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De la manif pour tous à la lutte contre la GPA : les lignes bougent !

Les Assises pour l’abolition de la GPA ont eu lieu le 2 février, à l’Assemblée Nationale. Ce qui avait tout pour n’être qu’un combat d’arrière garde de plus, mené par une certaine droite, s’est donc largement émancipé des clivages partisans classiques. Autour de Sylviane Agacinski, présidente de ces Assises, on trouve en effet des personnalités notables de la gauche comme Elisabeth Guigou, député et ex-garde des Sceaux, des écologistes, comme José Bové, ou des féministes historiques comme Marie-Jo Bonnet, ex-membre du Mouvement de Libération de la Femme et fondatrice des « Gouines rouges ». L’heure des alliances nouvelles a-t-elle sonné ?

Marie-Jo Bonnet 

Marie-Jo Bonnet le reconnaissait dans Le Figaro, en répondant aux questions d’Eugénie Bastié il y a quelques jours : au moment de mobiliser les troupes, « il y a eu une intimidation suite à la Manif pour Tous : la gauche n'a pas osé se saisir du sujet de crainte de tomber dans l'amalgame avec la droite ». Mais, ajoute-t-elle, « il n'y a pas de GPA éthique. Les enfants ne peuvent être un produit d'échange, ce sont des êtres humains. On ne peut pas donner son enfant. Ce n'est pas un progrès, c'est une régression. Tuer la mère, c'est même LA régression ».

Deux lignes de front se joignent autour de la lutte contre la maternité de substitution : la défense de la dignité de la femme et la lutte contre un courant libéral-libertaire sans limites qui aboutit inévitablement à la soumission de toute une frange de la population mondiale – les plus pauvres où sont exploitées les mères porteuses –, au profit d’une petite minorité, riche, bien portante, et prétendument maîtresse de la vie. Autrement dit, défendre la dignité féminine conduit inévitablement à s’opposer au libéralisme avide de puissance. C’est même une nouvelle forme de la lutte des classes qui vient ainsi à la lumière. Les nouveaux clivages de la lutte ne sont cependant plus déterminés par une appartenance de classe, mais par une prise de conscience. C’est de l’être humain qu’il s’agit. Et de ce que l’on est prêt à en faire.

Marie-Jo Bonnet insiste : « C'est quelque chose qui nous touche en profondeur. Même moi qui n'ai pas d'enfants, je suis touchée dans mes tripes, dans mon identité de femme. Beaucoup de lesbiennes d'ailleurs sont mobilisées. La maternité fait partie de l'identité de la femme, comme une potentialité, une capacité à donner la vie. Ce n'est pas parce qu'on a choisi de ne pas la donner que ça ne fait pas partie de nous. C'est un langage universel et symbolique ». Pour elle, « c'est un combat universel », une lutte pour la survie de l’esprit humain menacé par l’hégémonie de la technique qui tend à transformer l’être humain et à substituer ses aspirations les plus profondes par une foi en un pseudo pouvoir d’apprentis sorciers, maîtres autoproclamés de l’avenir et du progrès. « L'impuissance spirituelle de nos sociétés occidentales, qui ne croient plus en rien, ajoute-t-elle, nous pousse à une fuite en avant dans la technique, présentée comme le seul refuge de la puissance. Nous sommes dans un monde qui ne croit plus qu'en la technique et en l'argent ».

Forte d’une longue vie de militante active, elle espère fermement pouvoir obtenir gain de cause. De ces Assises dit-elle, « j'attends une prise de conscience citoyenne ». Et plus largement une réflexion en profondeur que nous pourrions qualifier d’anthropologique. En effet, « le débat ne se résume pas uniquement à la gestation pour autrui, mais à la fabrication de l'humain. Il revient à cette question : quelle société pour demain ? Quelque chose s'est mis en marche que nous ne contrôlons pas ». Ainsi, pour Marie-Jo Bonnet, « il ne faut pas baisser les bras, être des éveilleurs de conscience ! Rien n'est inexorable ! »

Nous ne pouvons pour notre part que nous réjouir de telles prises de positions, et de la nouvelle donne politique qu’elle amorce. Ici, il ne s’agit plus de se déterminer en fonction d’une éventuelle appartenance partisane, ou d’une prétendue vision sociétale obligatoirement progressiste. Si un tel manichéisme a pu une nouvelle fois peser dans la balance au moment du débat concernant le mariage de personnes du même sexe, aujourd’hui, il apparaît dépassé. Désormais, à chaque question sociétale posée, il ne s’agit plus seulement de répondre en fonction d’un impératif de progrès, mais bien de réfléchir à partir d’un regard plus profond et plus large sur l’homme, le sens de la société, et même, visiblement, d’une certaine transcendance. Il ne peut donc plus être possible de gober les dogmes de la pensée unique sans les interroger sérieusement et nous demander où ils conduisent.

Une telle mutation des lignes du débat est en elle-même un fameux signe d’espérance pour tous ceux qui sont attachés à défendre la vie, comme à promouvoir une certaine image inaliénable de l’homme et de la femme. Ces Assises et ce mouvement amorcé par la gauche, c’est en effet un grain de sable dans la machine technico-matérialisto-libérale – l’ennemi commun de tous ces improbables alliés – et cela devrait l’empêcher de s’emballer impunément avec le consentement de la majorité silencieuse confortablement installée devant sa télévision. Nous pouvons même rêver que d’autres questions soient ainsi remises un jour sur le tapis. Des questions qui, encore aujourd’hui, sont évoquées comme des acquis définitifs, mais qui, à la faveur de ces nouvelles alliances inattendues, pourraient bien perdre ce statut d’inattaquable. « Il ne faut pas baisser les bras. Il faut être des éveilleurs de conscience ! Rien n’est inexorable ! »

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Voir également : Tempi.It

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