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de Jacques Bagnoud   18 février 2013
Temps de lecture 3 mn

Unter den linden, la magnifique avenue berlinoise ouverte par la porte de Brandbourg réunit 2 expositions emblématiques : « Diversité détruite » qui commémore toutes les personnalités chassées par les nazis. « Visions of modernity », la collection privée Guggenheim, dévoile un pan de la peinture de l’entre-deux guerres dans laquelle le visage humain s’estompe et s’efface au profit de figures géométriques.

L’exposition « Diversité détruite » présente les portraits et évoque la destinée des personnalités persécutées par le nazisme. En 1936, Berlin était après New York et Londres la 3e ville mondiale pour le nombre de "personnalités" dans les domaines de la culture, des sciences, de l'économie, de l'art,  etc. Le monde culturel judéo-chrétien berlinois bouillonnait d’idées et de créativité. A travers l’exposition « Diversité détruite » nous suivons douloureusement le destin brisé de chacune de ces personnalités dont la liberté était devenue insupportable pour les idéologues au pouvoir.

L’exposition « Visions of Modernity » présente un magnifique panel de la peinture d’entre-deux guerres : Picasso, Fernand Léger, Kandisnsky, Madrian, Lissitzky, Delaunay,… L’exposition s’ouvre sur un magnifique Picasso : le Moulin Galette. Les visages sont souriants mais vides, des masques impersonnels qui s’ennuient à cette fête, isolés dans la foule. Puis plus aucun visage, l’exposition montre des formes abstraites, des figures géométriques, des cubes, des damiers. La peinture cherche la beauté dans l’intériorité psychologique, dans une spiritualité individualiste, dans des figures stylisées. Ces formes impersonnelles révèlent la perte du visage humain.

Le XXe siècle est avide de figures géométriques, de règles scientifiques, de mesures quantitatives, de systèmes et d’ordre. Dans ce contexte, le portrait, la personnalité, le visage sont des obstacles à l’ordre établi. Si l’on décrit un visage ce n’est plus une personne mais un type, un masque : le fêtard, le musicien, le politicien,…  

Les deux expositions révèlent en creux le besoin d’un élitisme chrétien. L’Eglise vit par la personnalité des saints, la société chrétienne vit par les personnalités fortes et créatives qui l’éduquent. Comme disait le cardinal de Vienne, Monseigneur Groër : « Le christianisme n’existe pas, la seule chose qui existe ce sont des personnes qui ont rencontré le Christ[1] ». Reconnaître une personnalité, c’est se mettre à son écoute et à son école, c’est grandir en liberté, en créativité, en humanité. Voilà pourquoi les idéologues préfèrent l'état, l'ordre, le système aux personnalités.

http://www.deutsche-guggenheim.de/ex_visionsofmodernity_full.php


[1] « En effet, le "christianisme" n’existe pas. Le Christ existe, les personnes existent, des hommes qui se tournent vers Lui » (H.H. Groër, Dai valori alla realtà, in « Il Sabato », n. 18, 1 maggio 1993, p. 67).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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