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Le « social business » émerge

de Patrick Alfort     16 mai 2011

A quelques jours de la remise définitive du rapport de la mission sur la dimension sociale dans la mondialisation (confiée par le Président de la République à Christine Boutin), dans le cadre de la présidence française du G20, un colloque a eu lieu à l'Assemblée Nationale ce 10 mai, animé par l'ancien ministre, avec entre autre une intervention filmée du Prix Nobel de la Paix, Muhammad Yunus et la venue en personne du ministre du travail, Xavier Bertrand.

Cette rencontre, passée inaperçue dans les médias, a quelque chose de prophétique. En effet, des hommes politiques, des économistes, des chefs d'entreprise de très grande qualité ont exprimé de façon claire et concrète l'urgence de construire une économie humaine, fondée sur des "social business", des entreprises ne cherchant pas seulement le profit, mais qui se mettent au service des personnes, pour relever les défis sociaux. Pour Muhammad Yunus, "la course aux seuls profits est une démarche qui conduit au chaos". Et pour Daniel Hurstel, avocat et maitre de conférence à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris : "Il est urgent que ces profits deviennent un moyen et non un but en soi".

Il ne s'agit pas ici de l'abolition du système capitaliste ni de la suppression de toute contrainte de rentabilité. Mais ce type d'entreprises permet non seulement de se tourner vers les personnes les plus pauvres avec un état d'esprit différent, conscient de la richesse qu'elles détiennent, en leur dévoilant ainsi leur dignité, mais aussi de diffuser une autre mentalité dans l'économie des pays les plus riches.

Cette économie sociale correspond à une vision unifiée de la personne humaine. Il n'y a pas d'un côté le profit et de l'autre, le service désintéressé. Jean-Luc Perron, Délégué Général de la Fondation Grameen-Crédit Agricole, n'a pas hésité à prendre l'exemple de Bill Gates qui a passé la première partie de sa vie à engendrer un maximum de profits pour les dépenser ensuite (maintenant) au service des autres. "Pourquoi ces deux buts ne pourraient-ils pas coexister simultanément? Pourquoi des personnes courent au profit la semaine et ont une activité altruiste le week-end?" dit-il encore de façon très pertinente. Frédéric d'Alsace, professeur et titulaire de la Chaire "Social Business, Entreprise et Pauvreté", le Master spécialisé d'HEC Paris, n'hésite pas à parler de "médicament anti-schizophrénie" au sujet de cette formation visant à unifier le service de la personne humaine à la compétitivité.

Bien sûr, agir humainement dans l'entreprise, agir avec empathie, engendre à moyen et long terme, des bénéfices. L'empathie est une valeur sur laquelle il faudra compter absolument dans le monde économique de demain. "Outre le fait que les entreprises créent de la valeur quand elles s'intéressent aux personnes, elles participent à un monde différent. L'empathie est une valeur qui sera importante plus importante demain qu'elle ne l'est aujourd'hui" affirme-t-il.

C'est au fond la conviction que ces activités ne sont pas connexes, mais au centre de l'avenir de l'entreprise car au centre de l'activité humaine.

Dans cette crise économique qui continue bel et bien, même si les médias en parlent peu, ces affirmations sont agrémentées d'exemples concrets. C'est entre autre le cas de la Fondation Grameen-Crédit Agricole qui est dotée de 50 millions d'euros pour financer des projets en faveur d'une économie sociale.

Même si certains disent que l'intention des personnes investissant dans le "social business" n'est pas toujours recommandable, que "c'est marketing"... le type même des "social business" empêche la course aux profits de par leur structure, ce qui limite la course vers le toujours plus égoïste.

Certes, il est bien difficile d'évaluer les résultats de ces entreprises qui prennent en compte l'humain comme objectif. Mais cette nouvelle économie a le mérite de montrer que la mesure unique du succès n'est pas le profit.

Pour conclure, certains pourraient alors se demander si le constat de ce rapport, étayé et approuvé par les nombreuses personnes compétentes présentes lors de ce colloque à l'Assemblée Nationale, sera vraiment entendu par le ministre du travail et le chef du gouvernement, afin qu'il soit ensuite appliqué dans le cadre du G20.

Peut-être pas maintenant, peut-être dans plusieurs années, mais cette rencontre qui a eu lieu dans la "capitale mondiale du social business" (dixit M. Yunus) est en soi un événement dans notre monde contemporain, un signe qu'une autre économie est possible et que tôt ou tard, sous peine d'avoir un monde de plus en plus fragmenté dans la globalisation actuelle, il faudra se rendre à l'évidence qu'on ne pourra pas faire sans le "social business", sans "une économie dont la finalité est au service de l'Homme, au service de la vie", comme l'a exprimé Patrice Valantin, délégué national du Centre des Jeunes dirigeants. Il est donc important d'affirmer, à la suite de Christine Boutin, que la finalité de l'entreprise n'est pas uniquement la satisfaction des actionnaires, qu'il est important d'assurer une transparence entre les différents acteurs économiques, et surtout, de "redéfinir du commun car nous sommes les membres d'une même humanité". Qui est l'Homme qui est au cœur de l'économie ?

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A lire : Pour une économie plus humaine de Muhammad Yunus

 

 

 

 

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Yunus : Pour une économie plus humaine

2 Commentaires

  1. Jean

    Bravo pour ce petit article ! Passionné depuis 4 ans pas la question du social business, je crois que c'est vraiment l'une des clés qui permetront d'affronter le mal-être en France. C'est fou de voir l'enthousiasme que suscite ces entreprises parmi les jeunes. Ce qui est sûr c'est que le social business représente une partie infime de l'économie encore pour un certain nombre d'année mais le nombre croissant de ses "adeptes" et l'aggravations des crises de notre système purement capitaliste va permettre au social business de prendre de plus en plus de place dans l'économie et de changer l'univers concurrentiel dans lequel nous évoluons. Espérons qu'un jour, une entreprise qui ne prend pas en compte le respect de l'homme ne pourra tout simplement plus exister par le seul jeu de la concurrence ! Les social business ne sont pour l'instant que des signes… mais rien n'est impossible à Dieu.

  2. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    Merci pour cet article. Je signale aussi l'action de François Soulage, ancien collaborateur de Michel Rocard, un des "pères" du concept d'économie sociale en France. Il est actuellement Président du Secours Catholique / Caritas France. Sous son impulsion, le SC a participé à la création d'entreprises d'insertion, à travers le réseau Tissons la solidarité. Le SC développe aussi le micro-crédit personnel ou professionnel.