Home > Eglise > Le Pape François à Cuba

Il est environ 3h45 du matin quand nous arrivons à l’historique place de la Révolution de la Havane. Depuis quelques jours une immense affiche de Jésus-Christ dressée sur un bâtiment avoisine les imposants visages illuminés du Ché et de Camilo. Il n’y a pas de doute je suis bien à Cuba et le Pape François arrive dans quelques heures. Ajoutant à la magie du moment nous sommes accompagnées de quelques amis fidèles qui sont venus partager ce moment historique avec nous. La fatigue se lit sur certains visages, mais surtout de l’enthousiasme et de l’impatience. L’impatience qui n’a cessé de grandir depuis l’annonce de sa venue il y a six mois. Dans ce contexte politique de changement et d’ouverture, son passage sur cette île est très attendu par le peuple cubain qui a soif d’espérance.

7h00 –  le ciel cubain se dévoile petit à petit, quelques éventails s’agitent déjà, l’atmosphère est de plus en plus vive et agitée. Nous prions le chapelet avec un groupe de mexicains venus pour l’occasion. Ce moment donne un peu plus d’unité et de sens spirituel à cet assemblement. Nous remettons ainsi cette rencontre tant attendue entre les mains de la Sainte Vierge.

Les premiers mots d’introduction résonnent dans les enceintes, appelant à la prière du Notre Père remettant au centre Celui pour qui nous sommes réunis ici.

7h50 – Nous déroulons la banderole de Points-Cœur, il fait grand jour. Les drapeaux de Cuba, du Vatican mais aussi de Colombie, Mexique, Argentine s’agitent dans le ciel, à l’image des esprits qui s’impatientent.

8h00 – La Pape François arrive enfin sur la place ! La sainte messe animée par des chants au rythme cubain se veut simple et accessible à tous. Pendant l’homélie, tant attendue, le pape invite à l’engagement concret au service des plus fragiles. Je suis marquée par l’atmosphère de respect qui règne sur la place, avec de vrais moments de silence et de recueillement malgré la présence de beaucoup d’incroyants, les travailleurs et membres du Parti ayant été appelés à se joindre aux catholiques ainsi que toute la population quelle que soit sa croyance. Le Pape termine la messe par une bénédiction finale. Sans le savoir ces messages qui étaient adressés aux cubains résonnent aussi en moi au cœur de ma mission. Défilent alors dans ma tête les visages de nos amis du quartier « ceux qui ont perdu l’espérance, et qui ne trouvent pas de raisons pour continuer à lutter ; pour ceux qui souffrent l’injustice, l’abandon et la solitude ; prions pour les personnes âgées, les malades, les enfants et les jeunes, pour toutes les familles en difficultés, pour que Marie sèche leurs larmes, les console par son amour de Mère, leur rende l’espérance et la joie. »

 « Avec Marie au pied de la Croix que nous puissions comprendre qui est vraiment « le plus important », et que signifie être avec le Seigneur et participer à sa gloire. (…) Comme elle nous l’a enseigné aux noces de Cana, soyons attentifs aux petits détails de la vie et ne cessons pas de prier les uns pour les autres pour qu’il ne manque à personne le vin de l’amour nouveau, de la joie que Jesus nous apporte. »

17h – Nous avons la chance d’assister aux vêpres à la cathédrale Saint Christophe en présence du Pape François avec les consacrés. Tout près du Saint Père nous sommes toutes émues d’assister à ce moment unique. Au début de la célébration, nous assistons au témoignage touchant d’une religieuse qui s’occupe de personnes lourdement handicapées à « Edad de Oro ». L’émotion des débuts dans cette structure, ce long chemin d’apprentissage de la connaissance de l’autre malgré les différences, « à distinguer les cris de souffrance ou de joie ». Nous les connaissons, nous allons tous les mardis dans ce centre. Un vrai clin d’œil à ce que nous vivons ici. Le Saint Père nous exhorte à vivre le privilège et l’exigence de la pauvreté et de la miséricorde. « Que le Seigneur nous accorde pauvreté et miséricorde parce que c’est là qu’est Jésus. »

19h – Devant le Centre Culturel du Père Félix Varela, moment de sa visite particulièrement attendu, le Pape adresse quelques mots aux jeunes avec simplicité et enthousiasme. Un appel à l’unité malgré les différences de croyances et d’idéologie, à « créer l’amitié sociale » et à vivre dans l’espérance. Il termine en rappelant aux jeunes comme l’a dit Félix Valera qu’ils sont « la douce espérance de la Patrie ».

Après cette magnifique journée, je suis marquée par les commentaires des cubains que nous rencontrons. Particulièrement des personnes athées, qui pour beaucoup, à ma grande surprise, ont suivi la messe à la télévision. Ils nous témoignent de leur respect pour la personne du Pape François. « Je ne suis pas croyant, mais je peux vous dire que c’est un grand homme ». me dit Señor René, vendeur de fruits et légumes. J’ai senti un enthousiasme général après cette journée. Les cubains ont beaucoup été marqués par sa présence qui se veut proche du peuple. Jesus, 28 ans : « C’est quelqu’un qui est proche de nous, comme un ami, comme un frère. Et c’est de cela dont nous avons besoin. Il ne nous regarde pas d’en haut. Car comment peux-tu transmettre l’Evangile si tu ne le vis pas ? ». Ramiro, 66 ans : « Saint Jean-Paul II touchait plus à la politique parce que comme il était polonais il comprenait bien la situation. Le Pape François touche plus au peuple. » Beaucoup m’ont également fait part qu’ils étaient touchés par sa préoccupation pour les plus fragiles comme il l’a souligné dans son homélie. Señor Andres qui vit dans la rue me dit : « C’est un appel au cœur de chaque cubain à l’amour et à la solidarité et au pardon. Au pardon, j’insiste sur ce mot. » Ramiro, conclut : « Je considère qu’il y a un avant et un après « Pape François » comme c’était le cas pour la visite de Jean Paul II. »

Puisse cette visite du Pape laisser au cœur des cubains une empreinte d’espérance et un souffle nouveau pour réaliser les changements qu’ils attendent tellement pour leur belle île.

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1 Commentaire

  1. Bruno Anel
    Bruno Anel

    Etrange pays que Cuba. Comment font donc les frères Castro pour s'y maintenir au pouvoir depuis 55 ans ? Par la répréssion bien sûr, mais bien d'autres régimes autoritaires n'ont pas résisté à la pression populaire en Amérique latine. Les Caraïbes ont-elles une tradition démocratique moins ancrée dans leur culture?  Nos amis du Point-Coeur de Cuba pourront peut-être nous éclairer. Souhaitons que la visite de François à Cuba ait les mêmes effets que celles de Jean-Paul II en Pologne.