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Affaire Snowden : « Vous devez choisir ce qui est important pour vous ! »

 

De tout ce qui a été commenté depuis 4 mois sur l’affaire Edward Snowden, cette phrase « Vous devez choisir ce qui est important pour vous », tirée de son interview du 6 juin 2013, est finalement celle qui mérite l e plus d’être prise en considération.


CC BY-ND zennie62

Bien des fois, Edward Snowden a pris le devant de la scène… Ce fut d’abord, par le contenu de ses déclarations, sur le moyen par lequel la CIA, par l’intermédiaire des entreprises de téléphonie et des géants d’internet (Google, Apple, Microsoft, Facebook…) collecte et intercepte les informations et les communications de tous leurs clients.

Ce fut ensuite l’espèce de gigantesque cache-cache mondial (est-il à Hongkong ? à Moscou ?) qui passionna les médias. Puis ce fut le tour des réactions des pays de la Communauté européenne et d’Amérique Latine de prendre le devant de la scène demandant avec fermeté des explications sur ces révélations. Beaucoup d’autres nouvelles firent du bruit ; cette semaine encore, la présidente du Brésil a suspendu son voyage aux Etats-Unis pour cette affaire d’espionnage et des journalistes russes ont annoncé la diffusion d’une nouvelle interview d’Edward Snowden très prochainement…

Bref, cette affaire demeure le feuilleton médiatique de ces derniers mois. Elle a eu beaucoup de rebondissements, elle a engendré de nombreux scandales, suscité de multiples polémiques mais par contre, peu a été écrit sur ce qui demeure essentiel dans tout cela : le pourquoi de ce geste.

Pourquoi ce technicien de 29 ans, qui travaillait dans des bureaux à Hawaï, qui se présente lui-même comme un monsieur-tout-le-monde, a-t-il choisi de sacrifier une existence paisible et son confortable salaire annuel de 200 000 dollars ? Pourquoi a-t-il accepté de devoir désormais vivre en exil, avec la peur d’être « rattrapé » par la CIA, « le reste de [sa] vie, aussi longtemps qu’elle durera »[1].

C’est bien d’abord cela qui mérite de mobiliser notre attention plus que tout le reste.

Et la raison de ce geste – il nous l’explique dans l’interview du 6 juin – est à la fois simple et radical : c’est pour être fidèle à sa conscience. Il ne pouvait plus tolérer d’être complice d’un mensonge qui remettait en cause profondément la liberté des citoyens. Quand « vous prenez acte du fait que c’est le monde que vous avez aidé à créer et que cela va empirer avec les prochaines générations […] vous réalisez alors que vous êtes prêt à prendre tous les risques. Et peu importe quelles en seront les conséquences… »[2].

Après avoir pris en compte tous les enjeux, les dangers personnels à encourir, il fonde finalement sa décision par cette phrase : « Vous devez choisir ce qui est important pour vous ! »[3] Ecoutons-le nous l’expliquer durant cette très profonde interview :

 


Interview de Edward Snowden, lanceur d'alerte

 


[1] Interview au Guardian du 6 juin 2013
[2] ibid.
[3] ibid.

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3 Commentaires

  1. Clement R.

    Il est clair que l'interview de Snowden est tres interessante. Nous sommes cependant en droit de nous poser quelques questions. La premiere reside dans le fait que Snowden est une emanation de Assange et de Bradley Manning dans une moindre mesure. Ou se trouve le juste milieu entre etre libre jusqu'au bout et vouloir simplement etre sur le devant de la scene? De plus, pourquoi ne pas rester aux Etats-unis et assumer ses actes jusqu'au bout? Si ses motivations sont si claires pourquoi ne pas faire face aux consequences qu'il connaissait?

    Finalement il y a une question ethique majeure dans ces cas de "fuites heroiques": quid des personnes qui risquent leurs vies ou sont affectes de manieres directes ou indirectes a cause de ces actes?

    1. CI

      Merci pour cet article qui met effectivement le doigt sur ce qui est vraiment important.

      Pour appuyer le propos de cet article, j'ai été très frappé par les propos de Glenn Greenwald, journaliste du Guardian que Mr Snowden a "choisi" pour commencer à faire ses révélations. Celui passe du côté de l'interviewé pour raconter ce qu'a provoqué l'irruption d'Eduard Snowden dans sa vie. Le titre est éloquent "Le courage est contagieux". Mr Greenwald nous explique ce à quoi il savait s'exposer en décidant de répondre à l'invitation du jeune américain. Il est réconfortant de penser qu'un journaliste d'âge mur et d'expérience, travaillant dans un journal prestigieux comme The Guardian, soit capable de tout remettre en question pour un "scoop" qui pour lui est devenu bien plus qu'un scoop.

      Voici un ou deux extraits particulièrement marquants: 

      ce que je voulais comprendre par dessus tout était ce qui l’avait poussé à faire ce choix extraordinaire, d’une part parce que je ne voulais pas faire partie d’un évènement qui allait détruire la vie de quelqu’un si cette personne n’était pas complètement lucide et rationnelle vis à vis de la décision qu’elle était en train de prendre, mais aussi parce que je voulais vraiment comprendre, juste par curiosité personnelle, ce qui poussait quelqu’un qui a toute la vie devant lui, qui vivait  en couple depuis un certain temps dans un cadre des plus désirables à Hawaï, dans un emploi stable relativement bien payé, à tout jeter ainsi pour devenir instantanément un fugitif et un individu qui allait probablement passer le reste de sa vie dans une cage."

      "Plus je lui parlais, plus je comprenais et plus j’étais dépassé, et plus cela devenait une expérience formatrice pour moi et pour le reste de ma vie parce que ce qu’il me disait encore et toujours, de plusieurs façons, et toujours avec une attitude si pure et passionnée que je n’ai jamais douté un seul instant de son authenticité, est qu’il y avait dans la vie des choses plus importantes que le confort matériel, que la stabilité d’un emploi, ou bien que juste essayer de prolonger sa vie le plus longtemps possible."

      Ce qui était ahurissant et continue à l’être encore maintenant, c’est qu’il n’y avait en lui aucun un soupçon de remords, de regrets, ou de peur. C’était un individu complètent en paix avec le choix qu’il avait fait parce que ce choix qu’il avait fait était tellement incroyablement puissant, j’étais incroyablement inspiré d’être à côté de quelqu’un qui avait atteint un tel degré de tranquillité parce qu’il était tellement convaincu d’avoir fait ce qui était juste et son courage, sa passion m’infectèrent au point que j’ai juré que quoi que je fasse dans la vie avec cette histoire et au delà, j’allais dédier ma vie à faire justice à l’incroyable acte de sacrifice personnel qu’Edward Snowden a accompli."

      Le site de l'UPR de Mr Asselineau (déjà présenté dans ce blog) propose une version traduite du témoignage : http://www.upr.fr/actualite/monde/le-temoignage-de-glenn-greenwald-le-journaliste-du-guardian-qui-a-revele-laffaire-snowden-le-courage-est-contagieux.

    2. Laurent PAVEC

      Merci pour ce commentaire qui m’invite à préciser certains points.

      Il est vrai que Snowden a reçu les éloges et le soutien de nombreuses personnes qui sont toujours en croisade contre l’Oncle Sam (comme par exemple les présidents du Vénézuéla, de Bolivie, d’Equateur) mais je ne vois pas, par contre d’indice qui laisse supposer qu’il se range derrière leur idéologie. Ces mêmes groupuscules ont soutenu à 100% l’initiative du Pape lorsque ce dernier a appelé à un temps de prière et de jeune pour la paix en Syrie (car il voyait là une opposition à Obama) et pourtant cela ne fait pas du souverain Pontife une « émanation » de Assange & co.

      Par ailleurs, je trouve plutôt raisonnable qu’il est quitté son pays et ai choisi l’exil à vie (c’est déjà là ,un lourd sacrifice), plutôt que la prison à perpétuité à laquelle il aurait été condamné par les lois américaines. Il pose un geste illégal selon ces dernières, certes, mais parce que ce même droit n’est pas respecté dans les plus hautes sphères de la CIA et qu’on lui demande d’être complice de cela. Les règles du jeu ne sont-elles pas les mêmes pour tout le monde ?

       

      Ayant répondu cela, je suis d’accord que la question majeure  demeure celle de ces « fuites héroïques ». Il me semble important de préciser, que Snowden  ne peut être comparé à Assange sur ce point là. Il n’attaque pas les USA en tant que tel, ne fait de « l’anti- américanisme » si j’ose dire, (il réaffirme d’ailleurs son amour pour son pays)

      Il a un objectif précis : dénoncer une irrégularité (une violation) de la procédure de collecte d’informations car cette dernière ne respecte pas la liberté (si centrale dans la constitution américaine) ni l’intimité du citoyen. Il ne dit pas que le programme mis en place est mauvais, mais il affirme qu’il est sous le contrôle de quelques personnes (sans mandat de la nation) et cela leur confère un pouvoir qu’il qualifie de dangereux.

      Il ne faut pas être dupe, c’est une pratique commune dans tous les pays (Facebook à révéler que 72 pays lui avaient demandé l’accès à certains de leurs clients…), et je comprends bien que l’on ne peut pas faire une omelette sans casser des œufs : je suis d’accord.

      Mais la question éthique que pose Snowden, est celle de savoir, si nous sommes prêts à tout sacrifier pour ce système de défense, si vraiment la fin justifie tous les moyens ? Et il me semble que Snowden a ici le mérite de poser ce débat sur l’avant de la scène.