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Habitat et humanisme – Le choix de la confiance et du partage

de Philippe Boquien      1er mai 2012
Aide logement, Association, Temps de lecture : 4 mn

A l’origine du mouvement, il y a le constat que trop de gens manquent de ce bien essentiel qui s’appelle un toit, et souffrent de n’être pas reconnus. En Ille et Vilaine, il mobilise une trentaine de bénévoles et deux salariées qui s’efforcent de rompre leur isolement.

Alexandra a dû quitter l’Asie Centrale avec sa sœur et sa fille pour des raisons politiques. Son mari avait été assassiné et sa famille n’était plus en sécurité. Elles ont été envoyées dans les Côtes d’Armor. L’accueil des personnes à Paimpol a été très chaleureux, « familial ». Cinq ans après, elle a dû rejoindre Rennes pour un meilleur suivi médical de sa fille. Dans un département qui s’enorgueillit à raison d’avoir un des taux de recours DALO (droit opposable au logement) les plus bas de France, les délais d’obtention d’un logement social restent longs pour quelqu’un qui vient d’un autre département. Habitat et Humanisme a pu trouver un appartement en centre ville en attendant l’obtention d’un logement social. Des liens d’amitié se sont créés. Alexandra assure chaque année le buffet de l’A.G. de l’Association.
Serge survivait sous la tente depuis plusieurs mois dans un camping de périphérie de Rennes, grâce à la générosité d’un groupe de paroissiens. Jeune désocialisé, il n’est pas prioritaire pour la recherche d’un logement. Aujourd’hui, Serge est fier de pouvoir pendre la crémaillère dans son petit appartement des quais de la Vilaine et de nous faire connaître son chat.
Petru 22 ans est roumain. Il est arrivé en France à l’âge de 15 ans avec sa maman et son oncle. Ils ont vécu pendant plusieurs années de dépannage en dépannage : chez des amis, puis dans une voiture quand il fallait libérer les lieux.  Un collectif de bénévoles s’est constitué pour les aider. Petru a appris le français dans la rue. Toujours souriant, il est intelligent et courageux, donne des coups de main à droite et à gauche, et vend des journaux quand il est inoccupé. Habitat et Humanisme leur a trouvé un logement. Des bénévoles les aident à clarifier leur situation juridique.
Marc lui accumule les soucis de santé, et traîne un fond d’anxiété permanent. Il avait surtout besoin d’un environnement calme que son allocation d’adulte handicapé ne lui permettait pas d’avoir. Il est aujourd’hui heureux dans son nouvel appartement et devient intarissable quand il parle de l’Iran où il a vécu plusieurs années.

La pension de famille est une autre réponse pour les personnes en demande d’un sas vers la vie « normale ». Nous y accueillons depuis six mois des personnes qui ont connu des accidents de la vie et cherchent à retrouver une vie normale. « Je n’ai pas pris l’ascenseur social, témoignait Jean, l’un des premiers résidents, le jour de l’inauguration, j’ai plutôt glissé sur la pente, mais aujourd’hui j’ai enfin la possibilité de remonter les marches, à mon rythme. »

Elisabeth, qui vient de passer plusieurs années en errance est encore émerveillée de ce studio tout neuf dans un environnement boisé, à quelques pas du centre ville de Rennes. A tel point qu’elle est souvent la première debout à astiquer les parties communes pour que « ce soit propre ». Combien de personnes cassées par la vie, et qui ont besoin simplement de retrouver une place dans la société.
Un ancien SDF racontait sa difficulté à faire admettre à son entourage qu’il puisse vivre désormais de l’Allocation d’Adulte Handicapé. « Ma santé est détruite, ma faculté de concentration est faible. »  Il a pourtant voulu être utile aux autres, et il est devenu la cheville ouvrière de l’Association « dignité des cimetières » sur Rennes pour accompagner les morts de la rue à leur dernière demeure.

« Quand on n’existe dans le regard de personne, ou si peu, en passant, on perd peu à peu sa visibilité – jusqu’à son désir d’être visible. »  Sylvie Germain, hors champ – Dans une société marquée avant tout par l’individualisme et le désir d’accomplissement personnel, celui qui n’ a pas eu la possibilité, du fait des aléas de la vie, de la malchance, des mauvais choix qu’il a fait, ou des atouts qu’il n’avait pas, de mettre en œuvre toutes ses potentialités se retrouve écarté du « vivre ensemble ». La recherche de la réussite personnelle creuse un écart de plus en plus grand entre ceux qui parviennent à cette réussite et tous ceux qui ont été pris de vitesse dans cette course. Cette distance grandissante nourrit les peurs, le rejet de l’autre. Devant notre impuissance, nous avons trop tendance à penser qu’il faut s’en remettre aux institutions, voter des lois, dégager des crédits supplémentaires. Mais les solutions qui sont ou pourraient être mises en œuvre ne sauraient suffire sans un engagement personnel, sans une prise de conscience individuelle.  
Habitat et Humanisme propose à chacun de s’engager à plusieurs niveaux :
    •   En agissant ensemble pour apporter des réponses concrètes, en permettant de mobiliser, de  construire, ou de rénover des logements,
    •    Habitat et Humanisme réunit des personnes, de parcours et de sensibilité différentes, majoritairement retraitées. C’est d’abord un lieu où apprendre à travailler ensemble sur du concret dans des rencontres a priori improbables entre par exemple des professionnels du bâtiment, des financiers, des travailleurs sociaux, entre bénévoles (à 90%) et salariés.
    •    Le mouvement fait appel à des capitaux issus de l’épargne solidaire et à des dons. En plaçant une partie de leurs économies à Habitat et Humanisme, les épargnants donnent un sens à la gestion de leur argent en en faisant un instrument de justice et de solidarité. En tant que citoyens responsables, ils participent à une économie plus humaine qui fait place aux plus fragiles, tout en bénéficiant de l’encouragement de l’Etat à travers divers avantages fiscaux.
    •   En s’engageant personnellement à rejoindre l’Autre dans sa fragilité pour permettre à tous ceux qui se retrouvent à un moment ou à un  autre sur les marges de se sentir reconnus et admis au « vivre ensemble ».

Habitat et Humanisme attend de ceux qui le rejoignent qu’ils entrent dans cette rencontre avec l’autre. Le mouvement propose un accompagnement des personnes qu’il contribue à loger. Il s’agit, comme le disait Antoine Treuille, en parlant de la compassion dans un interview pour « D’un Point-Cœur à l’autre » de donner du temps dans une relation personnelle avec quelqu’un qui se trouve en difficulté. Seule la confiance d’un autre lui permettra de retrouver confiance en lui-même. Cette démarche n’est pas à sens unique. Il y a ce qu’on apporte, et aussi ce que l’on reçoit. Antoine Treuille ajoutait : « Si tu fais l’expérience de recevoir en retour, alors cela devient comme une drogue
                                

Habitat et Humanisme, créé il ya 26 ans par Bernard Devert, promoteur devenu prêtre, regroupe 53 associations, une fédération reconnue d’utilité publique, une société foncière et 10 agences immobilières à vocation sociale. Le mouvement s’appuie sur 2500 bénévoles, 200 salariés et plus de 20 000 donateurs et investisseurs.

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1 Commentaire

  1. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    Merci de ces différents récits. Habitat et Humanisme est une trés belle réalisation. Dans le passé, des chrétiens ont toujours été à la pointe de l' innovation caritative. Il est bon de penser que ce savoir-faire évangélique ne s'est pas perdu.