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Pierre et Mohamed, Algérie, 1er Août 1996

Il y a seize ans, le 1er août 1996, Monseigneur Pierre Claverie, dominicain et évêque d’Oran, était assassiné avec Mohamed Bouchiki, un jeune algérien qui le conduisait à son évêché. Depuis le 13 février et jusqu’au 28 juin 2014, la pièce « Pierre et Mohamed », écrite par Adrien Candiard, est jouée dans la crypte de l’église Saint-Sulpice à Paris. Créée pour le Festival d’Avignon 2011, elle voudrait être un hommage au message d’amitié et de respect ancré dans la volonté de dialogue interreligieux de Pierre Claverie.


Jean-Baptiste Germain © Tous droits réservés

Un message urgent, vivant, qui n’a rien perdu de son actualité, alors que les différents intégrismes religieux se font de plus en plus violents dans le monde, à l’image des événements récents en Syrie, ou en Irak ces derniers jours.

« Découvrir l’autre, vivre avec l’autre, entendre l’autre, se laisser façonner par l’autre, cela ne veut pas dire perdre son identité, rejeter ses valeurs, cela veut dire concevoir une humanité plurielle, non exclusive. » P. Claverie

Interprétée avec brio par le comédien Jean-Baptiste Germain et le percussionniste Francesco Agnello, également metteur en scène, cette pièce est une véritable ode au dialogue entre deux hommes, où les cultures ne viennent pas séparer mais unir en une amitié forte, qui les amènera jusqu’au martyr… « Si je ne vois en toi qu’un musulman, si tu ne vois en moi qu’un chrétien, alors je ne peux plus rencontrer Mohamed et tu ne connaîtras jamais Pierre. Et je n’arriverai jamais à comprendre qui tu es, ni comment tu pries. » P. Claverie

« Depuis le début du drame algérien, on m’a souvent demandé : "Que faites-vous là-bas ? Pourquoi restez-vous ? Secouez la poussière de vos sandales ! Rentrez chez vous !" Chez vous… Où sommes-nous chez nous ? Nous sommes là-bas à cause de ce Messie crucifié. A cause de rien d’autre et de personne d’autre ! Nous n’avons aucun intérêt à sauver, aucune influence à maintenir. Nous ne sommes pas poussés par je ne sais quelle perversion masochiste ou suicidaire. Nous n’avons aucun pouvoir, mais nous sommes là comme au chevet d’un ami, d’un frère malade en silence, en lui serrant la main, en lui épongeant le front. A cause de Jésus parce que c’est lui qui souffre là, dans cette violence qui n’épargne personne, crucifié à nouveau dans la chair de milliers d’innocents. Comme Marie, sa mère et saint Jean, nous sommes là au pied de la croix où Jésus meurt, abandonné des siens et raillé par la foule. N’est-il pas essentiel pour le chrétien d’être présent dans les lieux de souffrance, dans les lieux de déréliction, d’abandon ? 

Où serait l’Eglise de Jésus-Christ, elle-même Corps du Christ, si elle n’était pas là d’abord ? Je crois, qu’elle meurt de n’être pas assez proche de la croix de son Seigneur. Si paradoxal que ça puisse paraître, et Saint Paul le montre bien, la force, la vitalité, l’espérance, la fécondité chrétienne, la fécondité de l’Eglise viennent de là. Pas d’ailleurs ni autrement. Tout, tout le reste n’est que poudre aux yeux, illusion mondaine. Elle se trompe, l’Eglise, et elle trompe le monde lorsqu’elle se situe comme une puissance parmi d’autres, comme une organisation même humanitaire ou comme un mouvement évangélique à grand spectacle. Elle peut briller, elle ne brûle pas du feu de l’amour de Dieu, "fort comme la mort" dit le Cantique des Cantiques. Car il s’agit bien d’amour ici, d’amour d’abord et d’amour seul. Une passion dont Jésus nous a donné le goût et tracé le chemin : "Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime". » [1]

 

Pierre et Mohammed – Bande annonce

 

 

Jusqu’au 28 juin 2014 dans la crypte de l’église Saint-Sulpice (33, rue Saint Sulpice – PARIS)

Les jeudis, vendredis et samedis à 12h30

Informations et réservations : 06 64 64 01 51

 

http:// www.pierre-et-mohamed.com/

 

[1] Extrait de l’homélie de Prouilhe, juin 1996

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