Home > Eglise > Europe, terre de mission !

d'Aurélie Charrier  

Monseigneur Hollerich est archevêque du Luxembourg depuis 2011. Mais lorsqu’il parle de « son pays », il évoque le Japon, où il a été missionnaire pendant vingt-et-un ans. Présidant le colloque « Europe d’hier et de demain », il témoigne de son expérience de mission en Asie, et du constat qu’il a fait, à son retour au Luxembourg : l’Europe est désormais une nouvelle terre de mission.

Quand Monseigneur Hollerich parle du Japon, il décrit ce  pays comme «  le plus post-moderne du monde »  alliant  à une grande modernité une inébranlable culture de groupe, néanmoins mise à mal par le nouveau phénomène des « Hikikomori » qui traduit une incapacité à la vie en société [1]. Pourtant, le groupe reste le soubassement de la société japonaise. Les enfants se mettent même à la file indienne pour être pris dans les bras, chacun leur tour !

Par ailleurs, dans un contexte de très forte sécularisation – une sécularisation bien plus avancée qu’en Europe : 98 % des jeunes disent ne plus avoir d’appartenance religieuse – et d’une grande ignorance du fait religieux, l’Eglise catholique, représentant à peine 1 % de la population, ne cesse de croître. Ainsi, Monseigneur Hollerich a vu de nombreux jeunes étudiants demander le baptême, après s'être liés d’amitié avec lui. Au Japon, l’Eglise, même petite, semble bien vivante, et il peut y avoir plusieurs centaines d’enfants à la messe en semaine.

A son retour au Luxembourg, ce qui le surprend, c’est à la fois le manque de vitalité de l’Eglise mais aussi un très grand individualisme, une perte des valeurs essentielles, et la découverte du retard économique de l’Europe. L’Europe n’est plus à la pointe : elle n’est plus au sommet de la modernité technologique, ni au centre du monde, comme elle voudrait encore le croire, en imposant son modèle et sa lecture des droits de l’homme, de manière universelle. Pour Monseigneur Hollerich, le monde européen est même en décadence. La culture de la table, elle-même, pourtant si représentative d’un savoir-vivre, semble céder : beaucoup de jeunes ne savent plus simplement s’asseoir et manger à table, avec d’autres personnes.

Pourtant, un signe d’espérance : une soif spirituelle semble poindre, tout particulièrement chez les jeunes. Il y a quelques mois, lorsque Monseigneur Hollerich fait le tour de son diocèse pour inviter les jeunes à l’accompagner aux JMJ de Rio, ils sont près de trois cents à répondre à son appel, de tous les milieux, alors que les prévisions les plus optimistes estimaient qu’une trentaine seulement feraient le déplacement. Parmi ces jeunes, nombreux demandent à recevoir la confirmation ou à faire leur première communion, et ce sont eux qui, désormais, accueillent et accompagnent les nouveaux jeunes qui frappent à la porte de l’Eglise. Comme leur annonce Monseigneur Hollerich : « Quand vous aurez mon âge, vous aurez moins que vous n’avez maintenant, c’est la mauvaise nouvelle. Mais la bonne nouvelle, c’est que vous pouvez quand même être heureux ! ». Pour rayonner cette bonne nouvelle, l’Europe a besoin d’espaces communautaires, de prière et de solidarité, d’espaces où l’amour du Christ soit rendu visible. D’espaces ressemblant à ceux fondés par saint Willibrord, ré-évangélisateur du Luxembourg, au 7 ème siècle.  Pour que renaisse l’espérance, l’Europe a besoin de nouveaux missionnaires !


[1] Le mot « Hikikomori » signifie « se retrancher », « se confiner » mais peut aussi être traduit par « retrait social ». Apparu dans les années 90, ce phénomène se caractérise par une réclusion volontaire et la recherche d’absence totale de communication avec les personnes de son entourage (la famille, l’école, le travail, les gens, la société). Les Hikikomori sont de jeunes adultes ne se sentant pas capables de remplir le « rôle social » attendu par leur famille et la société.

 

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