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A quoi sert de mourir à quatorze ans ?

de Mauricio Mugno  

Lors de la béatification, le 5 octobre dernier à Modène (Italie), de Rolando Rivi, s'est accomplie la prophétie de la grand-mère qui avait dit : "Il deviendra un grand saint ou un grand délinquant". Martyrisé par haine de la foi par un groupe de partisans communistes à la fin de la Seconde guerre mondiale, il a été proposé par l'évêque de Reggio Emilia, Monseigneur Massimo Camisasca, comme l'exemple de "quelqu'un qui, bien que sachant le danger qu'il encourait, n'a jamais fait marche arrière".

En revenant du bois, qui aurait pu penser que quelqu'un allait se souvenir de ce "quasi prêtre" : ce jeune de quatorze ans resterait dans le néant, et ce ne serait qu'un geste de haine supplémentaire en cette fin de guerre que le sang était en train de marquer.

Quand Robert, le père, trouva après trois jours de recherche désespérée, la terre creusée et le lieu où reposait son fils, il ne pensait qu'à ce fils "qui sera saint ou délinquant", mais qui lui avait été pris sans motif apparent, si ce n'est parce qu'il portait la soutane.

Quand Albertina put, après les mois de silence et d'incertitude de fin de guerre, récupérer le corps de son fils, elle ne se souvenait que de ces trois nuits d'insomnie, habitées par l'angoisse de ne pas savoir pourquoi son fils avait été séquestré et exécuté. Ils disaient que c'était pour trahison. Mais quelle trahison ? Rolando avait toujours été fidèle : à elle et à son époux, d'abord ; à sa vocation, ensuite ; à la soutane qu'il portait comme une deuxième peau, enfin… elle lui avait dit tant de fois de la retirer mais toujours elle entendait son fils lui répondre : "Mais pourquoi ? Je suis de Jésus."

Quand don Camellini rentrait du cimetière après l'enterrement, la seule chose dont il pouvait se souvenir était le visage de tous ces habitants du village et des villages voisins, qui accompagnaient en silence le corps du "petit martyr" jusqu'au cimetière sur la colline, essayant de comprendre le témoignage de cette vie qui s'étendait déjà au-delà de ce qu'ils auraient pu imaginer.

Rolando Rivi était né dans la région de Reggio Emilia. Un enfant comme tous les autres, mais qui était "le plus déchaîné dans les jeux et le plus absorbé dans la prière". A 11 ans, marqué par les deux prêtres qui étaient passés à la Paroisse de Saint-Valentin, il entre au séminaire avec une idée bien précise : "Je veux être prêtre pour sauver beaucoup d'âmes : je serai missionnaire dans des terres lointaines." Il entre ainsi au séminaire, et à partir du moment où il reçoit la soutane, il ne la quittera plus, jusqu'à ce qu'elle lui soit arrachée de force et utilisée comme ballon de football, juste avant qu'il ne soit martyrisé.

Au séminaire, il se distingue par une réelle attention pour tout et pour tous. Il est fidèle à tout, particulièrement à la prière et à la liturgie, où il se fait remarquer par le sérieux avec lequel il joue de l'harmonium. Mais la guerre suit son cours et quand les nazis occupent le séminaire en 1944, il rentre à Saint-Valentin. Il y rencontre une situation tragique : il ne s'agit pas seulement de la violence de la guerre, mais aussi de la violence de quelques extrémistes qui voit l'Eglise comme un ennemi, et qui vont transformer cette zone de l'Italie en "triangle de la mort".

Rolando ne peut pas ne pas être lui-même : totalement fidèle. Dès son retour, il réunit les autres jeunes, les aide à entrer dans le mystère, dans la grandeur de la liturgie et des sacrements, et avec sa soutane remontée jusqu'aux genoux, il joue au footbal avec une passion identique à celle qui l'anime quand il prie à la maison ou qu'il joue de l'harmonium à l'église. La violence qui se rapprochait se manifeste par l'agression du curé, ce qui rend attentifs les parents de Rolando qui lui demandent de ne pas porter la soutane dans le village. Mais pour Rolando, ça n'a pas de sens : il ne peut cacher à personne sa totale appartenance ; sa soutane est le signe extérieur d'un don total.

Le 10 avril 1945, pendant l'octave de Pâques, Rolando est séquestré par un groupe armé qui, après trois jours de violences et de tortures, le condamne à mort. Au milieu du bois, dans le silence du soir, l'unique chose qu'il a demandé, après avoir été battu et dépouillé de sa soutane, fut de prier pour ses parents et pour ses agresseurs. Puis vint le silence, un silence qui criait cependant le témoignage d'une vie de quatorze ans seulement supprimée par la haine.

Le souvenir de Rolando n'a jamais pu s'éteindre. En 1997, arrivait une lettre d'Angleterre, d'un séminariste, demandant une relique du "petit martyr", pour le fils d'époux luthériens qui souffrait de leucémie et été condamné par les médecins. Le souvenir de cette leucémie disparut des mémoires, après que l'enfant eut été guéri sans aucune explication.

Aujourd'hui, le souvenir est plus fort, après la béatification qui a eu lieu il y a deux semaines à Modène. Des milliers de personnes étaient réunies pour faire mémoire et célébrer l'exemple de ce jeune qui n'a pas hésité à donner sa vie à quatorze ans parce qu'il était totalement "de Jésus". Comme le disait le Pape François dans l'Angelus du dimanche 6 octobre, c'était "un jeune courageux qui savait jusqu'où il voulait aller".

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