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Le progrès médical … au service de l’homme

du Docteur Maurice Basso      14 mai 2012
Propos recueillis par Françoise Blanloeil, Interview, Temps de lecture : 4 mn

Le pôle de chirurgie orthopédique de l’Hôpital René Sabran des Hospices Civils de Lyon à Hyères est, à l’heure actuelle, un des meilleurs services de France dans son domaine. Le Docteur Maurice Basso, chef de ce service, nous partage un peu de son expérience en tant que  praticien hospitalier.

Comment en êtes-vous arrivé à choisir ce métier et cette spécialité ? Dans votre cursus, avez-vous rencontré des médecins qui vous ont marqué ?

C’est la chirurgie qui m’a choisi ! Lors d’un stage en 5ème année d’études, j’ai su que je voulais devenir chirurgien orthopédique et cela n’a jamais cessé de se confirmer par la suite. Il y a plusieurs années, à partir du moment où l'on passait l’internat, il n’y avait pas beaucoup de formation théorique. On lisait et surtout on travaillait dans le compagnonnage avec les praticiens, comme un artisan qui apprend son métier auprès de celui qui transmet son savoir-faire. A Lyon, de très bons chirurgiens pratiquaient, alors, leur art avec sérieux.

Rétrospectivement, la figure qui demeure la plus marquante dans mon parcours est le Professeur Gilles Bousquet, de l’Hôpital de Saint-Etienne. J’avais une grande admiration pour cet homme pourtant très original et connaissant de grandes difficultés personnelles. Sur le plan professionnel, il était extrêmement brillant, capable d’innover chaque jour dans son domaine ; sur le plan humain, il connaissait un par un tous les étudiants qu’il avait formé et était toujours prêt à leur venir en aide quand ceux-ci étaient dans le besoin.

Les moyens techniques évoluent de plus en plus rapidement dans le domaine médical comme dans bien d’autres domaines. Durant toutes vos années de pratique, n’avez-vous pas assisté à  une évolution en faveur de la rentabilité et du résultat, due à la progression technologique, au détriment parfois de la qualité de relation avec les patients ?

L’évolution technique en médecine est importante pour tout le monde : d’une part, il y a une très grande demande de technicité des gens qui veulent « le » spécialiste de la hanche, du genou… Les personnes se renseignent de plus en plus sur internet. Les médecins généralistes orientent de plus en plus vers les spécialistes. D’autre part, la très bonne qualité des prothèses et du matériel pour les poser nous facilite énormément la tâche.

Il y a plusieurs années, les services étaient davantage polyvalents ; aujourd’hui, ce n’est plus possible. En se spécialisant, les équipes (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes…) sont devenues plus opérationnelles dans un domaine particulier ; on sait ce qu’on fait ! Cela provoque un certain « travail à la chaîne », bien réglé, qui fonctionne. Les patients se sentent bien pris en charge dans une organisation bien rôdée. La mise en place d’une prothèse de hanche requiert de nos jours trois à cinq jours d’hospitalisation, tandis qu’autrefois, c’était 15 jours. Le risque d’infections est considérablement bas ; celui de thrombose[i] ou de luxation presque inexistant. Les techniques et les produits d’anesthésie sont beaucoup plus sûrs…

Le revers de cette évolution est qu’il devient difficile de sortir des sentiers balisés ; un patient avec un lourd handicap ou une pathologie plus lourde, une intervention que l’on pratique rarement requière plus d’attention et perturbe un peu les rouages bien ficelés de ce fonctionnement.

De plus, un contrat entre le pôle de chirurgie et l’administration prévoit un certain nombre d’activités pour l’année. Nous sommes pris dans une logique entrepreneuriale : si le rapport de fin d’année est négatif, on peut nous supprimer un poste pour compenser la dépense financière. Dans le cas inverse, on peut espérer obtenir du matériel ou du personnel en plus. Nous sommes pris entre ces deux exigences : médecine et croissance économique.

A votre niveau, quelle solution voyez-vous pour une plus grande « humanisation » des hôpitaux ?

Quand tout va bien, la demande du patient est moindre, si ce n’est celle de recouvrer plus de mobilité, à l’aide de nos soins. Il nous reste à faire de notre mieux pour accueillir chacun et être à l’écoute de ses besoins. Quand survient une difficulté, il est important pour nous de prendre en compte telle personne avec tel problème particulier. Les patients ont besoin de sentir, dans un premier temps, qu’on est ennuyé et qu’on veut chercher avec eux et pour eux les solutions. On n’est plus dans un protocole standard où tout tourne ! La réalité des patients et des situations nous provoque à une remise en cause et donc à la recherche d’un meilleur accompagnement des personnes qui nous sont confiées.


[i]  Thrombose : inflammation d'une veine, oblitérée par la formation d'un caillot ou thrombus

 

 

 

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