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Incendie de Valparaiso (1) : une bien étrange Pâques

Vous avez été nombreux à manifester votre inquiétude et votre solidarité suite au terrible incendie qui a ravagé la ville de Valparaiso détruisant plus de 2900 maisons, dérobant 15 vies [1]  et touchant plus de 12500 personnes dont la plupart restent sans domicile et sont hébergées dans les collèges ou les paroisses de la ville. Heureusement, notre quartier n’a pas été touché, les volontaires de Points-Cœur vont tous très bien. Mais quelques-uns de nos amis ont perdu leur maison. Le Père Denis s’est rendu sur place pendant 10 jours afin de leur être présent et d'organiser une petite mission d’accompagnement et d’aide ponctuelle.


CC BY Gobierno de Chile

L’origine de l’incendie est encore indéterminée. Il semblerait que des oiseaux se soient électrocutés sur des câbles à haute tension, provocant des étincelles. Le vent aurait fait le reste. Cependant, la police n’écarte toujours pas la possibilité d’une intervention humaine [2]. Mais trouver un coupable n’apportera pas de réponse suffisante. Un tel événement reste un mystère de disproportion : le mystère du mal qui semble frapper aveuglément tant de familles dans le besoin. De fait, ce sont les plus pauvres, les habitants des squats (une « toma » est un terrain annexé dans l’espérance qu’ils soit un jour régularisé) qui ont été touchés en majorité. Beaucoup refusent de s’héberger dans les refuges pour tenter de sauver un bout de terrain qu’ils ont peiné à acquérir. 

Face à l’absurde, le plus impressionnant est peut-être cette immense vague de solidarité qui soulève encore une fois le pays. C'est d'autant plus impressionnant que cela suit immédiatement le tremblement de terre qui a touché le 1er avril le Nord du pays, et avait aussi engendré un mouvement important de solidarité nationale.  

Dès lundi, ce fut le branle-bas de combat. Il y eut le terrible combat des pompiers volontaires. Le gouvernement a vite déclaré l’état d’urgence, envoyant l’armée pour seconder les policiers qui ont fait preuve d’un héroïsme incroyable. Eau et nourriture furent envoyées. Le gouvernement promet également un bon de 1 million de pesos (1300€) pour les personnes touchées. [3]

Mais ce n’est pas tout. A Santiago, par exemple toutes les paroisses battaient tambour durant cette étrange Semaine Sainte pour rassembler des vivres non périssables, des vêtements et de l’eau. L’Église, en plus de tout cet élan, vient aussi de lancer une grande quête pour construire 25 maisons [4]. L’Université Catholique a aussi lancé une grande campagne de solidarité et enverra ce week-end des volontaires sur place. Toutes les associations sont au feu pour répondre au besoin de tant de personnes et reconstruire les quartiers. Le gouvernement vient aussi de faire appel à l’Argentine. Mais il faut par-dessus tout citer ces centaines de bénévoles qui se sont proposés spontanément pour nettoyer les terrains, les étudiants, les jeunes, les vieux, et ceux qui profitent du week-end de Pâques pour venir prêter main forte. A tel point que les autorités refusent maintenant tout apport qui ne soit pas du matériel de construction et limitent les entrées dans les collines. Le centre de Valparaiso est en ébullition. On voit des groupes de jeunes avec drapeaux et pelles débarquer de partout.

Le Chili montre une fois de plus son visage, dans l’épreuve et l’adversité : le sentiment d’appartenir à un pays, qu’on ne peut ni ne doit tout attendre de l’Etat, et la conscience que la peine du voisin est aussi la mienne. Mais le plus remarquable, ce qui n’est pas contradictoire, c’est sa foi. Notre amie Laura Murillo, maman d’un volontaire de Points-Coeur, engagée dans un quartier proche de la prison que nous allons visitée nous racontait qu’en arrivant dans leur quartier dévasté ils ont trouvé l’écrit suivant : « On peut perdre sa maison, mais la foi, jamais ! » Sorte d’INRI évocateur pour crier ce courage à la face du monde.

Jeudi soir, vers 23h15, le téléphone sonne, je décroche, c’est Mario. Nous le connaissons depuis longtemps, c’est un fidèle des écoles de communauté au Points-Cœur. Il a tout perdu dans l’incendie. Depuis quelques jours, une personne lui a prêté une maison sur la colline « Varón ». Il me dit : « J’ai déjeuner au Point-Cœur ce midi. Ce fut pour moi comme un nouveau commencement. Je n’ai jamais eu un déjeuner si beau. C’était quelque chose d’incroyable. Je crois, même si c’est étrange de dire cela, que ça a été la Pâques la plus belle de ma vie. Nous avons absolument tout perdu, mais j’ai découvert d’une manière si intense combien Dieu était présent dans ma vie. Oui, c’est la Pâques la plus belle de ma vie. »[5]

A l’heure où cet article sera publié, nous serons sur le point de commencer notre premier jour de mission, sans doute dans la colline « Mariposa », où travaille Laura. Dimanche nous irons visiter Mario et nous distribuerons dans son quartier des œufs de Pâques pour les enfants. Le reste de la semaine, nous verrons comment Dieu nous guidera. Priez pour nous.

Nous écrirons régulièrement des nouvelles pour vous raconter notre mission.

 


Vidéo aérienne du travail des volontaires CC Skyfilms

 

 


[1] http://www.milenio.com/internacional/Valparaiso-rodrigo_penailillo-presidenta_Bachelet-Conaf-incendio-avion_0_282571881.html
[2] http://www.elmostrador.cl/pais/2014/04/15/aumenta-a-15-numero-de-muertos-en-incendio-valparaiso-y-a-11-000-damnificados/
[3] Il faut 3 millions de pesos (4000€) pour construire une misérable maison d’urgence en bois afin de faire face à l’hiver prochain.
[4] Voir note précédente.
[5] Combien ces mots de "Pâques" résonnaient en moi dans tout leur sens, du plus joyeux au plus dramatique, que dire à Mario, que dire devant une telle affirmation. Je lui dis que j’aimerais passer le voir. Mais je sens une hésitation il me répond : « J’aimerais tant pouvoir vous rendre ce que vous m’avez donné aujourd’hui ». Je lui dis que je serais content de partager avec lui un thé et un peu d’amitié. Il me dit : « Je prierai pour vous, père ». Je lui dis que j’acceptais très volontiers sa prière. Alors, touché, il accepte lui aussi ma proposition d’aller lui rendre visite. Nous nous verrons dimanche, si sa maman veut bien. 

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