Home > Société > Le covoiturage ou le sens de la gratuité

Le covoiturage ou le sens de la gratuité

Anne-Laure Perret et Floriane Buisson.

Le covoiturage est un moyen simple, écologique, amical et… économique de voyager. Le plus gros site français, créé en 2004, vient d’atteindre le chiffre de 1 millions de sièges proposés avec une augmentation de 135٪ de son activité depuis 2009. Le développement fulgurant de ce moyen de transport est sans doute dû à la crise et montre que l'adversité simplifie les relations et rend l'homme plus créatif… En voiture ! 


Gulariya, Népal © Emmanuel Pêtre/BICE

Emergence de solutions

Le covoiturage est né d’une volonté d’organiser l'auto-stop dans les années 1950, principalement en Allemagne, mais aussi avec Taxistop en Belgique, Allostop créée en France en 1958 et Allo-Stop au Canada. Gardant les principes de solidarité et d’économie de l’auto-stop, le covoiturage se veut une solution plus fiable et surtout partagée, où conducteurs et passagers sont tous gagnants. Depuis les années 1980, il représente une alternative de transport reconnue. Il procure des avantages pour le conducteur qui économise les dépenses pour un trajet, ne voyage pas seul. Le ou les passagers peuvent voyager à moindre coût, profiter parfois de meilleures conditions de voyages. Il y a aussi de nombreux avantages pour la collectivité, la vie ensemble : augmenter le taux de remplissage des véhicules fait diminuer les embouteillages, la pollution ou les accidents de la route.

Le covoiturage est non seulement plébiscité par les voyageurs mais aussi par les entreprises, les associations, et est fortement encouragé par les autorités, notamment lors des pics de pollution. Il semble d'autant plus pratiqué lorsque le prix du carburant augmente ou en cas de grève des transports. Il correspond autant aux besoins personnels qu’aux exigences professionnelles.

Le goût de la rencontre

Beaucoup de personnes covoiturent également par goût de la rencontre. Le trajet en voiture est un moment privilégié, où l’on n’a rien d’autre à faire que de discuter. Il se crée souvent une sorte d’intimité qui permet les échanges en profondeur, avec des personnes que l’on aurait certainement jamais rencontrées par ailleurs. Les personnes qui choisissent le covoiturage partagent la plupart du temps le même état d’esprit d’ouverture et de curiosité vis-à-vis de l’autre. Ce sont souvent ces mêmes personnes que l’on retrouve dans le coach surfing (site qui permet à des voyageurs d’être hébergés gratuitement chez l’habitant) ou d’autres initiatives solidaires. Cet état d’esprit confiant est un vrai pied de nez à l’individualisme et à la méfiance ambiants. En ouvrant ma voiture ou mon appartement à un parfait inconnu je fais le pari que cette rencontre m’enrichira, et je suis toujours curieux de savoir qui sera mis sur ma route (et dans ma voiture) cette fois !

On peut noter au passage qu’internet, souvent décrié comme entrainant un repli sur soi, permet ainsi de créer de nouvelles formes de solidarité et de rencontres.

Le covoiturage solidaire

La mobilité est aujourd’hui un facteur majeur d’intégration dans la société, et notamment pour l’accès à la vie professionnelle. Ainsi ceux qui sont dépourvus de moyens de transports se voient souvent dans l’impossibilité d’accéder à certains services. Cela est particulièrement vrai en milieu rural ou dans les banlieues éloignées des centres villes. Le covoiturage peut alors leur permettre de se déplacer pour accéder à l’emploi ou aux démarches de la vie quotidienne. Certaines associations de lutte contre l’exclusion ont donc créé des sites de covoiturage solidaire, fonctionnant avec des bénévoles, qui ajoutent encore une autre dimension au covoiturage.

Il y a donc bien plusieurs écoles chez les co-voitureurs.

Il y a ceux qui covoiturent depuis longtemps. Pour eux, la pratique reste simple. Prix de l’essence + prix des péages que l’on divise par le nombre de passagers dans la voiture. Le covoiturage, c’est partager les frais, faire des rencontres, rendre service. Cela peut être même un « état d’esprit », un élan de solidarité.

Il y a les plus terre à terre, qui incluent dans leur prix l’usure des freins, des pneus et le prix de la vidange. Pour eux le service est moindre, il s’agit avant tout de rentabiliser.

Et puis il y a ceux qui carrément font des affaires, bien que ce soit interdit par la loi.

Finalement, d’une pratique qui peut paraître anodine, on peut se poser la question de la place de la gratuité, denrée rare et précieuse.

 Une gratuité bien organisée

Force est de constater que la plupart des plateformes de covoiturage, y compris la plus connue, demandent maintenant un paiement préalable par CB. C’est un système qui n’a pas que des inconvénients (l’absence d’échanges d’argent peut simplifier la relation pendant le trajet) mais qui rigidifie et déshumanise considérablement le système : impossible d’ajuster son prix en fonction du nombre de passagers, il n’est plus nécessaire de se mettre en contact (réservation automatique), et, point non négligeable, il faut payer pour avoir les coordonnées du conducteur (prise de commission au passage bien sûr). Cette institutionnalisation peut poser question même si elle est une évolution logique. Toute pratique particulière qui se démocratise doit  s’organiser…

Le covoiturage est un service gagnant-gagnant pour toutes les parties concernées. Son principe même ne peut fondamentalement pas être modifié : c’est le partage. Il faut, quoiqu’il arrive, oser la rencontre et prendre l’autre en considération. Sa pratique, son évolution ne reposent pas simplement sur une « idée » mais sur le concret, la réalité. Belles rencontres ou belles économies, il a donc encore de beaux jours devant lui.

 

Site de covoiturages :

–      Site le plus connu : www.covoiturage.fr

–      Site « à l’ancienne » : http://www.covoiturage-libre.fr/laroueverte.fr

–      Site de covoiturage solidaire dans le Var : www.trajeco.org/solcovar

 

 

Vous aimerez aussi
Climatocratie
Réchauffement climatique ? James Lovelock n’est plus inquiet
« Fermes d’avenir » : une alternative à l’agriculture conventionnelle ?
Le champ de bataille de l’agriculture, entretien avec Jean-Luc Pamart

2 Commentaires