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Felipe Cubillos : une audace impertinente

Felipe Cubillos, père de 4 enfants, entrepreneur, s’est rendu célèbre en devenant le premier chilien à faire le tour du monde à la voile. Le 27 février 2010 suite au tremblement de terre apocalyptique et au tsunami. Il se rend spontanément dans les zones les plus abîmées. Grâce à ses amitiés, il met en œuvre une chaîne de solidarité d’entrepreneurs qui travailleront à la reconstruction du pays. Ce mouvement deviendra la fondation “Desafio Levantemos Chile” [Défi, Relevons le Chili]. C’est dans ce cadre que, le 2 septembre 2011, Felipe Cubillos se rend sur l’île Juan Fernandez. L’avion explosera en plein vol. Consternation. Une vague d’émotion envahit le pays. Quelques mois plus tard, Amalia, 23 ans, décide de poursuivre l’œuvre de son père.


Felipe Cubillos, © Desafio Levantemos Chile

Amalia, quel est l’esprit que Desafío veut promouvoir ?

Générer une conscience sociale selon laquelle il n’est pas nécessaire qu’il y ait une autre catastrophe, un autre tremblement de terre pour se rendre compte qu’il faut aider, être constamment attentif à ce qui se passe dans la vie de celui qui vit à côté de nous. Il n’y a pas besoin de faire de grandes choses pour se rendre compte qu’au Chili il y a encore trop de besoins. Après le tremblement de terre, ce projet Desafío nous ayant amené à connaître tant de réalités différentes, nous a fait réalisé que ce tremblement de terre avait fait tomber le mur qui nous empêchait de voir la réalité dans laquelle nous vivions.

Ton père était habité par un esprit d’entrepreneur qu’il a su transmettre à la fondation, pourquoi était-ce si important pour lui ?

Cet esprit est comme la marque de fabrique selon laquelle pour mon père entreprendre est avant tout donner un outil plutôt que de tomber dans l’assistanat. Les premiers jours de la fondation Desafío juste après le tremblement de terre ont été riches d’enseignements. L’un d’eux fut notamment avec les pécheurs de Duao lorsqu’ils ont perdu leurs bateaux avec le tsunami. Ils espéraient que quelqu’un viendrait et leur offrirait un bateau de pêche. Mon père est arrivé avec tous ses amis afin d’offrir son temps et son expérience et leur a dit : « le père Noël n’existe pas, personne ne va venir vous offrir des bateaux tout neuf, du coup moi ce que je vous propose c’est que nous travaillons dur et ensemble ». Nous nous sommes rendus compte alors qu’il est bien plus important de donner les outils que d’offrir des solutions toutes faites. Et ça c’est le chemin.

Quel est l’objectif fondamental ?

Pour nous, qui avons la mission de reprendre Desafio, le défi aujourd’hui c’est qu’il ne s’agisse pas seulement d’un groupe de personnes sinon de dix-sept millions de chiliens, que cette conscience s’étende et que nous puissions amener le Chili à un autre niveau, comme le dit très bien le nom même de notre association : relever le Chili.

Tu parles de ton père en disant qu’il avait « une audace impertinente », cette expression provoque une conscience sociale qu’est ce que tu veux dire par là?

Cette expression vient de ce que nous vivons dans un monde très bureaucratique avec beaucoup de gens qui vous mettent des bâtons dans les roues. Et ça c’est beaucoup vu par exemple dans les jours qui ont suivi le tremblement de terre. Avec notre fondation, mon père me raconta qu’ils avaient réussis à mettre en place une école, et que des gens d’un quelconque ministère leur signalèrent que l’édifice ne correspondait pas aux normes officielles car les prises électriques n’étaient pas à la bonne hauteur, par conséquent il devenait impossible d’utiliser l’école. Et mon père a donc commencé à faire ce qu’il croyait être le mieux, sans écouter toutes ces règles qui venaient comme compliquer les choses sachant que ce n’était pas le plus urgent vu les circonstances. Finalement l’école a été construite, et les professeurs furent invités à entrer et à reprendre les cours, car tandis que les enfants étaient en sécurité les parents pouvaient ainsi se dédier pleinement à la reconstruction du pays. A force de demander autant d’autorisations, les choses finalement ne se font plus.

Impertinent dans le sens où mon père disait que nombreuses les solutions qui viennent des ces illuminés assis derrière leurs bureaux décidant ce qu’il y a de mieux pour une localité comme celle de Duao. Mais ils n’y sont jamais allés à Duao. Donc il faut y aller, il faut rencontrer les gens, écouter leurs besoins, et à la fois être exigeant. Avec les pécheurs de Duao, je me demande bien comme ils ont réussis à bien s’entendre avec mon père alors qu’il a commencé à leur dire que de toutes les manières personnes n’irait leur offrir quoique ce soit, et que la seule chose qu’il pouvait leur offrir c’était de travailler dur.  

Enfin mon père disait qu’il fallait rendre plus souple le système des donations, que ce n’était pas possible qu’une entreprise ayant des ressources ne puisse faire un don de manière plus flexible. C’est ainsi qu’après avoir frappé aux portes des ministères et participer à de multiples réunions, son impertinence a été écoutée, permettant ainsi de voire naître la loi Cubillos[1] qui simplifie la régulation des donations. Je crois que l’impertinence devrait être remerciée, nous avons besoin davantage d’impertinents, davantage de géni impertinent.

 

Présentation de Filipe Cubillos (en espagnol) :

 

Présentation de « Desafío, levantemos chile » (en español) :

 


[1] Il s’agit d’une loi concernant les donations pour la reconstruction du pays, simplifiant le processus de donation pour des oeuvres privées, cela se réalise désormais directement entre le donateur et le bénéficiaire, éliminant les restrictions bureaucratiques, de telle sorte que le temps de procédure de la donation diminue de moitié.

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