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La France, une bombe à retardement au cœur de l’Europe ?

Le vendredi 16 novembre, l’hebdomadaire anglais The Economist[1], faisait sa Une sur la situation de la France à laquelle il consacrait un dossier spécial. La première de couverture fit l’effet d’une bombe, déclenchant les commentaires outrés de toute la classe politique française, de droite comme de gauche. A-t-on réellement affaire à du «french bashing» ? 

Bien avant la Une de The Economist, qui fut suivie de près par la dégradation de la note de la France par l’agence de notation Moody’s, doublée d’une perspective négative[2], le rapport annuel du Forum Economique Mondial (WEF) sur la compétitivité[3] avait mis en exergue certaines faiblesses structurelles de notre pays.

En moins de trois mois ce sont donc trois analyses indépendantes qui font un constat sans concession de l’état de la France. Dans les milieux politiques et économiques deux attitudes prévalent : le déni ou la minimisation. 

Si l'on passe les petites phrases stériles du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, qui qualifie The Economist de  « Charlie Hebdo de la City »[4], force est de constater qu’à droite comme à gauche ce dossier n’a pas laissé indifférent. D’un côté, Laurence Parisot, présidente du Medef, estime que l’hebdomadaire a un train de retard[5] ; de l’autre, Jean-Marc Ayrault, Premier ministre sérieusement égratigné dans ce dossier, se dit peu impressionné par des propos qu'il qualifie d'outranciers[6]. La réponse la plus fouillée, même si elle tend à minimiser les propos de The Economist revient à la porte-parole du gouvernement et ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, qui explique que le changement est déjà en marche et que la réussite du gouvernement ne fait pas de doute[7]. Optimisme forcé ? Face à la dégradation de la note de la France par Moody’s, Pierre Moscovici, ministre des finances, préfère quant à lui remettre la faute sur le gouvernement Fillon en indiquant que les réformes entreprises par le nouveau gouvernement sont les bonnes, ignorant par là même, la perspective négative qui accompagne la dégradation[8].

En situation de crise et quand tous les signaux pointent dans la même direction, d’autres attitudes sont nécessaires pour permettre un possible redressement. Tout d’abord il faut que les hommes politiques fassent preuve de courage et de réalisme afin que les français eux-mêmes changent d’attitude.

Les faits sont là. La France pointe au 21ème rang des nations en terme de compétitivité (l’Allemagne est 6ème et le Royaume-Uni 8ème) et perd trois places en un an à cause d’un manque de confiance dans les institutions privées et publiques mais aussi et surtout d'un manque de flexibilité sur le marché de l’emploi (111ème)[9]. Le niveau des dépenses publiques françaises s’élève à 57% du produit intérieur brut. 22% de la population active fait partie de la fonction publique ce qui signifie que près d’un quart des emplois dépendent de l’Etat. Le taux de chômage en France était à 10.8% de la population en septembre 2012 avec un taux à près de 25% pour les jeunes[10].

Malgré tout, la France a aussi de nombreux atouts. S’il ne faut pas avoir peur de regarder les problèmes, il faut aussi reconnaître et mettre en avant ce qui va bien. Le Forum Economique Mondial en met en avant un certain nombre. Les infrastructures de notre pays sont parmi les meilleures du monde. Le niveau d’éducation et de santé sont eux aussi très élevés. L’innovation et l’accès aux nouvelles technologies qui sont les bases du développement de l’économie sont un atout majeur. Le taux de fécondité est lui aussi un des plus élevés d’Europe, derrière l’Irlande, et donne à notre pays la possibilité de se construire un avenir.[11]

Ceci étant, si les bases sont en place, il faut désormais faire preuve de courage et de réalisme. Ni les individus, ni l’Etat, ne peuvent vivre au-dessus de leurs moyens. Il en va de la responsabilité de chacun pour que d’un côté le gouvernement mette en place des réformes qui laissent plus de libertés économiques aux citoyens et que, de l’autre, ces mêmes citoyens acceptent que la notion d’acquis sociaux paralyse la société. Alors que la France a tellement d’atouts, comment expliquer que 80% des français se disent inquiets de l’avenir, ce qui représente le plus fort taux de toute l’Europe… plus haut que l’Italie, l’Espagne et la Grèce ? Pour y remédier, un réalisme équilibré empreint de courage et d’espérance est de mise.

The Economist, tout comme le rapport du Forum Economique Mondial, la prise de position de Moody’s ou encore la sortie récente de Gerhard Schröder sur la France[12], doivent être prises au sérieux. Malgré tout, il est important que ces constats ne nous paralysent pas et qu’ils soient un appel à aller plus loin, à oser l’espérance aussi dans le domaine économique.


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5 Commentaires

  1. Guilhem M

    Malgre la couverture provoc, l'article de nos amis anglais est plus nuance qu'attendu Il n'empeche que les reformes mises en avant sont assez largement opposees par les Francais. Toute la difficulte est de trouver notre propre voie afin de "Get from non to oui".

  2. Clément R.

     
    @Guilhem M.
    Tout a fait d'accord avec vous sur le noeud du probleme et c'est la qu'est l'enjeu.
    L' espérance dont je parle doit prendre des formes très concrètes au niveau des décideurs mais aussi à notre propre niveau (personnel).
    Clairement, les difficultés existent dans les foyers, dans les entreprises pour lesquelles nous travaillons ou que nous créons, dans nos recherches de travail, dans les partis politiques ou nous évoluons. C'est la aussi que les chrétiens ont rôle importants à jouer.
    Nous sommes appelés à avoir du courage dans nos activités quotidiennes, et à ne pas fuir ou désespérer pour de faux prétextes. A l'heure actuel l’auto-examen semble constant, et la réorientation devient la norme alors qu'il me semble que nous deverions embrasser notre réalité, dans l’adversité comme dans l’accomplissement
    Il y a une réelle dignité à faire face courageusement à la réalité sous toutes ses formes. c'est seulement quand l'esperance de chacun prendra une forme concrete que nous pourrons  "Get from non to oui"

  3. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    La Grande Bretagne se situe effectivement avant la France en terme de compétitivité, mais dans un contexte de désindustrialisation beaucoup plus avancé.

  4. Ba oui, finalement, pourquoi ne pas faire comme nos amis anglais, et faire plaisir aux agences de notations?
    Comme ca, on pourait travailler 50 heures par semaines, dire adieu aux vacances, et payer des loyers ahurissants! Le tout en augmentant au maximum la consomation et l exploitation de matieres premieres!
    Belles perspectives d avenir…