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Dans une homélie donnée le 20 mars 1983 pour le dimanche du Grand Pardon (dimanche qui précède l'entrée en carême chez les orthodoxes), le père Alexandre Schmemann médite sur le carême comme un don de Dieu, "un don admirable et merveilleux, un don que nous désirons". Voici quelques extraits de son homélie pour éclairer ce temps du carême qui commence aujourd'hui.


Le père Alexandre Schmemann – CC BY Archdeacon Kirill Sokolov

(…)

"Le Grand Carême est un don, un don que Dieu nous fait, un don qui est admirable et merveilleux, un don que nous désirons. Mais en quoi consiste ce don ? Je dirais que c'est le don de l'essentiel – oui, le don de ce qui est essentiel et qui pourtant manque souvent dans notre vie parce que nous menons une vie confuse et dispersée. Cette vie sans cesse nous cache le sens éternel, glorieux, divin de la vie, et nous enlève ce qui devrait nous motiver, et, dès lors, devrait corriger notre vie et la combler de joie. Et cet essentiel, c'est l'action de grâce : accueillir cette merveilleuse vie de Dieu, "créée du néant..", créée exclusivement par l'amour de Dieu, car il n'y a pas d'autre raison à notre existence. Dieu nous aime avant même notre naissance et il nous emmène en sa merveilleuse Lumière. Quand avons-nous pensé la dernière fois à cela ? A présent nous vivons et nous oublions. Mais nous n'oublions pas bien de petites choses, des préoccupations qui transforment toute ma vie en un vacarme vide, en une sorte de voyage sans but.

Le Carême nous redonne, nous rend cet essentiel – ce fondement essentiel de la vie. C'est essentiel parce que cela vient de Dieu ; parce que cela révèle Dieu. C'est le temps essentiel, parce que le temps est un grand, un très grand champ de péché. Quel est ce temps ? Celui des priorités. Et combien de fois nos priorités ne sont pas ce qu'elles devraient être ? Mais pendant le Carême, nous attendons, nous écoutons, nous chantons… Et nous verrons petit à petit que ce temps est brisé, éparpillé ; il nous amène, vide de sens, à la mort et à rien d'autre. Nous verrons que ce temps redevient attente, redevient précieux et que son but est de plaire à Dieu. Nous ne voudrons plus en retirer une seule minute mais nous accepterons de Dieu Sa vie et nous lui la restituons, accompagnée de notre gratitude, de notre sagesse, de notre joie, de notre achèvement.

Après ce temps essentiel vient cette relation essentielle que nous avons avec tout en ce monde, une relation qui est si bien exprimée dans nos textes liturgiques par le mot respect. Si souvent, tout devient pour nous un objet "utile", quelque chose qui est bon à prendre, quelque chose qui m'appartient et sur laquelle j'ai "des droits". Tout devrait être comme Communion en mes mains. C'est ça, le respect dont je parle. C'est la découverte que Dieu, comme Pasternak disait autrefois, était "…un grand Dieu de détails", et que rien en ce monde n'est étranger à ce divin respect. Dieu est respectueux, mais bien souvent nous ne le sommes pas.

Nous avons donc le temps essentiel, la relation essentielle à tout, empreinte de respect, et en dernier mais qui n'est pas la moindre des choses, la redécouverte de ce lien essentiel entre nous : la redécouverte que nous appartenons les uns aux autres, la redécouverte que nul n'est entré en ma vie ou votre vie sans la volonté de Dieu. Et avec cette redécouverte, il y a partout un appel à faire quelque chose pour Dieu : à aider, à réconforter, à transformer, à prendre avec vous, avec chacun d'entre vous, ce frère et cette sœur du Christ. C'est la relation essentielle.

Temps essentiel, matière essentielle, pensée essentielle : tout est si différent de ce que le monde nous offre. Dans le monde, tout est fortuit. Si vous ne savez pas comment "tuer" le temps, notre société est résolument ingénieuse pour vous aider à y parvenir. Nous tuons le temps, nous tuons le respect, nous transformons les communications, les relations, les mots, les paroles divines, en des blagues et des blasphèmes, et parfois en simple non-sens. Il y a une faim et une soif de vide, rien que de succès apparent.

Ne comprenons-nous pas, ne comprenons-nous pas, frères et soeurs, quelle puissance nous est donnée sous la forme du Carême ? Le Carême du Printemps ! Le début du Carême ! La Résurrection de Carême ! Et tout cela nous est donné gratuitement. Venez, écoutez cette prière. Faites-là vôtre ! N'essayez pas d'y réfléchir par vous-même ; venez seulement, entrez et réjouissez-vous ! Et cette joie commencera à tuer ces péchés, vieux et douloureux et lassants… Et avec ça, vous aurez cette grande joie que les Anges ont entendue, que les disciples ont expérimentée lorsqu'ils sont revenus à Jérusalem après l'Ascension du Christ. C'est cette joie qui leur avait été laissée que nous adoptons généreusement. C'est tout d'abord la joie de savoir, la joie d'avoir quelque chose en moi qui, que je le veuille ou non, va commencer à transformer la vie en moi et autour de moi."

(…)

Alexandre Schmemann

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1 Commentaire

  1. LORIOT David

    « Commencer a transformer la vie en moi et autour de moi  »

    Je pense que ce temps qui nous est offert nous rapproche les un des autres

     » Que les plus valides de nous portes dans leurs offrandes les plus fragiles est que les plus fragiles prient pour les plus valides. »

    La communion des Saints , présence vivante de Jésus pour notre monde, souvent cacher
    mais d’une réelle puissance pour un meilleure équilibre de notre civilisation .

    Bon carême a tous .