. Nous ne comptons plus les amis qui nous racontent leurs voyages à Paris (destination très prisée), en Afrique, en Europe de l’Est…

C’est à long terme quelque chose de très positif. Car nos amis reviennent souvent avec une foule d’expériences ou de jugements sur les pays visités qui les aident justement à sortir des clichés et des idées reçus. Certains aiment retenir les points positifs qu’ils ont vus dans les pays visités.

Enfin, last but not least, le Brésil commence à se faire un nom sur la scène international. Sous Lula ce n’est pas mois de soixante représentations diplomatiques qui ont été ouvertes à travers le monde. Lors des grands conflits internationaux (palestinien, iranien,…) la voix du Brésil a été entendue. Et c’est avec un réel espoir d’y arriver que le Brésil joue des coudes pour obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU. Les autorités politiques brésiliennes ont beau jeu de dire que le nouvel ordre mondial sorti de la seconde guerre mondiale est désormais caduc et que les cartes doivent être redistribuées.

Lula le soir de sa réélection en 2006 affirmait : « Il faut se mettre au travail pour que le Brésil cesse d’être une éternelle promesse ». Aujourd’hui l’on peut dire qu’une grosse partie du travail a été fait même si le Brésil reste un pays qui connaît encore de très forts handicaps : corruption endémique, violence très répandue, poches de richesses au milieu de grands ensemble de pauvreté… les défis ne manquent pas. Mais ce qui est beau, c’est de voir l’espérance qui règne ici : « Com fé em Deus, a gente vai encontrar um jeito » est une phrase souvent entendue de la part des Brésiliens : « Avec la foi en Dieu, on va bien finir par s’en sortir ».


[1] Le général de Gaulle lors d’une visite officielle au Brésil, visiblement agacé par certains retards lâcha cette phrase restée célèbre : « ce n’est pas un pays sérieux ». 

 

[2] Elu en 1994 il lance le fameux « plan réal » qui permet de stabiliser la monnaie et sortir de l’hyperinflation.

 

[3] Sans compter avec la découverte de gigantesques réserves de pétrole au large de Rio de Janeiro. Autosuffisant depuis 2006 le Brésil va devenir d’ici peu un grand pays exportateur de pétrole.

 

 

Photo Drapeau Brésilien CC Matthieu Plourde
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1 Commentaire

  1. Joao pé de feijao

    Comme dirait notre feu ami Marcelo do Vale… "Na fé cara!"… il avait bien raison, c'est en étant dans la foi que nous pouvons avancer. la force des brésiliens est qu'ils ont une grande confiance… confiance héritée à contre pied des années difficiles pour beaucoup, confiance dans la foi aussi.
    La route du développement est encore longue, risquée même si rien n'est fait pour éviter les erreurs que les pays riches ont pu faire dans leur propre développement, mais… après tout, pourquoi pas pour une fois faire confiance aussi.
    Merci pour l'article, fique com Deus