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Le Concile : réponse au cœur blessé et assoiffé

Le 11 Octobre 1962, le Pape Jean XXIII prononçait le discours d'ouverture de ce qui sera le grand Concile de l'Eglise Catholique de la fin du deuxième millénaire. Quelques aspects de ces paroles prononcées devant près de 2500 évêques du monde entier réunis pour l'occasion méritent d'être soulignés.


© Paul Anel

Le Pape relit lui même la genèse de l'événement comme quelque chose de vraiment inattendu, une impulsion qui le dépasse et qui provoque une réelle correspondance dans les cœurs de ceux à qui il s'entretint en premier de cette idée, quelques mois seulement après son élection : « La première idée de ce Concile Nous est venue d'une façon tout à fait imprévue ; ensuite, Nous l'avons exprimée avec simplicité devant le Collège des cardinaux réunis en la basilique de Saint-Paul Hors les Murs en cet heureux jour du 25 janvier 1959, fête de la conversion de Saint Paul. Les âmes de ceux qui étaient présents furent aussitôt frappées comme par un éclair de lumière céleste, les yeux et les visages de tous reflétaient la douce émotion qu'ils ressentaient. »

Beaucoup ont tendance à fustiger cette époque comme la pire et la plus éloignée des valeurs qu'enseigne l'Eglise, mais Jean XXIII, lui, plein de gratitude et de confiance, préfère résolument y voir l'œuvre de Dieu toujours agissant dans le monde : « Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence Divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l'Eglise, même les événements contraires. »

Conscient toutefois des erreurs et des idéologies qui ont rendu, dans le passé, la vie de tant d'hommes si éprouvante, le Saint Père préconise face à celles qui ont cours dans le monde et dans l'Eglise d'alors : « …(le) remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. L'Eglise estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine. »

Comme véritable fils de l'Eglise, « qui veut être une mère très aimante, bonne, patiente, pleine de bonté et de miséricorde… », Jean XXIII donne l'esprit qui doit, avant tout, animer les évêques et les théologiens du Concile lors des sessions de travail : « A l'humanité accablée sous le poids de tant de difficultés, elle (l'Eglise) dit comme saint Pierre au pauvre qui lui demandait l'aumône : « De l'argent et de l'or, je n'en ai pas, mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, marche. » (Actes, 3, 6) Certes, l'Eglise ne propose pas aux hommes de notre temps des richesses périssables, elle ne leur promet pas non plus le bonheur sur la terre, mais elle leur communique les biens de la grâce qui élèvent l'homme à la dignité de fils de Dieu et, par là, sont d'un tel secours pour rendre leur vie plus humaine en même temps qu'ils sont la solide garantie d'une telle vie. »

Ces paroles du bon Pape Jean rappellent, qu'au-delà des discussions théologiques, doctrinales, pastorales, si nécessaires soient-elles, le Concile est une œuvre de manifestation de la Bonne Nouvelle de la Vérité comme réponse au cœur blessé et assoiffé de tout homme, comme les pères du Concile l'écriront : « En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. (…) le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation. (…) par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. »[1]

 

Pour lire le texte intégral du discours de Jean XXIII : http://radionotredame.net/vie-de-leglise/discours-de-s-s-jean-xxiii-a-loccasion-de-louverture-solennelle-du-concile-oecumenique-vatican-ii/

Le Concile Vatican II à travers les yeux du jeune théologien Joseph Ratzinger (texte inédit) : http://fr.radiovaticana.va/Articolo.asp?c=628712


[1] Gaudium et Spes, n° 22

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1 Commentaire

  1. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    J'appartiens à la "génération Jean XXIII ". Il est difficile aujourd'hui d'imaginer l'engouement que suscita Angelo Roncalli: élu  pape à 77 ans en 1958, il devint en quelques semaines une star mondiale, à cause de sa bonhomie et de son humilité amplement commentées par les médias. Il était l'image même de la miséricorde.  A la différence de Jean Paul II, son passé ne présageait en rien de ce qu'allait être son court pontificat. Il décida de convoquer le Concile sans projet précis: il sentait que c'était nécessaire ; l'Esprit-Saint le lui soufflait et il en fut l'instrument docile, lui faisant confiance pour mener les choses à bon port. Lorsque le Concile décida de ne pas suivre la "feuille de route" préparée par la curie romaine pour son déroulement, il laissa faire, toujours confiant dans la Providence.