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Du Nutella à la Doctrine Sociale de l’Eglise : qui était Michele Ferrero ?

Le 14 février dernier, Michele Ferrero, le « père » de Nutella, décédait à l’âge de 90 ans. C'eut été une terrible entrée en Carême si, par ailleurs, le secret de fabrication n'avait été détenu par l’entreprise « Ferrero », fondée par le père de Michele en 1946 – 3 ans seulement avant le lancement du précurseur du Nutella.

Le Nutella… Les scientifiques se sont intéressés au comportement euphorique de notre cerveau et de notre palais lorsqu’ils communient ensemble à la joie d’une bonne cuillerée de Nutella, généreusement tartiné sur une tranche de pain ou consommé directement, sans autre « accessoires ». Pour ma part, j’ai toujours privilégié ce dernier mode de consommation, participant ainsi au succès de ce produit qui se trouve sur la table de trois français sur quatre. Chaque seconde, 9,5 kilos de Nutella sont dégustés par les consommateurs du monde entier. La France qui ne compte que pour 1% de la population mondiale représente 26% de la consommation mondiale, ce qui la place en tête du peloton des nations « accros » au Nutella.

Au delà de ces chiffres qui permettent d’imaginer la fortune de Michele Ferrero, nous aimerions nous pencher sur le sens qu'il donnait à la richesse, à son entreprise et tout simplement à sa vie.

Pour nombre de personnes, être riche, très riche, signifie apparaître dans la liste annuelle (dont faisait partie l'entrepreneur) des multi-milliardaires publiées par le magazine Forbes. Pour Michele Ferrero, la richesse revêt un tout autre sens, en tout cas beaucoup plus profond. Il n’a jamais caché ses convictions chrétiennes, même si, bien entendu, ce fait était rarement relayé dans les journaux. Il a été élevé dans une famille catholique italienne et par les frères de la congrégation de Somasque dont le charisme était l'éducation de la jeunesse et, tout spécialement, l’aide aux jeunes sans famille, abandonnés ou orphelins.

Cette éducation chrétienne l’a amené bien avant l’heure à s’engager dans les problèmes sociaux, dans le lien qui peut exister entre capital, entreprise et partage des richesses. Cet engagement, il l’exprimait ainsi à ses employés : "mon unique souci est que notre entreprise puisse garantir à ses employées la sécurité de l’emploi. Et je vous assure que je ne serai satisfait que lorsque j’aurai réussi à donner, à vous et à vos enfants, un futur serein." Aujourd’hui, l’entreprise Ferrero compte plus de 34.000 employés répartis dans 53 pays. "Ce n’est pas une entreprise mais une oasis de bonheur, disait l’an dernier Francesco Paolo Fulci, le président de Ferrero. En 70 ans, nous n’avons jamais connu un jour de grève." (Même si l'usine française connut une grêve en 2011, ndr). 

Michele Ferrero avait une grande dévotion pour Notre-Dame de Lourdes. Il voulait qu’il y ait une statue de la Sainte Vierge dans chacune des usines du groupe et il réunissait ses cadres à Lourdes. "C’est à la Madone que nous devons notre succès", leur répétait-il.

Dans sa lettre encyclique intitulée Le pélerinage de Lourdes, Pie XII avertissait des dangers potentiels du matérialisme. Elle est parue en 1957, l’année même où Michele prit la responsabilité générale de l’entreprise

Cet accord profond de Michele avec la doctrine sociale de l’Église s’est traduit en acte de bien des façons. Dans l’usine-mère du groupe, à Albe, son lieu de naissance dans le Piémont – depuis longtemps surnommée Nutellapoli – les salaires sont plus élevés que partout ailleurs en Italie. L’entreprise finance la crèche ainsi que les activités sportives et culturelles organisées par les salariés, et naturellement il y a la mutuelle, dont on continue de bénéficier jusqu’à la mort, quand on a été salarié pendant 30 ans dans l’entreprise.

"C’est à la Madone que nous devons notre succès"

En 1983 Michele Ferrero avait créé, toujours à Albe, la Fondation qui porte son nom, dont le logo porte sa devise : "Travailler, Créer, Donner". En 2005, il avait créé les Entreprises Sociales Ferrero, qui existent aujourd’hui en Inde, en Afrique du Sud et au Cameroun : de véritables entreprises fonctionnant comme les autres entreprises, mais conçues pour créer des emplois dans des zones défavorisées et s’engageant à financer des projets concernant la protection de la santé et l’éducation des enfants les plus pauvres.

Aujourd’hui, Michele Ferrero a rejoint Celui et Celle qu’il a cherchés tout au long de sa vie à servir. Mais il laisse derrière lui un héritage, beaucoup plus humain qu’un simple héritage financier. Ne rend-il pas non plus concrète cette phrase du Christ qui répondait à l’étonnement de ses disciples sur le fait qu’il est difficile pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu : "Rien n’est impossible à Dieu" ?

Et comme le Carême ne rime pas avec triste mine, laissez moi terminer cette brève contribution avec cette petite histoire : "Un jour, dans la cafétéria d'une école primaire catholique, les enfants étaient alignés pour le petit-déjeuner. Au bout de la table, il y avait un grand plateau de pommes. La religieuse en charge du service fit un écriteau : "Ne prenez qu'une seule pomme. Dieu vous regarde". Un peu plus loin, à l'autre bout de la table, il y avait des pots de Nutella. Une autre note s'y trouvait : "Prenez tout ce que vous voulez. Dieu regarde les pommes…". 

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3 Commentaires

  1. FGUILLET

    J'ai entendu parler pour la première fois de M Ferrero aux sanctuaires de Lourdes peu après son décès et de sa grande générosité :"puissent ses héritiers continuer à servir Notre Dame de Lourdes comme il l'a fait tout au long de sa vie!" ai je entendu dire.Votre article cher Bernard ne fait que confirmer ces propos.

  2. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    Une belle vie, en effet. Dommage que l'apport calorique du Nutella en interdise le goût à toutes les personnes qui surveillent leur poids ! Mais à la défense de M.Ferrero, son invention remonte à une époque où l'on était soucieux d'une meilleure alimentation des enfants et non des risques d'obésité.

  3. osens

    C'est beau de découvrir les trésors des personnes. Juste un bémol pour le Nutella, c'est la quantité d'huile de palme qui le compose.