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Crise financière : osons l’espérance !

Xavier Gonzalez est conseiller en patrimoine à Genève et à Singapour. Il nous livre sa vision très libre de la crise financière. En regardant bien en face certaines incohérences politiques, il nous montre les pistes d'amélioration.

Monsieur Xavier Gonzalez, quels sont les changements de comportement des investisseurs français en ce temps de crise ?

X.G. : Genève est au cœur du conseil financier en Suisse et subit en ce moment une attaque frontale des pays environnants et des USA en ce qui concerne le cadre légal et institutionnel qui a permis de structurer sa place financière depuis le XIXe. On reproche à Genève de vivre sur le secret bancaire qui protège la privacité des citoyens. Aujourd’hui les déficits des pays environnants, font qu’on regarde la Suisse comme une grande tirelire où il faut puiser pour remplir les caisses. Ce qui est aujourd’hui « politiquement correct » est d’aller poursuivre tous les évadés fiscaux.

Les accords de doubles impositions signés par la Suisse avec la plupart des pays de l’OCDE incluent un échange d’information en matière fiscale. On peut dire que le secret bancaire n’existe plus car la France peut demander aujourd’hui une information personnelle ou même sur un groupe de citoyens qui auraient enfreint la législation. La France est dans une situation de déficit important et fait fortement pression. Ce qui nous frappe est qu'elle n’ait pas pensé à un accord de régularisation ou à une amnistie fiscale. Si le but est de récupérer les avoirs, une des formules constructive et apaisante est de formuler une amnistie. On dit souvent que cela n’est pas possible politiquement, mais là on tombe dans l’idéologie pure et la démagogie. Dans ce climat d’incertitude, de peur et d’agressivité, il n’y a rien de pire que de poursuivre ses propres concitoyens, cela ne produit qu’une chose : une augmentation de l’exil fiscal.

Pourquoi y a-t-il aujourd’hui un exode de capitaux vers Singapour ?

X.G. : En Italie, en Espagne, en Belgique le gouvernement a eu l’intelligence d’élaborer des formules juridiques d’amnistie fiscale. La France ne veut pas introduire de régularisation. Devant l’impossibilité d’un retour ordonné dans leur pays, les français doivent s’organiser ailleurs et quittent en masse l’Europe. La Suisse a beaucoup perdu de son attrait : pas seulement au niveau du secret bancaire – cette réalité n'étant généralement considérée que négative alors qu'elle comprend la sécurité des avoirs, des services (éducation, loisirs, etc…), – mais aussi d’investissements plus attractifs dans des zones nouvelles. La Suisse perd des actifs divers, pas seulement français. On a toujours vu ce type de phénomène dans l’histoire des places financières, le moindre élément négatif produit un grand mouvement. Par exemple, le droit de timbre introduit en Suisse a créé un grand exode vers Londres. Il y a toujours des phénomènes qui font que lorsqu’une place financière se détériore ou introduit un élément négatif, les capitaux se déplacent. Les capitaux sont peureux, craintifs et bougent très rapidement sans aucun état d’âme. S’il y a des éléments négatifs qui apparaissent dans un lieu, les capitaux rejoignent de nouvelles places financières comme Singapour ou Panama.

Je crois que lorsque les formules de retour existent et ne sont pas punitives, cela permet aux investisseurs de revenir dans leur pays. Ce fut le cas récemment pour l’Italie qui a proposé une taxe de retour à 5% et l’Espagne à 10 %. Par contre, lorsque la répression fiscale devient trop agressive, il devient impossible de le faire et les investisseurs quittent l’Europe.

Ces nouvelles places financières se créent à partir d’un degré de sécurité supérieur aux places environnantes. Singapour est un havre de paix où l’on peut déposer ses avoirs et investir à partir de ce lieu. Il y a un cadre attrayant et beaucoup plus compétitif aujourd’hui. Je suis allé dans d’autres villes du Sud-Est asiatique comme Bangkok ou Jakarta, mais qui elles n’ont pas le degré de sécurité de Singapour.

Aujourd’hui, la Suisse a beaucoup de mal à poursuivre son modèle en Europe, voilà pourquoi Panama et Singapour prennent le dessus. Par ailleurs les centres anglo-saxons comme Miami, New York, Jersey restent très puissants. Ces centres continuent à travailler alors que les attaques contre la Suisse engendrent une grande faiblesse en Europe. C'est un constat qui fait se poser des questions…

Pour le patrimoine, Miami est devenu un réceptacle d’avoirs financiers et de loisirs pour les fortunes latino-américaines. Mais New York reste le sommet pour les plus grandes fortunes.

Singapour était déjà très important et le centre financier de l’Asie avec Hong Kong. Je compare Hong Kong à une banque d’affaires et Singapour plutôt à une banque privée. Le gouvernement de Singapour veut devenir le centre de la gestion du patrimoine en Asie, pour « l’asset management ». Il le fait de façon très sérieuse. Nous avons dû passer nous-mêmes des examens très exigeants pour être admis à Singapour.

L’Europe doit-elle se remettre en question et s’inspirer de la liberté de ces nouveaux centres ?

X.G. : Aussi longtemps que ces déficits étatiques vont persister – et je crains que cela ne soit long – je pense que l’attitude des états ne va pas changer. Quelle que soit la couleur politique, ils veulent remplir les caisses. J’aimerais passer le message qu’en dehors de ce but important, si on veut donner de l’espérance et de la confiance, si on veut que les preneurs de risques, pour des petites ou des grandes affaires, investissent à nouveau, il faut les aider et les stimuler. Si on ne stimule plus les preneurs de risques, la crise va être longue et beaucoup plus dure. La croissance par l’investissement et la prise de risques permet de couvrir les déficits, mais si on écrase les investisseurs sous les impôts, ils vont partir et la crise va perdurer. Je ne vois aujourd’hui personne en politique qui encourage la sortie de crise.

Les gouvernements divers en Europe aujourd’hui sont décourageants pour la finance et pour le travail. On assiste donc au «brain drain» : les créateurs d’emploi, les jeunes et les investisseurs partent.

Quand les jeunes n’ont pas un futur clair, ils ont raison de chercher des cieux plus optimistes. Il faut une sérieuse remise en question aujourd’hui en Europe pour reconnaître l’importance des preneurs de risques. L’Europe doit redevenir un centre de recherche et de créativité dans les domaines de haute valeur ajoutée, mais sans ces éléments de motivation, les jeunes continueront de partir. Je rencontre des français partout et en particulier à Singapour, il faudrait un choc pour inverser la tendance.

Il faut aussi dépasser l’attitude de sinistrose et de catastrophisme nourrie par la presse pour adopter une attitude de responsabilité : « Moi, dans mon entourage, je dois faire, je peux faire ». Ce qu’il y a de plus facile est de culpabiliser autrui : « C'est les autres, c’est le gouvernement ». Il faut oser l’espérance.


© CC BY-SA besopha

Xavier Gonzalez est l'initiateur d'une retraite en ville pour les hommes d'affaires, banquiers et toute autre personne, qui aura lieu à Genève les 27 et 28 novembre sur le thème "Oser l'espérance", dans le cadre de Points-Cœur. Informations : http://suisse.pointscoeur.org/Deux-soirees-de-retraite-Oser-l-esperance.html

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