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Alberto Nisman : un martyr pour l’Argentine ?

L’Argentine vit des moments de grande confusion et d’un certain désarroi après la mort du procureur Alberto Nisman, le lundi 18 janvier. Depuis 2004, Nisman était chargé de l’enquête sur l’attentat terroriste le plus important en Argentine depuis des décennies. Le 18 juillet 1994, une voiture piégée explosait devant une mutuelle juive (AMIA) à Buenos Aires, faisant 85 morts et quelques 300 blessés. En 2006, la justice argentine accusait le gouvernement iranien comme principal coupable de cette action terroriste.

Le mercredi qui précéda sa mort, le procureur avait publié de graves accusations contre le gouvernement actuel. Selon lui, un accord avait été fait avec le gouvernement iranien pour empêcher la justice de continuer les recherches. Il avait utilisé l’expression : « pacte d’impunité ». Le jour de sa mort, il devait faire une déclaration devant le Congrès et présenter les preuves de ses accusations.

Les causes de sa mort n’ont pas pu être élucidées par la justice. Certains parlent d’un suicide, d’autres d’un assassinat fait par des tueurs professionnels. Une arme a été trouvée à ses cotés avec ses empreintes digitales.

Il est sûr que la cause profonde de la mort du procureur fut sa passion pour la vérité et son désir de justice. Les témoins qui l’ont vu les dernières heures coïncident tous pour dire qu’il  travaillait sans relâche et qu’il craignait pour sa vie.

Il est indéniable que c’est un fait grave qui nous laisse, nous argentins, perplexes et profondément attristés. Une vieille dame résumait le sentiment général par ce cri : « qu’est-ce qui nous arrive à nous les argentins ? » Il est difficile d’échapper à la tentation du cynisme ou du désarroi.

Santiago Kovadloff (72 ans), un intellectuel et philosophe juif de renom, prononça un discours lors de l’enterrement du procureur Nisman : « là ou ne règne pas la justice, la vie dans sa signification spirituelle la plus élevée ne peut pas non plus régner[1] ».

Lors d’une interview donnée à une radio et en répondant à la question du journaliste : «Comment allez-vous ? » il a répondu : « Il n’est pas possible de sentir bien, parce qu'être témoin et participant en même temps de cette atmosphère et de cette tragédie, à 72 ans, c’est être écrasé par l’éternité de ce jour que vit l’Argentine, à la merci du délit, avec des institutions fragiles qui font penser que le pays n’a rien appris de l’expérience. (…) La sensation de manque de défense, non seulement du risque individuel, mais de sentir que le pays est orphelin …[2] » Il ajoute une phrase pour affirmer sa passion pour la vérité et la valeur de la parole: « Nous sommes des hommes qui insistent, et oui. Qui insistent et insistent (il s’est mis à pleurer). Pour quoi ? Pour que les mots ne deviennent pas des ordures ![3] »

Nisman et Kovadloff ont le courage de continuer à croire dans notre pays, de tenter un chemin pour sortir du cynisme ambiant. L’un d’entre eux l’a payé de sa vie. L’autre nous enseigne que la seule attitude vraie devant la réalité est cette douleur courageuse de celui qui ne nie rien, mais qui, avec ses larmes, devient le représentant d’un pays désemparé mais qui reste debout : « Nous marchons, nous marcherons une et mille fois. La mort, c’est le pain quotidien avec lequel la corruption nous alimente. Ce n’est pas autre chose. Nous avons peur de la lâcheté, de l’indifférence, de l’égoïsme, de l’insensibilité. De tout ce qui endort la conscience de cette Argentine appauvrie. Arrachée à l’espérance par ceux qui ont le devoir de semer l’espérance[4] »

 

Articles en español de Santiago Kovadloff

www.lanacion.com.ar/1764299-donde-la-justicia-no-impera-tampoco-triunfa-la-vida

www.lanacion.com.ar/1761433-de-duelo-y-desamparados

 


[1] Donde la justicia no impera, tampoco triunfa la vida

[2] No se puede estar bien porque, ser testigo y partícipe al mismo tiempo de esta atmósfera y de esta tragedia y tener 72 años (…) es estar abrumado por la eternidad de este día en que vive la Argentina a merced del delito, con instituciones frágiles que te impiden sentir que el país haya aprendido de su experiencia. (…) La sensación de indefensión, no sólo del riesgo de la individualidad, sino la orfandad de un país y la incapacidad que tenemos de aprender de las experiencias

[3] Somos hombres que insisten, y sí. Insisten e insisten [solloza y se quiebra]. ¿En qué? ¡En que las palabras no se conviertan en una basura! 

[4] Marchamos, marcharemos una y mil veces. La muerte es el pan diario con el que nos alimenta la corrupción. No otra cosa. Le tememos a la cobardía. A la indiferencia. Al egoísmo. A la insensibilidad. A todo lo que adormece la conciencia de esta Argentina empobrecida. Arrancada a la esperanza por quienes tienen el deber de sembrar esperanza.

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