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Tadao Ando – du vide à l’infini

« L’essentiel de l’architecture c’est d’ouvrir le cœur des personnes et les toucher au point qu’ils soient heureux d’être sur terre. La question centrale est : comment l’architecture peut-elle enthousiasmer ? » 

Ces mots entament le film documentaire de Mathias Frick sur la vie et l'œuvre de Tadao Ando. Certainement l’architecte le plus connu au Japon, il est actuellement tenu pour le maître du minimalisme. Né en 1941 à Osaka, il s’est tourné très tôt vers la boxe dont il va faire son métier. Rapidement il s’est intéressé au Corbusier et, après sa carrière de boxeur professionnel, il s’est formé de façon autodidacte comme architecte en voyageant en Europe, aux États-Unis et en Afrique. Riche de cette expérience internationale et très inspiré par les différentes formes d’architectures, il a ouvert en 1969 son propre cabinet d’architecte à Osaka : Tadao Ando Architect & Associates.

Le Panthéon – la première inspiration

Pour Tadao Ando, le Panthéon (Sancta Maria ad Martyres à Rome) représente l’origine de l’agencement intérieur (Raumgestaltung) et c’est le premier monument qu’il désirait visiter.

« Je pouvais sentir la force qui s’étendait sur l’humanité depuis plus de 2000 ans grâce à la contemplation de la lumière qui se donne dans ce lieu dans toute sa plénitude et son acuité. J’ai appris à travers elle comment un clair et pâle rayon de soleil peut émouvoir le cœur d’un homme. (…) Lors d’une autre visite, un prêtre et quelques croyants sont entrés dans le bâtiment et ont commencé à chanter. Je n’oublierai jamais ce moment où leurs voix ont fait respirer et rayonner le superbe monument. » Il souligne ainsi que l’architecture n’est pas seulement appréhendée par la vue mais aussi par les cinq sens.

Caractéristiques de son architecture

L’architecture de Tadao Ando se définit par un minimalisme conséquent. Celui-ci se limite au langage des formes simple en renonçant à tous les éléments de décoration. C’est ainsi que Tadao Ando utilise le plus souvent le béton, le verre et le bois, avec les lesquels il crée des signes caractéristiques : la clarté, la simplicité et l’esthétique. Le lien avec la nature est également très important dans son architecture et il essaye toujours d’introduire le paysage dans ses constructions.

Au premier abord, les bâtiments de Ando semblent très renfermés. Mais cette impression se transforme quand on y entre, car, à travers l’organisation de l’espace et le choix très réfléchi des fenêtres, c’est-à-dire des « entrées de lumières », il arrive à créer une ambiance dans laquelle on se sent à la fois bien et en sécurité.  Il ne divise pas l’espace pour en faire quelque chose de fonctionnel.

Ainsi Ando forme exactement le contraire de ce que l’on associe normalement avec le béton : il offre une atmosphère de douceur et des transitions spatiales agréables. Il utilise un mélange spécial de béton qui lui permet d’assouplir la texture des murs la rendant presque semblable à celle de la peau. La température des murs n’est également pas celle qu’on pourrait attendre du béton, ils conservent la chaleur du soleil ce qui leur donne une certaine chaleur.

Ando conçoit ses bâtiments de telle façon que de simples rayons de lumière viennent décorer les murs, brisant ainsi un peu le coté très épuré du lieu. À travers cela, le lien avec la nature est rendu plus perceptible. Aucun autre architecte ne donne autant d’importance aux jeux d’ombre et de lumière. Ces jeux naissent de l’action du soleil. Le credo de Tadao Ando est : « La lumière éveille l’architecture à la vie ». II voit le ciel comme un élément important pour structurer l’espace.

Tadao Ando n’est pas seulement un génie pour ce qui est de la réalisation de ses visions pour les bâtiments eux-mêmes, mais aussi dans l’utilisation de l’environnement qu’il sait parfaitement intégrer à la construction. Personne ne maîtrise l’ « art du paysage » comme Tadao Ando.

Church of the Light – Église de lumière

L’Église de lumière à Ibaragi, Osaka, qu’il a construite en 1989 reste l’une de ses œuvres les plus importantes. Le milieu de l’espace (Raummitte) y est conçu comme le lieu du rassemblement, la lumière va y être conduite à travers des fentes dans les murs. Tadao Ando dit qu’il cherchait un espace de paix, une sorte de repos de l’âme. Alors que dans beaucoup de bâtiments officiels l’entrée est mise particulièrement en valeur, chez Tadao Ando elle n’est même pas visible au premier regard. Le visiteur n’entre pas directement dans le coeur du bâtiment, mais il devra passer par un chemin étroit et tortueux. Cela sert aussi le recueillement intérieur de celui qui entre. Une fois entré, il n’y a que quelques fenêtres et quelques fentes pour porter le regard vers l’extérieur. Dans le cas de l’Église de lumière, le cœur de l’espace est occupé par une croix formée par les rayons de lumière. Celui qui regarde cette croix de lumière a l’impression qu’elle pourrait franchir les murs épais.

« Je voulais créer un lieu dans lequel la lumière permette aux personnes de se recueillir, un lieu qui les conduisent à réfléchir. La réflexion de la lumière permet un lien très fort avec la nature. Chacun sent d’une façon qui lui est propre, qu’il n’est pas seul. Dans la communauté nous comprenons que nous sommes dépendants des autres. Au Panthéon la lumière tombe à travers une ouverture de 8 mètres de diamètre dans le plafond. J’ai commencé à travailler mes plans avec cette impression en tête.

Quand j’ai vu à quel point la lumière dans l’église du Corbusier à Ronchamp entrait de façons différentes, j’ai eu cette pensée : les hommes et leurs cultures sont si différents, mais de même que des rayons de lumières si divers peuvent ensemble donner la lumière blanche, de même notre humanité ne naît que de l’existence de tous. »

Ando a toujours affirmé que son architecture n’était pas abstraite. Il recherche plutôt un archétype. Grâce à l’utilisation de matériaux simples, il arrive à transmettre une vision claire de la vie. Ce qui n’empêche pas que l’imagination soit également mise en mouvement car là où il n’y a rien, l’homme commence à chercher et finit aussi toujours par trouver quelque chose.

Source :  Frick, Mathias : film documentaire : Tadao Ando –  du vide à l’infini, DVD 2013

 

Vidéo sous-titrée en anglais 

 

Même extrait (plus court) en français :

 

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