Home > Fioretti > Rencontre avec Jaime

Bruno, nous partage la grâce d'une partie de tennis improvisée avec son ami Jaime qui souffre d’un handicap lourd. Un vrai moment de joie !

Suite à un accident survenu lorsqu’il avait sept ans, Jaime, trente-huit ans, souffre d’un handicap lourd qui rend difficile tout dialogue. N’étant pas autonome, il loge dans une salle étroite aménagée au fond d'une petite maison, une pièce séparée de la chambre de ses parents par une porte discrète, si discrète qu’on pourrait l’oublier, comme Jaime d’ailleurs, si silencieux et si seul.

Lorsque je pousse cette porte et pénètre dans la salle, je rencontre toujours Jaime seul, dans cette chambre obscure et insalubre, assis dans la pénombre sur une vielle couverture où s’amoncellent les puces et les miettes de pains des repas antérieurs. Chaque fois, mes yeux peinent à s’accommoder à l’obscurité de cette chambre un rien angoissante et je suis tout heureux lorsque mon regard distingue finalement la silhouette amicale. Après l’avoir salué, je lui propose toujours d’ouvrir la petite fenêtre : à la fois pour changer l’air quasi irrespirable, également pour permettre à un rayon de soleil de traverser ces ténèbres et mettre en lumière mon cher ami.

Au début, je dois dire que Jaime m’impressionnait avec son visage très émincé caché derrière une barbe brune et hirsute que surplombe un regard angoissé et fuyant… des yeux pourtant d’où jaillissent parfois des éclairs de joie.
Avec Jaime, nous avons grandi ainsi en confiance et en amitié au fil des rencontres. Un matin, alors que je me suis assis sur son lit à ses côtés, je lui propose de sortir. Une invitation qui n’est pas anodine. Je connais Jaime : il commence toujours par me dire non, hésite un long moment puis devant mon air convaincu (et ma tête dure de breton) finit par acquiescer. Cette fois, il m’accompagne lentement vers le dehors, franchit le seuil de la maison et toujours un peu craintif, s’assoit sur une pierre dans la petite cour. Ses yeux, à leur tour, mettent un temps à s’accommoder à la lumière du soleil étincelant et aux couleurs arc-en-ciel de la ville.

Nous nous retrouvons tous les deux assis côte à côte, en silence. Jaime me conte alors, tel un enfant, l’histoire d’un rongeur qui sévit dans la maison me décrivant avec une certaine passion le trajet emprunté par le petit animal après son forfait. Un moment plus tard, je remarque une vieille balle de tennis râpée dans la cour et lui propose alors d’initier un jeu tout simple ; à défaut de mots pour nous comprendre, la balle sera le nouvel instrument de notre échange. Nous nous renvoyons ainsi la balle et peu à peu un large sourire se dessine sur le visage de Jaime. Tout à coup, il s’arrête et me montre du doigt la corde à linge de la cour. Cette fois-ci, c’est lui qui prend l’initiative et je me trouve entraîné dans une partie de tennis improvisée avec, comme humbles raquettes, deux pauvres planches de bois toutes cloutées. Et attention, il nous faut comptabiliser les points !

Quelle grâce que ce moment partagé avec lui. Lorsque Mayra et Mariane sortent de la maison de Teresita, elles n’en reviennent pas de découvrir Jaime si heureux, métamorphosé, de le voir jouer comme un enfant, tout sourire, un enfant de lumière qui rayonne tant autour de lui.

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