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de Marie Debacque     26 janvier 2012
Exposition de photos – Temps de lecture : 4 mn

"Silence dans la salle !”, accompagné d’un coup de marteau, le silence est imposé par le gardien de la paix. Telle cette invitation impétueuse, le photographe argentin d’origine russe Daniel Kiblisky nous lance silencieusement cet appel à travers sa nouvelle série de photos de paysages intérieurs : les salles de lecture.


Bibliothèque du Collège National de Buenos Aires

Les oreilles encore résonnantes du vacarme urbain, l’esprit encore tourbillonnant de la rapidité du monde extérieur où pensées, émotions, murmures intérieurs et occupations stressantes s’entrechoquent, nous entrons dans la bibliothèque. Sitôt le battant de la porte refermée, le silence nous saisit et nous impose son respect. Les lumières basses tamisées, les murs de milliers de livres, héritage riche de plusieurs siècles qui nous contemplent, semblent taire en nous toute parole et nous inviter à l’étude. Le silence n’est-il pas la première condition pour lire, étudier, écouter et voir toute la réalité ? C’est ainsi que chaque photo de Daniel nous happe dans cette atmosphère, nous permettant de parcourir indiscrètement à pas feutrés les trésors de la Bibliothèque Nationale, le prestige victorieux de la bibliothèque de la faculté de Droit en passant par les lignes droites de la faculté d’ingénierie : des paysages intérieurs façonnés par le silence studieux des chercheurs qui dessine en nous un nouveau silence, une nouvelle écoute, une attitude ouverte à apprendre, à se laisser surprendre.

Le paysage est avant tout une "vue" : à la fois vue d'un espace qui existe indépendamment de nous, mais aussi vue d’un espace que l’on perçoit, que l’on sent et cela, chacun de manière différente. Il a cette vertu d’être ce lieu humble et quotidien qui nous forme. Et, comme nous le montre la personnalité de chacune des bibliothèques photographiées, le paysage est formé réciproquement par l’homme.

La photo de Daniel ne s’inscrit pas dans l’époque contemporaine du digital qui permet de capter formidablement l’instantané, la vie qui jaillit, l’émotion. Au contraire, la photo est longue : quinze secondes de prise, l’attirail de pointe encombrant et la photo de grande qualité, plus précise que le digital.

C’est comme si par cette série de paysages intérieurs, Daniel voulait nous dévoiler son paysage intérieur : la beauté du silence, de l’étude, de la richesse inouïe de trésors enfouis dans ces huis clos qui ne se livrent qu’au chercheur, de l’héritage de l’homme, du travail de l’homme, de sa culture, de son identité propre. Ainsi veut-il suivre les traces de ses grands maîtres dans la photographie : Martin Chambi, pionnier dans la photographie au Pérou au 19e siècle et Sebastiao Salgado, contemporain brésilien.

Cette exposition inaugurée le 20 octobre dernier à la galerie “Arte x Arte” et primée à l’exposition “Buenos Aires Fotos” sera exposée également à Rome en mai 2012 et à Berlin en juin 2012.

Blog de Daniel Kiblisky

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