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Aperçu sur la situation en Irak

Interview d'Amir Hashom       23 avril 2011
Propos recueillis par Clément Imbert, temps de lecture : 4 mn

Amir Hashom est représentant permanent de l’ONG « Al Hakim Foundation » qui fut fondée en 2004 pour promouvoir le dialogue religieux et interculturel. Suite à un événement préparé avec Points-Cœur aux Nations Unies, nous abordons la situation de son pays, l’Irak.


CC BY-SA Christiaan

1/ Votre fils, de retour de vacances en Irak vous a dit : « Ce qui me plaît là-bas, c’est que l’on peut faire absolument ce que l’on veut ». Est-ce une bonne nouvelle ?

L’Irak est  « libre ». Cela peut sembler être une bonne nouvelle. Mais les Irakiens n’ayant jamais été éduqués à la démocratie, ils agissent soudainement comme ils veulent, sans se soucier des autres, sans prendre en compte les conséquences de leurs actes. Ce qui a plu à mon fils c’est qu’en Irak, tout le monde peut conduire, même un garçon de 10 ans. Face à ce « chaos », la police se sent elle aussi, libre de faire ce qu’elle veut. Il y a un grand désordre dans le pays depuis la chute du régime, les lois sont absentes, c’est le règne de la corruption.

Pourquoi ce comportement des Irakiens après la chute du régime ?
Sous l’ancien régime, on ne pouvait rien faire. Les gens avaient peur de la police. La population irakienne a été comme enfermée dans une cocotte-minute pendant 30 ans. De plus, avant 2003, du fait de la fermeture des frontières, le niveau économique du pays était très bas. Après 2003, ces frontières se sont ouvertes : création de nouvelles technologies, désir de confort… Chacun a pu commencer à importer ce qu’il voulait sans normes, sans règlements, sans taxes et la situation économique du pays s’est considérablement améliorée. Mais à quel prix ! Tout est bon pour satisfaire ses besoins et désirs de confort. Les gens sont prêts à tout pour avoir de l’argent. Aujourd’hui, tous les irakiens se plaignent du manque de sécurité, de la corruption, mais tout le monde la pratique.

Y a-t-il des figures politiques qui essaient d’éveiller les consciences ?
Il y en a quelques-unes mais c’est le tout début.

2/ Dès que nous cherchons à comprendre la situation au Moyen-Orient, les médias occidentaux nous imposent une vision tronquée des faits. Comment expliquez-vous cela ?

La vision des médias occidentaux reflète les intérêts des pays dit « occidentaux » : Le Moyen-Orient (Afghanistan, Irak, Iran, Syrie, etc) constitue pour eux une zone tampon avec les autres grandes forces actuelles : la Chine et l'Inde. Tant que l’instabilité règnera au Moyen-Orient, on esquivera les tensions entre les grandes puissances.

3/ Votre organisation attache une importance particulière au dialogue religieux et culturel. Quelle est selon vous la place des chrétiens en Irak ?

Les chrétiens en Irak sont un peuple autochtone, aux racines très anciennes. Leur richesse réside notamment dans la diversité et la multiplicité des rites. Beaucoup ont fui et continuent de fuir dans des pays anglophones tels que la Grande-Bretagne, la Scandinavie ou le Canada. Ils sont désormais moins d’1%.

Les menaces et attentats en Irak visent-il les chrétiens en particulier ?
Les attentats sont orchestrés contre tous les Irakiens. Seulement, un attentat contre une minorité a beaucoup plus d’impact. De plus, la minorité chrétienne n’a pas les moyens de se défendre et de se protéger. Tandis que les communautés musulmanes chiites et sunnites sont en force. Le mobile de ces attentats est le plus souvent de l'ordre de la corruption et non pas de l'idéologie. Par exemple un de mes amis est mort lors d’un attentat tuant une centaine de personnes. Lorsqu’on a retrouvé le coupable, il a dit avoir commis cet attentat pour 5000 dollars. Les quelques attentats suicides de fanatiques religieux sont d’ailleurs d’origine étrangère (Tunisie, Arabie Saoudite etc…)

L’avenir des chrétiens en Irak ?
Les leaders religieux et plusieurs ONG encouragent les chrétiens à rester en Irak. Nous voulons vraiment conserver cette mosaïque, cette diversité religieuse en Irak. Certains chrétiens se sont réfugiés dans des pays voisins afin de pouvoir y revenir quand l’atmosphère sera plus calme. Ils sont attachés à leur pays. Et puis nous cherchons à instaurer un dialogue interculturel et interreligieux. Par exemple en mars 2012 à l’ONU, suite à un colloque organisé par Al Hakim Foundation, une déclaration conjointe des leaders religieux chiites, sunnites et chrétiens a été signée. Parmi les éléments notoires figurent le désir de rétablir un véritable Etat de droit, de bannir la notion de « minorité », d’organiser des réunions régulières entre les leaders des différentes religions en vue de construire ensemble la paix, de donner une place plus importante aux femmes.

Nous en appelons à Dieu pour venir en Inde à l’Irak et aux Irakiens.

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2 Commentaires

  1. Passionant!
    Quand je pense à l'Irak, je n'ose imaginer le chaos et le gachis orquestrés par des inconscients…
    Quelle leçon d'espérance et d'humilité que ce témoignage!

  2. sonia angeloni

    Je prie pour vos missions…
    Je remercie Dieu pour vos vies… Dieu nous aide à porter Son message d'Amour, de Vie et d'Esperance…
    Je prierai pour les chretiennes que vivent  en Irak et pour tous ce qui ne connessaint pas encore l'Amour de Dieu… Dieu est notre force… Il est notre vie…
    Dieu peut Toutes choses…
    Unis en prière pour la paix de Dieu dans touts les coeurs…
    Que Dieu puisse toucher les ames de tous ce qui peuvent faire quelque chose pour arreter les guerres et la faim dans le monde entière… unis tous en prière…
    Excuse moi pour les erreurs… je suis née à Rome… mais ma nationalitè est du Ciel…
    Dieu nous benisse… C'est un nouveau jour pour aimer, servir Dieu, ésperer, vivre…
    Dieu est toujours avec nous…
    Sonia