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Lhasa de la Sela : Los peces en el río

Il y a bientôt 2 ans, la chanteuse mexicaine Lhasa de la Sela versait ses derniers pleurs à l’âge de 37 ans[1]. En attendant un prochain article sur cette voix singulière qui avait le pouvoir de dégager la source des larmes sous les décombres de la douleur, nous l’écouterons interpréter cette chanson traditionnelle de Noël en compagnie du célèbre groupe de musique tzigane, Bratsh[2].


Vidéo : Los peces, live avec Bratsh

Il s’agit d’un petit tableau tendrement surréaliste où l’on apprend que les cheveux de la Sainte Vierge sont d’or et ses peignes d’argent, qu’après avoir changé les langes de l’enfant Jésus, elle se lave les mains avec un petit savon. Pendant ce temps, les poissons boivent et boivent l’eau du fleuve parce qu’ils ont vu Dieu naître.

Tandis que les logiciens crient à la futilité et que les mystiques sont à l’affût de quelque signification cabalistique, des esprits vulgaires en on fait une chanson de cabaret. Quant aux scientifiques, ils ne désespèrent pas de la sauver en démontrant qu’en vertu de la loi selon laquelle une eau est attirée par une autre dont le taux de salinité est supérieur, les poissons marins sont contraints de se réhydrater constamment…

Mais ce "villancico" n’est rien qu’une de ces comptines de Noël, parfois profondes, parfois légères, que l’on reprend au moment des fêtes pour se replonger dans la grâce enfantine de la nativité. A l’origine, il s’agissait de chansons profanes de l’Espagne médiévale[3] dont l’Eglise a peu à peu irrigué ses célébrations religieuses.

Si nos aquatiques assoiffés ne respectent pas vraiment les règles de la logique, ils se sont en revanche baignés dans l’imagination de Lhasa de la Sela comme dans celle de millions d’enfants en Espagne et en Amérique Latine. Peut-être les ont-ils aussi fait sourire devant ce mystère : avec leurs interprétations sans fraîcheur, les adultes ne sont-ils pas comme ces poissons qui ont besoin de boire et de boire encore ? Car en vérité, l’étonnant est bien plutôt dans l’abaissement de Dieu, dans la présence de l’Enfant qui vient redonner sens à l’écoulement du fleuve de la vie.


[1] Lhasa de la Sela mourait le 2 janvier 2010 des suites d’un cancer du sein. Elle laissait l’héritage de 3 albums qui ont séduit le monde

[2] Lhasa, Album « La llorona », 1997.

[3] Villancico correspond à notre ancien français « vilain », désignant les hommes d’extraction populaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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