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de Diane de La Bastille        21 Juin 2011,  Entretien avec Christiane Goulard.

Christiane Goulard est professeur de piano après avoir été premier prix de violoncelle et de piano au CNSM (conservatoire national Supérieur de Musique de Paris) puis accompagnatrice de chant à l’Opéra. La musique est la trame de toute sa vie, et les nombreux élèves reçus un à un dans son salon, continuent de lui révéler combien la musique est un besoin et un moyen pour assumer les enjeux de notre existence.

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– Pour vous qu’est-ce que la musique ?

Autrefois, la musique était réservée à un certain milieu, les enfants apprenaient le piano, on mettait une robe de velours aux petites filles et elles jouaient au salon. Mais aujourd’hui, la musique sert sur le plan psychologique et sur le plan humain, les gens ont besoin de musique, que ce soit les enfants ou les adultes, ceux qui ont une situation haut-placée, une vie difficile. La musique entre dans les hôpitaux comme dans ce service de consultations affilié au centre de cancérologie de Villejuif où l’on a fait mettre une estrade et un piano à queue, dans lequel les médecins ont remarqué que les patients venant de cette salle n’étaient pas du tout dans le même état que ceux venant de la salle d’attente. Ou dans ce service de désintoxication où un psychiatre a eu l’idée de mettre à disposition des patients des instruments et un professeur de musique, expérience qui a permis à un ex-drogué de sortir de sa dépendance en découvrant le saxophone.

– Pourquoi être professeur de piano pour les amateurs ?

Un jour, un de mes élèves m’a demandé « est-ce que vous êtes d’accord pour me reprendre alors que je ne suis pas doué ? » les gens ont besoin de musique et je prends des élèves dès que je vois qu’ils aiment la musique. Je regarde leurs yeux, je les mets au piano et je peux savoir s’ils sentent la musique ou pas. Vous comprenez c’est ça ! La musique c’est tout ce qui peut vous toucher, comme la nature, la musique c’est comme la nature. Celui qui ne voit devant la mer que de l’eau, ne sent pas, on ne pourra pas le changer, alors que celui qui peut la regarder des heures parce que les couleurs changent, les oiseaux et les vagues bougent, celui là sent, saura faire des nuances.

Un jour j’accompagnais un jeune soliste de Radio France qui chantait la Prière de Fauré et une jeune fille de 15 ans, les larmes aux yeux me confie « il m’a émue. Et vous, à quoi avez-vous pensé quand vous avez accompagné ? » C’est tout ce que je demande à mes élèves : de sentir. Comme Anti, ce jeune pianiste professionnel  qui me confiait « il faut que je vous avoue, les gens qui n’aiment pas la nature, je ne les revois pas ».

 

Pleine de son sujet et de ce qu’elle vit quotidiennement, Christiane peine à nous dérouler tous les liens qu’elle a tissés entre musique, nature et existence. Loin de se focaliser sur la technique ou le besoin matériel qu’elle a de travailler, elle se donne pleinement pour la personne qui vient la rencontrer. Elle perçoit sa soif, sa souffrance et combien la musique vient l’étancher. Elle ne vous laissera pas jouer mécaniquement ce que vous avez travaillé, fût-ce sans erreur ! Elle vous pousse à vous livrer, à transmettre ce que la musique vous évoque : le clapotis de l’eau et les mouvements lents et réguliers du gondolier pour les gondoles de Mendelssohn,  le vol des mèches livrées au vent pour La fille aux cheveux de lin de Debussy. A travers la musique, elle exige un risque, une implication, un vrai « je ».

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