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Amarante, la plante immortelle : son retour dans les Andes

de Michelangelo Casano et Marie Debacque        6 juin 2012
Plante, Andes, Nutrition,Temps de lecture : 3mn

Vous avez sûrement déjà vu cette fleur des champs sur les bords des routes, appelée amarante ou “kiwicha” en quechua. Mais savez-vous que cette plante a de formidables potentialités nutritives pour lutter contre la malnutrition ? La farine produite à partir de l'amarante est aujourd’hui en voie de devenir la nouvelle manne des provinces andines très pauvres. M. Michelangelo Casano, président de la fondation Quiero Vivir, nous raconte…

La teneur en protéines de son grain est très élevée et la répartition en acides aminés est optimale pour l'alimentation humaine. Des recherches sont en cours pour évaluer sa teneur en calcium, taux estimé à 476 mg au 100 g. L’amarante est utilisée pour préparer des soupes, des céréales pour le déjeuner (flocons), des pains, ou encore des desserts, des boissons chaudes et des salades. Les feuilles sont consommées en tant que légumes cuits à l’eau.

Des effets bénéfiques ont été remarqués chez les personnes souffrant d’arthrite, de diabète, de goutte et rhumatismes. L’absence de gluten en fait un aliment optimal pour les personnes souffrant de maladie cœliaque et constitue une nourriture très nutritive idéale pour les femmes enceintes et celles qui allaitent.

Elle fut traditionnellement cultivée dans les jardins et les petites parcelles des Andes et ce jusqu’à 3.600 mètres d’altitude. Des graines d’amarante ont été trouvées dans des tombes pré-incas, scellées il y a 4000 ans. Elle a joué un rôle alimentaire important dans les civilisations Mayas, Aztèques et Incas.

Après la conquête espagnole, sa culture fut interdite par les Espagnols pour leur permettre d’écouler leur blé et pour empêcher les rites païens car elle servait dans divers offices religieux. Du fait de cette interdiction et de la violente répression qui sévit durant plusieurs siècles à l'encontre des Indiens qui continuaient à la cultiver, l'amarante a, depuis le XXème siècle, presque totalement disparu de l'alimentation centro-américaine et andine, alors même qu'elle entrait dans la constitution de très nombreux plats (tamale, sauce, tortillas et boissons).

« Kiwicha » signifie “qui ne se fane pas” et la plante est utilisée comme symbole de l’immortalité. Elle porte bien son nom car elle refera surface et se fera connaître du grand public en automne 2004 lorsqu’un agriculteur de Macon, dans l’État de Géorgie (USA), remarque que sa dernière application de l’herbicide Roundup – produit par la firme Monsanto – ne tue pas certaines pousses d’amarantes. L’ingrédient actif de ce puissant herbicide est pourtant le glyphosate, l’herbicide le plus utilisé aux Etats-Unis. Ces mauvaises herbes ultra-résistantes envahissent les champs OGM du sud des États-Unis. Lors de cette découverte, l'hypothèse d'un transfert horizontal de gènes depuis les maïs OGM résistant à l’herbicide s'est répandue dans la presse et les blogs.

Aujourd’hui, grâce à la fondation Quiero Vivir à Buenos Aires et à l’association Coopérative Espérance, les habitants de Salta et Jujuy (les Andes au nord de l’Argentine) ont re-développé cette culture traditionnelle et peuvent en vivre. Enthousiastes et fiers de leur plante, ils cherchent à accroître ce marché en développant tous les dérivés de l’amarante pour pouvoir l’exporter. Cette plante est porteuse d’espérance dans cette région très pauvre d’Argentine dont le revenu moyen est inférieur à 220 €/an.

C’est encore une toute petite association à l’échelle de villages, mais un des premiers fruits est de voir comment les habitants sont eux-mêmes les acteurs alors que les subventions sociales paient mieux que le travail agricole.

 

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2 Commentaires

  1. bekeongle

    Je ne connaissais pas cette plante et la découvre avec intérêt puisqu'elle répond à des besoins alimentaires de base, et qu'elle semble se moquer de la culture OGM avec beaucoup d'effronterie ! Cette liberté serait déjà , à elle toute seule, un gage d'intérêt ……
    Je mettrais juste un bémol sur l'expression que vous utilisez au sujet de la " violente répression qui sévit pendant plusieurs siècles à l'encontre des Indiens qui continuaient à la cultiver" et qui pourraient donner à croire, une fois de plus, que les Espagnols ont été ce que les antiennes médiatiques répètent "ad nauseam".
    Il est évident que nos critères modernes ne peuvent s'appliquer à l'histoire des siècles passés et on peut imaginer sans peine que le souci d'évangéliser a "obligatoirement " entrainé la suppression d'une plante qui avait , d'après ce que vous dites, une connotation sacrée mais païenne.
    Mais ne perdons pas de vue que l'oeuvre civilisatrice des Européens catholiques a été largement positive, contrairement à ce que veulent encore nous faire croire les amateurs de légende qui semblent ignorer (mais c'est évidemment délibéré !) que les seuls à avoir éradiquer les Indiens ont été, en Amérique du Nord, les Européens de la Réforme.