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L’Argentine bientôt exclue du G-20 ?

Dans un éditorial daté du 20 avril 2012, le très sérieux Wall Street Journal propose tout simplement « l'expulsion de l'Argentine du G-20 » et ce, « jusqu'à ce que la présidente Cristina Kirchner se comporte comme un véritable chef d'État et non comme un bandit ». Le Washington Post quant à lui, suivi par le Financial Times, propose que son remplaçant soit le Chili. Comment en est-on arrivé là?


Cristina Kirchner CC BY Expectativa Online

Il y a quelques jours le gouvernement argentin de Cristina Kirchner a décidé d'exproprier 51 % des actions de l'entreprise pétrolière YPF, du groupe espagnol REPSOL. Aucune indemnisation n'a été versée pour le moment. 

La compagnie pétrolière argentine YPF avait été privatisée dans les années 90 sous Carlos Menem et REPSOL l'avait achetée pour fonder REPSOL YPF. Récemment, la compagnie espagnole avait annoncé avoir découvert d'énormes gisements de gaz dans les champs dits « vaca muerta » (de telles réserves avaient été qualifiées de troisième mondiale). Accusée par le gouvernement de ne pas suffisamment investir, la nationalisation est intervenue alors que des négociations étaient encore en cours.

Pour qui connait la situation politique actuelle de l'Argentine cet acte est loin d'être un acte isolé. Les pressions du gouvernement argentin sur YPF et d'autres entreprises multinationales ne datent pas d'hier. Un des objectifs affichés du gouvernement est la protection du pouvoir d'achat des argentins par l'instauration d'un strict contrôle des prix (1), un autre objectif est le contrôle des exportations; bref la défense d'un interventionnisme fort de l'État dans l'économie. 

A ce sujet, dans son blog quotidien l'économiste brésilienne Miriam Leitão raconte l'anecdote suivante:

« Il y a des situations comme celle-ci : la présidente visite une entreprise et demande pourquoi ce produit n'est pas vendu sur le marché. L'entrepreneur répond que ce produit ne correspond pas au goût argentin et donc que c'est pour cela qu'il est fabriqué pour être exporté. Le jour suivant, l'entrepreneur reçoit un coup de fil de Moreno qui lui demande de mettre le produit sur le marché et lui fixe même le prix. L'entrepreneur répond que ce prix couvre à peine le coût de l'emballage. Moreno appelle donc l'entreprise d'emballage et lui dit à quel prix elle doit vendre. Cette dernière demande alors une rallonge sur le prix de l'énergie. Et l'obtient. Ceci est un fait réel, c'est arrivé à une entreprise brésilienne. Moreno, pour qui ne le sait pas, est celui qui fait la pluie et le beau temps  dans le pays, sur ordre de la présidente. Il est secrétaire à l'Industrie et au Commerce mais en fait c'est comme s'il était premier ministre. Il y eu un temps où il recevait avec un revolver sur son bureau. Aujourd'hui il l'a remis dans le tiroir même s'il menace avec d'autres armes les chefs d'entreprise qui ne lui obéissent pas.» (2)       

Si les anglosaxons sont plutôt partisans de la méthode forte (exclusion du G-20, représailles économiques) le Brésil pour sa part est resté plutôt muet. La présidente Dilma a refusé de commenter ce qu'elle qualifie comme un fait de politique interne. De fait les dirigeants attendent de voir ce qui va se passer avec la Petrobras qui détient presque 15% du marché pétrolier argentin.

Pour le Brésil les relations avec son voisin argentin sont importantes. Si les brésiliens pensent que la faiblesse de l'Argentine est bonne pour le Brésil, ce souhait se limite à l'éternelle rivalité footballistique entre les deux pays. De plus en plus intégrées, les deux économies ont besoin l'une de l'autre. Pour le Brésil c'est un drôle de tango que danse l'Argentine en ce moment. Ici, de tels problèmes se résolvent plutôt par la négociation. (3)

Ce qui est sûr c'est que les entreprises vont réfléchir à deux fois avant d'investir en Argentine. Le gain à court terme (main-mise gratuite sur la plus grosse entreprise du pays, propagande populiste autour de la notion du « pays souverain » (4) ne vaut sûrement pas le coût à long terme. Comme le souligne de nouveau Miriam Leitão : « les investisseurs brésiliens sont déjà en train de revoir leur investissement en Argentine » (5) et avec eux les investisseurs de beaucoup d'autres pays. A terme, l'Argentine risque de voir son économie fortement handicapée et de se retrouver très isolée diplomatiquement. Le fait que le Chili soit proposé pour la remplacer au G-20 est un signal fort envoyé au gouvernement argentin. 

Mais l'idéologie de certains cercles dirigeants liés à la présidente Cristina Kirchner semble vouloir imposer ce modèle interventionniste. L'idéologie sous-jacente semble être que toute entreprise multinationale est un prédateur potentiel des ressources du pays. Pour la plupart des économistes une telle politique est suicidaire. La globalisation et l'intégration des économies est aujourd'hui une réalité. On peut tenter d'en diminuer les défauts mais le fait est là. Personne ne peut assurer son développement tout seul. En criant un tel climat envers les entreprises multinationales ce type de politique brise un élément essentiel de toute croissance économique : la confiance.

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(1) Un contrôle des prix qui va jusqu'à la manipulation des chiffres officiels de l'inflation, la poursuite en justice des économistes qui en révèlent le vrai taux et une campagne d'intimidation de la presse non officielle notamment les journaux « La Nación » et « Clarín ». Faits cités dans un article du Washington Post du 23/04/12 cité par René Lanouille dans son blog.

(2) Cf. site « O Globo », Blog « Miriam Leitão » le 20/04/2012. Un peu plus loin elle ajoute : «  Il a appelé une société brésilienne établie dans ce pays en lui demandant de suspendre les exportations. Quand un cadre lui a dit qu'il avait des contrats à respecter il lui a demandé de ne pas les honorer et que les produits devait rester sur le marché intérieur ».

(3) Cas du bras de fer de l'Etat Brésilien avec l'entreprise VALE, Cf. Blog « Miriam Leitão » du 20/04/2012.

(4) Cf. article de La Nación du 24/04/12 sur les déclarations du ministre de l'intérieur Florencio Randazzo. 

(5) Cf. site « O'Globo », blog Miriam Leitão du 20/04/12.

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3 Commentaires

  1. Anne Josnin

    Le gouvernement argentin ne fait que reprendre les méthodes des multi-nationales: pour exemple il suffit de voir la manière dont s'est comporté et se comporte la Goldman Sachs en Grèce et en Europe. A-t-il plus de légitimité, du fait qu'il est élu et au service du Bien Commun( en théorie du moins)? La fin justifie-t-elle les moyens? Il y a de fait une escalade jusque-là inconnue dans la violence des méthodes, et sur les individus, et sur les structures, et sur la vérité, qui n'est pas sans analogie avec celle que l'on a connue durant la seconde guerre mondiale puis la guerre froide. On attend les kamikases de la guerre économique, cela ne saurait tarder si ce n'est déjà là. 

    1. Henri Poujol

      On vit au-dessus de nos moyens et on se plaint que la Golman Sachs, entre autre, nous remette les yeux en face de la réalité? Jusqu'a preuve du contraire, ce n'est pas la Goldman Sachs qui nous a endetté…