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Le « printemps arabe » en Syrie… Allez vers où ?

Ces dernières semaines, le président Bashar al Assad a dû affronter de multiples condamnations.
 Après les Etats-Unis, c’est l’Union européenne qui a sanctionné personnellement le président et sa famille en gelant les avoirs et interdisant les visas. Si cette sanction ne signifie pas encore grand-chose pour le pays et la crise qu’il traverse, elle a une portée symbolique certaine pour le chef d’Etat syrien qui doit désormais affronter seul et en « paria » ce moment charnière. Lui qui il y a encore quelques mois était accueilli en ami à Paris n’est plus désormais qu’un dictateur « parmi d’autres » qui entrave l’inéluctable printemps arabe.

Banyas (Syria) le 6 mai 2011 CC BY Syria-Frames-Of-Freedom

Ces derniers mois, l’information nous venant d’Afrique du Nord, du proche et du Moyen-Orient, a été savamment distillée par les médias occidentaux de façon à livrer une impression d’ensemble flattant un sentiment de supériorité et de mainmise sur l’histoire des peuples. L’expression même de « printemps arabe », inaugurée par Georges Bush en 2005 en Irak et repris abondamment par les médias ces derniers mois,  est en ce sens éloquente : le cours de l’histoire est aussi inéluctable que les saisons et doit conduire au triomphe d’un modèle de civilisation où une pseudo-liberté exerce sa tyrannie sournoise.

Et si les intelligences peinent à se plier à cette simplification, il est bien difficile de discerner les faits objectifs et les témoins crédibles qui maintiennent éveillé le désir de comprendre, jusqu’au bout.

Le 19 mai, quelques jours avant la sanction tombée de Bruxelles, Paris recevait la visite du patriarche d’Antioche pour l'Église syriaque-catholique S.B. Ignace Youssef III Younan.  A la question : « Quel regard portez-vous sur le “printemps arabe” ? », il s’exprimait ainsi :

« Si j'avais à regarder ces événements populaires dans d'autres pays pour lesquels je sais qu'il existe des problèmes graves d'ouverture au peuple, de participation des différents partis au gouvernement, alors je dirais que c'est un réveil populaire pour les libertés. Mais il faut aussi aller regarder au fond des choses pour comprendre qu'une partie de la population veut prendre le pouvoir des mains d'une autre qui accapare soi-disant l'autorité. (…) Certains disent que les Syriens pourront trouver leur voie dans la démocratie. Ce n'est pas si clair. Un changement n'est pas toujours pour le mieux.[1] »

Il y a quelques semaines, avant ces condamnations en chaîne (les Etats-Unis et l'Union Europénne négocient en ce moment pour qu'une résolution soit votée à l'ONU), le patriarche suggérait pour « être authentiques et fidèles aux principes de démocratie, de liberté de religion et de conscience »[2], que des observateurs soient envoyés sur le terrain. Nous n’avons jamais eu autant d’images et d’informations qui, quand elles ne sont pas contradictoires, nous laissent dans une très grande perplexité. Si la révolution internet a bien eu lieu (Twitter, Facebook etc.), si la censure totale est devenue presque impossible, il faut désormais affronter un nouvel ennemi : le mensonge, connu aussi sous les subtiles appelations de calomnie, falsification, exagération, récupération.

Que penser ? Qui écouter ? Comment être certain ? Faut-il suspendre son jugement et attendre que l’histoire livre ses secrets ?

Une chose est sûre, chaque pays a une histoire et une culture différentes, ce que les grandes déclarations, slogans et condamnations risquent d'occulter. L'uniformisation dans laquelle veulent nous faire rentrer les médias ne peut provoquer qu'incompréhensions, injustices et porter atteinte à la dignité des Syriens.  Le « printemps arabe » ne vaut pas ce prix-là.


[1] Pour lire l'entrevue complète: http://www.eglise.catholique.fr/actualites-et-evenements/actualites/patriarche-younan-suivre-le-christ-meme-sur-le-chemin-de-la-croix–11877.html

 

 

 

 

[2] Ibid.

 

 

 

 

 

 

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