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Taratata : 20 ans d’écoute et de rencontres

de Vincent de Portzamparc   6 mai 2013
Temps de lecture 4 mn

L’invasion du paysage audiovisuel français par une multitude de programmes peu coûteux mais très vendeurs comme le sont les émissions de clips musicaux ou les téléréalités, provoque naturellement la disparition des espaces de beauté sur le petit écran. Pendant 20 ans, Taratata a offert chaque semaine ce genre de spectacle au mélomane noctambule.


CC BY-NC-SA marie_astier

Créé par Nagui en 1993, Taratata fonctionne sur un concept très simple mais terriblement audacieux : celui  de réunir les plus grands musiciens du moment et de les écouter. Et c’est précisément dans cette écoute que résident le génie et l’exigence de l’émission. Il ne s’agit pas d’ingurgiter passivement le tube à la mode mais d’écouter une proposition toujours nouvelle, une reprise originale, un duo inédit. Il ne s’agit pas de jeter l’artiste dans l’arène pour qu’il nous fasse son numéro, nous vende à nouveau son personnage mais de le laisser se donner, se révéler en vérité.

Vidéo: Krystle WARREN / Hugh COLTMAN : The girl is mine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Taratata c’est une rencontre avec des hommes et des femmes de scène qui pourtant nous semblent inaccessibles. On se souviendra des passages de Matthieu Chedid (M) ou de Mika qui nous confessent en interview (où ils se révèlent fort sympathiques), que leurs personnages hauts en couleur sont une forme de protection, les placent à une distance raisonnable du succès, les aident à garder les pieds sur terre. Or, sur le plateau de Taratata, une magie s’opère. Le dépouillement de la scène, sa situation en contrebas d’un public restreint et bienveillant, l’effacement du présentateur qui ne place pas artificiellement ses invités sur un nuage mais les accueille avec chaleur et proximité, tous ces éléments, très simples en fin de compte, participent à faire tomber les masques de nos idoles et nous donnent l’illusion l’espace d’un instant de les recevoir dans notre salon.

Bien sûr Taratata a survécu par son côté commercial et les maisons de disques ne s’y trompent pas en y envoyant leurs jeunes talents. Cependant, quelle occasion privilégiée pour le téléspectateur de découvrir la nouvelle scène française dans ce cadre familier plutôt qu’en tube de l’été sur toutes les ondes et dans tous les supermarchés ! En effet, tournée dans les conditions du directe, l’émission offre des moments rares où, armés de quelques instruments acoustiques, ces jeunes premiers nous faisaient vraiment découvrir leur univers, leur fragilité, leur personnalité. Ce fut le cas du passage extraordinaire d’Asaf Avidan.

Video: Asaf Avidan : Reckoning song

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais le beau à la télé est malheureusement en voie de disparition et malgré la passion de Nagui pour son « bébé », Taratata va sans doute bientôt baisser le rideau. Nagui disait il y a peu : « … il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'il y a une crise budgétaire à France Télévisions. Et je sais très bien que France 2 pourrait décider de mettre des clips à la place de "Taratata". Je ne m'abrite pas derrière la mission de service public que nous remplissons, me semble-t-il. Pour que l'émission existe, parce que c'est mon bébé, j'accepte de me battre pour que "Taratata" reste à l'antenne. »[1]

Taratata a survécu comme une petite flamme dans le vent pendant 20 longues années et si notre mode de zapping n’encourage nullement les chaînes à modifier leur politique, que des prestations uniques comme ce duo de Sting et Geoffrey Gurrumul finissent de les convaincre que le beau a sa place à la télévision.[2]

 

Video : Sting / Geoffrey Gurrumul : Every breath you take

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1]  Pure media, www.ozap.com, Nagui, l'interview P2 : "Je me bats pour que Taratata reste à l'antenne"
[2]  Petite note d'espoir : Taratata avait déjà été déprogrammé en 2000 avant de reprendre en 2005

 

 

 

 

 

 

 

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3 Commentaires

  1. Oasis
    Oasis

    Merci Vincent pour ce bel article, pour la beauté de ces extraits qui résonnent comme un baume à nos oreilles! 

  2. saule

    Voici le bel hommage de l'artiste Saule en apprenant la fin de Taratata:

    "Quelle tristesse! C'est d'abord en tant que grand fan de l'émission que je suis le plus attristé. "Taratata c'est fini". C'est un peu comme si on disait aux gosses qu'on allait raser Eurodisney ou supprimer tous les toboggans des plaines de jeu. Bref un PUR NON SENS!
    Alors biensur, il y a les experts qui regardent les chiffres et qui ne s'en réfèrent qu'a eux, mais qui jugent la qualité artistique, l'amour avec lequel tous ces gens travaillent chaque jour!
    Pour avoir fait l'émission il y a peu, je peux vous dire que l'énergie, la passion, le sourire avec lesquels toute cette équipe travaille, c'est vraiment unique!

    J'étais vraiment persuadé qu'une émission comme Taratata, avec ses hauts et ses bas (je parle des chiffres), ne disparaitrait jamais. Qu'il faudrait que ce bon vieux Nagui clamse (le plus tard possible) ou que Pullicino se fassent couper accidentellement les deux oreilles en allant chez le coiffeur pour qu'un drame comme celui-la arrive. 

    Je peux le dire sans hésiter "Taratata" était mon emission préférée depuis 15 ans. Amis sportifs, imaginez qu'on vous supprime Roland Garos, camarades insomniaques qu'on vous enlève "chasse et pèche" , papy-mamy qu'on vous retires "Derrick" pour toujours … enlever "Taratata" , a des fans de musique comme nous, toujours en recherche de nouveautés musicales mais surtout d'intensité, de duos improbables, d'interviews uniques, c'est nous couper les bras. 

    On nous annonce une nouvelle émission pour remplacer notre bon vieux baril de poudre a lessiver , soit… moi je propose que ça s'appelle "Torototo" , on garde tout pareil, la même équipe, avec un nouveau présentateur ressemblerait étrangement a Nagui avec une moustache, et on met le tout a 20H30… Allez, juste pour voir ? 

    Il y a une expression qui dit "peu importe le flacon pourvu qu'on est l'ivresse" mais je répondrais que certains flacons ont pu se rendre indispensable.

    Adieu Taratata , je t'aurais bu jusqu'à la lie.

    Saule (un ami qui vous veut du bien)"