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Pourquoi la Russie jouit-elle d’une si mauvaise image en France ?

L'actualité de ces derniers mois nous emmène à la limite orientale de l'Europe. L'Ukraine comme la Russie sont des régions très éloignées et souvent peu connues du commun des Français, ce qui laisse la place à de nombreux préjugés. Alexandre Latsa, entrepreneur français en Russie, éclaire ces évènements de son expérience sur le terrain.


CC BY Presidential Press and Information Office

Le mardi 4 mars dernier, les jeunes de la Droite populaire recevaient Alexandre Latsa pour une conférence sur "les mythes de la Russie d’aujourd’hui". C’est à cette question que Monsieur Latsa a cherché à répondre lors de cette conférence, ainsi qu’il le fait régulièrement dans son blog « Dissonance ». Entrepreneur français résident en Russie depuis plusieurs années, il a pu constater combien l’image que les Français se faisaient de la Russie était déformée. Il est surpris par exemple, de voir combien ses interlocuteurs français qui viennent en Russie sont pétris de préjugés et d’idées reçues, au point de perdre des occasions de faire des affaires. Ainsi la France des entreprises est aujourd’hui bien moins bien représentée que l’Allemagne en Russie.

N’habitant pas en France, il est marqué par la discrète mais puissante pression médiatique qui s’exerce sur les Français et qui façonne leur mode de penser sur bien des sujets. Il existe dans le monde trois grandes agences d’information, dont l’AFP qui fournit plus de 70% de l’information aux grands médias de l’Hexagone. Il est dès lors aisé de comprendre qu’une information, vraie ou fausse, qu’une opinion, bonne ou mauvaise, se répand comme une traînée de poudre. La sinistre Russie du « dictateur-mégalomane » Poutine est une constante de ce système. Une personne dite « pro-russe » n’a dès lors plus droit de s’exprimer sur la scène médiatique ou alors ne dispose d’un espace que pour être ridiculisée.
 

Fausses idées sur la Russie

La Russie est souvent présentée comme un Etat en déclin : démographie en baisse, émigration massive… Monsieur Latsa se permet d’avancer d’autres chiffres beaucoup plus favorables. On nous ressasse souvent que la presse est muselée, que le régime est dictatorial. Il s'agit beaucoup d’idées reçues, selon Alexandre Latsa, quand on sait par exemple que les deux grands journaux sont tous deux d’opposition, l’un étant le correspondant russe du Financial Times, et l’autre se permettant d’insulter le président Poutine à la Une.

Il est vrai qu’une grande partie des opinions défavorables sur la Russie sont liées à son président Poutine sans cesse traîné dans la boue par les médias occidentaux. Un petit rappel historique des institutions russes s’avère nécessaire : le parti « Russie unie » a été fondé à une époque de grande déliquescence de ce pays-continent, pour tenter de sauver l’unité. Il se voulait un parti intégrateur de toutes les factions, de toutes les régions, pour qu’ensemble les Russes œuvrent à la reconstruction de leur pays. Il a fallu parfois intervenir par la force, comme en Tchétchénie qui fait partie du territoire russe. Mais dans son ensemble, le pays a suivi. Du fait de cette histoire « Russie unie » compte en son sein un spectre politique très large. Il existe par ailleurs des partis d’opposition, au Parlement et à l’extérieur, qui ne sont pas muselés, ce qui permet d’imaginer qu’avec le temps, un bipartisme puisse se mettre en place. Mais il ne faut pas oublier que si « Russie unie » est toujours en place, c’est parce que ses dirigeants successifs (Poutine et Medvedev) ont été élus démocratiquement et qu’ils sont crédités par un très large soutien de la population russe qui estime que les promesses électorales sont tenues, que la Russie est par eux réellement unie.

Par ailleurs, si la Russie est réputée pour être gangrénée par la corruption, il est bon de se rappeler, d'une part, qu’aucun pays n’en est exempt (ceci spécialement pour les donneurs de leçons), et d’autre part que la culture du cadeau y est fortement ancrée (« Si vous voulez me remercier, on est des êtres humains, on adore les cadeaux », a dit un jour un médecin).
 

« Sotchi, caprices de tsar ? »

Ainsi titrait une grande presse au moment de l’ouverture des JO. Le prix exorbitant de l’organisation des Jeux olympiques a été beaucoup reproché à Poutine, mais c’est sans compter le fait qu’à l’occasion de ces jeux, la ville entière a été reconstruite, ainsi que ses réseaux de transport, conformément à l’objectif de la Russie de reprendre pied dans le Caucase et de permettre à cette nouvelle classe de riches russes, de dépenser en Russie. Et puis il n’y a eu aucun attentat, menace que les médias occidentaux n’avaient cessé de faire planer sur les Jeux.

Russie-Ukraine

Ainsi nous dit Alexandre Latsa, on ne peut percevoir la crise ukrainienne sans avoir rééquilibré notre perception de la Russie. Voir Poutine comme un dictateur impérialiste et le peuple russe comme un peuple arriéré, c'est faire peu de cas de l’immense chemin qu'il a parcouru depuis la chute de l’URSS, et ce notamment grâce à Vladimir Poutine. Les Français se condamnent ainsi à une vision tronquée des évènements où est brandie sans cesse la menace russe que les medias ont contribué à fabriquer.

Alexis R.

Blogs sur lesquels intervient Monsieur Latsa :
http://alexandrelatsa.ru
http://french.ruvr.ru

Pour lire une synthèse de cette conférence de Monsieur Latsa :
http://nouvelarbitre.com/mythessurlarussie/

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4 Commentaires

  1. Sacha R

    Alexandre Soljenitsyne appréciait Mr Poutine, il avait su percevoir la qualité de russe, de chrétien et d’homme libre de Mr Poutine. (http://www.actualitte.com/societe/soljenitsyne-appreciait-poutine-identite-des-russes-wikileaks-23027.htm)
    Diabolisé aujourd’hui par tous les médias occidentaux, Mr Poutine cumule il est vrai les actes de liberté face à la pensée unique : en Syrie, il ose dire que les attaques au gaz du gouvernement sont aussi mensongères que les armes de destruction massive en Irak, à Maidan, il ose dire que les snipers qui tirent sur la foule et sur la police sont des manifestants pro-européens qui veulent déstabiliser le pays et imposer un coup d’état, en Crimée, il ose respecter la volonté et la souveraineté de la population contre les dictats de l’OSCE. A l’ONU, il ose parler de la culture des peuples et de leur tradition contre le nivellement par le bas de normes onusiennes. Un homme libre qui n’a pas seulement le soutien massif de sa population….

    Quelle tristesse de voir ces ukrainiens qui applaudissent si naïvement BHL et la pensée unique et se trompent d’ennemi. La déstabilisation et la partition de l’Ukraine organisée par les européens leur permettra de récupérer les lambeaux d’un territoire qui est par nature et par culture slave.

  2. L'Emblave

    Devant le spectacle d’anarchie présenté par la place Maïdan et la fuite du Président pro-russe, on peut comprendre l’inquiétude de la Russie qui voit menacée sa seule base navale permettant l’accès aux mers chaudes. L’Etat-major Russe n’a pas laissé faire et c’était prévisible.
    Il faut aussi se souvenir que la Crimée n’était plus partie de la Russie depuis une date récente , avec une population largement russophone, qui a probablement eu peur du spectacle de la place Maïdan.
    Ce qui précède n’est qu’une explication, pas une justification.

    La situation actuelle et les motifs mis en avant par la Russie ressemblent fâcheusement à la situation des Sudètes en 1939, partie de la Tchécoslovaquie largement peuplée de germanophones, et rattachée brutalement au Grand Reich par Hitler avec cette seule justification.
    Autre parallèle, les démocraties européennes de l’époque avaient condamné sévèrement l’opération, sans rien faire d’autre. Comme aujourd’hui, Hitler avait, après cette annexion, proclamé qu’il n’avait pas d’autre ambition territoriale.
    Il faut espérer que l’avenir montrera que le parallèle s’arrête là.

  3. Gerhard Gösser

    http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/20/les-russes-bernes-par-l-otan

    Bon article de Jörges dans le magazine Stern sur l’attitude européenne en Ukraine. Outre le gaz, les occidentaux cherchent à imposer l’OTAN et à menacer les intérêts russes à l’Est.

    „…
    En proposant à Kiev un accord d’association, l’Union européenne, a, dans sa bêtise stratégique, obligé l’Ukraine à choisir entre l’Ouest et la Russie – et l’a ainsi écartelée. Quand l’autocrate Ianoukovitch a fini par refuser de signer, il a été renversé et l’accord pour un changement de pouvoir à Kiev conclu avec la participation de la Russie n’a pas tenu vingt-quatre heures. La Russie s’est à nouveau sentie trahie, elle a jugé que l’Ukraine était perdue et a mis la main sur la Crimée, que Khroutchev avait offerte à l’Ukraine en 1954, à l’époque soviétique.
    Depuis, Kiev met ouvertement le cap sur l’Otan. Le parti de Ioulia Timochenko, au pouvoir, a annoncé son intention d’adhérer à l’Alliance atlantique, et Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’Otan, déclare vouloir « intensifier le partenariat avec l’Ukraine ».
    Les jeux sont faits, la question n’est plus que de savoir qui a l’air le plus défait. Et ce sont les Russes, car ils n’ont pas le sens de l’esthétique politique. Il est facile de les faire apparaître comme des brutes épaisses. Les Etats-Unis profitent de l’occasion pour se venger de la fuite à Moscou d’Edward Snowden et l’Otan, qui a bombardé la Serbie en violation du droit international et la Libye sur des bases juridiques douteuses, dénonce avec un pathos hypocrite l’occupation illégale de la Crimée.
    Si l’Occident cherchait une solution juste, il aurait organisé un référendum sous contrôle international au lieu d’en laisser organiser un sous le contrôle des armes russes ; peut-être qu’une grande majorité se serait prononcée en faveur d’une plus grande autonomie au sein de l’Ukraine. Mais il ne s’agit pas ici du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il s’agit d’instaurer un nouvel ordre à l’Est et de nuire à Poutine.