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« Wintershining », ou « éclat d’hiver », voilà comment Roman définit la "Vertep", une "crèche vivante itinérante" qui incarne fondamentalement la tradition ukrainienne en ces fêtes de Noël. Dans le monde slave, Noël est fêté le 7 janvier et les fêtes se terminent le 19 par la célébration du baptême du Christ. Si la tradition de la Vertep a réussi à être maintenue durant l'époque soviétique malgré les interdictions, chacun a à cœur de continuer à lui donner sens et vie chaque année en la colorant des nuances de l'histoire contemporaine.

Cette année, la communauté du Point-Cœur de Lviv a eu la joie de participer à une Vertep, en collaboration avec des amis de l'Académie des Beaux-Arts et de Katia, actrice et metteur en scène. Les spectateurs, heureux de voir avec quel professionnalisme la troupe avait été conduite, étaient intéressés par l'originalité du texte aussi bien que par la réalisation.

La Vertep raconte l’histoire d’un cosaque parti en guerre pris entre son désir de se battre pour un monde meilleur et les tentations de céder à l’abattement et aux propositions du diable… Mais l’ange est là pour lui redonner courage car le vrai espoir réside dans la naissance du Christ, Prince de la Paix, dont la royauté divine n’est pas pour plaire à Hérode, qui, lui, meurt et donne son âme au diable. Ce conte de Noël s’est avant tout fait à l’image de la vie, dans laquelle chacun est tiraillé et doit choisir tôt ou tard son camp.

 

Durant cinq jours, treize joyeux artistes de tous bords ont laissé papiers et pinceaux pour se lancer dans un autre type de création et de performance. Après des répétitions éclaires et intenses, la petite troupe s’est déplacé d'une maison à l'autre, d'une église à la maison du Maire, en passant par la maison de retraite, le théâtre philharmonique et le domicile de plusieurs professeurs de l’Académie.

Chacun s’est senti libre de s’exprimer et tout ce qui semblait d’abord mauvais ou erroné a ensuite été transformé en quelque chose de meilleur, au fur et à mesure que le projet grandissait et s’étoffait. Katia relève la « pureté et l’absence de barrières » dans le jeu des néophytes, puisque dépourvu des schémas inculqués dans une école d’art dramatique. Tandis que Nadia s’émerveille de voir la capacité créatrice née de la communion de personnes si différentes, Micola souligne que ce « Temps Saint » et le Mystère qui l’habite a beaucoup contribué à ce que le résultat dépasse toutes ses attentes.

D’ailleurs, les "comédiens" ont tous étés ravis de l'exigence de Katia à ce que chacun donne le meilleur de soi, tous ayant leur importance. C’est sans doute la valorisation des petits rôles qui a permit de rendre le spectacle très dynamique : les chants alternant le texte, les chorégraphies laissant place à l'improvisation. Et si l'on demande à Micola, le scénariste, s'il est satisfait de la mise en scène proposée par Katia, il répond qu'elle a su d'elle-même peindre l'image qu'il avait en tête lorsqu'il pensait à telle ou telle personne en écrivant le rôle de chacun.

L’aspiration des comédiens était non seulement de témoigner de leur foi en Jésus, réponse ultime de notre quête de sens, mais aussi à inviter les spectateurs à agir à travers de petits pas, des gestes simples mais des engagements concrets dans l’élaboration d’un monde plus juste. C’est donc avec ferveur que chacun des acteurs s’est donné, non sans avoir été largement récompensés par l’émerveillement que l’on pouvait voir dans les yeux des plus petits comme des plus grands.

Au travers d'une représentation théâtrale de l'annonce de la naissance du Christ, on touche à l'essence de l'être humain aussi bien qu'au mystère d'un Dieu qui se fait Homme. Quel étonnement cela serait de voir dans nos bus et tramways de joyeux troubadours d'un jour, chanter allègrement, comme les bergers d'alors, cet avènement qui vient tout bousculer, à commencer par notre propre vie !

 

Sur cette vidéo, on retrouve la joyeuse bande dans le tramway de Lviev

 

 

 

 

 

 

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