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« La douce et réconfortante joie d’évangéliser »

du Pape François   28 mars 2013
Temps de lecture 2 mn

Avant l'entrée en Conclave, le Cardinal Bergoglio avait prononcé, devant les Cardinaux réunis en congrégation générale, le discours suivant :

Il a été fait référence à l'évangélisation. C'est la raison d'être de l'Eglise. "La douce et réconfortante joie d'évangéliser" (Paul VI). C'est Jésus Lui-même qui nous pousse de l'intérieur.

1. Evangéliser suppose le zèle apostolique. Evangéliser suppose dans l'Eglise l'audace de sortir d'elle-même. L'Eglise est appelée à sortir d'elle-même et à aller jusque dans les périphéries, pas seulement géographiques mais aussi existentielles : où résident le mystère du péché, la douleur, l'injustice, l'ignorance, le mépris du religieux et de la pensée, et de toute misère.

2. Quand l'Eglise ne sort pas d'elle-même pour évangéliser, elle devient autoréférentielle et elle tombe malade (cf. La femme courbée, repliée sur elle-même dont parle Luc dans l'Evangile, Lc 13, 10-17). Les maux qui, dans le temps, touchent les institutions ecclésiastiques sont l'auto-référence et une espèce de narcissisme théologique. Dans l'Apocalypse, Jésus dit qu'Il est à la porte et qu'il frappe. Il est évident que le texte se réfère au fait qu'il frappe à la porte du dehors pour entrer… Mais je pense aux moments où Jésus frappe du dedans pour que nous le laissions sortir. L'Eglise autoréférentielle prétend avoir le Christ à l'intérieur d'elle et ne Le laisse pas sortir.

3. Quand l'Eglise est auto-référentielle, elle croit sans s'en rendre compte avoir sa propre lumière. Elle n'est plus le mysterium lunae, et elle fait place à ce si grand mal qu'est la mondanité spirituelle (selon de Lubac, c'est le pire mal qui puisse arriver à l'Eglise) : le fait de vivre pour se glorifier les uns les autres. En simplifiant, il y a deux images de l'Eglise : l'Eglise évangélisatrice qui sort d'elle-même, la "Dei Verbum religiose audiens et fidenter proclamans" ou l'Eglise mondaine qui vit en elle, d'elle-même et pour elle-même. Cette analyse devrait éclairer les changements possibles et les réformes qui doivent être faites pour le salut des âmes.

4. Pensant au prochain Pape, il y a besoin d'un homme qui, partant de la contemplation et de l'adoration de Jésus-Christ, aide l'Eglise à sortir d'elle-même pour aller vers les periphéries existentielles de l'humanité, qui l'aide à être la mère féconde de la "douce et réconfortante joie d'évangéliser".

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4 Commentaires

  1. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    L'Eglise devient auto-référentielle quand elle ne sort pas d'elle-même…En disant cela, à quoi pense le pape François ? Sans doute à personne en particulier et à tout le monde. Peut-être pense-t-il même à son histoire personnelle. Le danger que constitue pour l'Eglise l'admiration d'elle même est de tous les temps et nous menace tous, y compris dans notre vie spirituelle. Lorsque l'Eglise va là où est  le péché,  la douleur,  l'ignorance, le mépris du religieux et de la pensée, la misère, pour évangéliser, elle se laisse elle-même évangéliser, un peu à l'image de Jésus qui se laisse toucher par la foi de la Cananéenne. C'est là un thème qui revient souvent chez les fils de St Ignace, attentifs à discerner l'action de Dieu déja à l'oeuvre dans le monde.

  2. Paul Anel
    Paul Anel

    On trouve cette idée exprimée également chez Balthasar, qui se réjouit de voir qu'à partir du Concile l'image de l'Eglise Corps-Mystique est redevenue en quelque sorte à la mode, mais déplore que l'image, pourtant tout aussi présente et dans l'Ecriture et dans la Tradition, de l'Eglise-Epouse n'ait pas été également remise à l'ordre du jour. Au delà des mots et des images, cela témoigne en effet d'une hypertrophie de l'aspect corporel (on pourrait presque dire : corporatif) de l'Eglise, c'est à dire de sa dimension sacramentelle, hiérarchique et dogmatique, au détriment de sa dimension mariale d'épouse, d'humble servante du Seigneur. Si la première image identifie en quelque sorte l'Eglise et le Christ, la seconde les tient bien séparés, l'un en face de l'autre, dans une relation amoureuse mais fragile. L'Eglise ne peut donc jamais être purement "auto-référentielle" : le Christ se tient en face d'elle et la maintient toujours en mouvement, comme l'épouse du Cantique des Cantiques qui court après son Bien-Aimé. J'ai le sentiment que c'est à cette "fragilité" de l'être chrétien que le Pape François veut nous rappeler. On parle beaucoup à son sujet de pauvreté, et à raison. Mais on aurait tort de comprendre par là des questions de mètres carrés ou de couleur de chaussure. La pauvreté chrétienne à laquelle il nous appelle est celle justement de l'épouse du Cantique des Cantiques : le Christ est toujours désiré, aimé, mais jamais "possédé." Cette humilité trouve aussi chez Benoît XVI des expressions très émouvantes, comme en témoigne par exemple le texte suivant: « Je pense que nous devons réapprendre ce « ne-pas-avoir-la-vérité ». De même que personne ne peut dire : j'ai des enfants – ils ne sont pas notre possession, ils sont un don et comme don de Dieu, ils nous sont donnés pour un devoir – pareillement nous ne pouvons pas dire : j'ai la vérité, mais la vérité est venue à nous et nous pousse. Nous devons apprendre à nous laisser mouvoir par elle, à nous faire conduire par elle. Alors, elle brillera à nouveau : si elle-même nous conduit et nous pénètre.» La Vérité, le Christ n'est pas quelque chose que je possède, mais une relation dans laquelle je suis introduit (comme Pierre est introduit à Jésus par son frère André ) et à laquelle je brûle d'introduire les autres.  

  3. Moi j'ai tout à fait le sentiment de vivre ce travers de l'Eglise auto référentielle quand le prêtre de ma paroisse critique le choix d'un parrain non baptisé pour mon fils…

    Je le déplore amèrement.

  4. Michel

    Ne pas être auto-référentielle pour l'Eglise ne signifie pas tout permettre. Être chrétien pour être parrain a un sens puisque le parrain prend l'engagement d'aider son filleul a grandir dans la foi. Mais peut-être que cet éventuel parrain souhaite être baptisé ? Dans ce cas là, peut-être que les choses peuvent être revues.