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Père, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Vendredi Saint. L'image et le chant comme pour porter le cri déchirant. Le cri de la rédemption qui fait basculer le monde dans le silence de la compassion. Une invitation à s'arrêter un peu pour écouter, contempler et se laisser prendre par le drame universel de la Passion. 

Photo : Aude Guillet, Crucifix, Monastère d'Univ, Ukraine

Texte du répond de l'office des matines du vendredi saint : 

Tenebrae factae sunt,
dum crucifixissent Iesum Iudaei :
et circa horam nonam exclamavit Iesus voce magna :
Deus meus, ut quid me dereliquisti?
* Et inclinato capite emisit spiritum.
V. Exclamans Jesus voce magna, ait : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum. 
* Et inclinato capite emisit spiritum.

*

Les ténèbres se firent, 
tandis que les Juifs crucifiaient Jésus : 
et vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : 
Mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? 
* Et, inclinant la tête, il rendit l’esprit.
V. Jésus s'écria d'une voix forte : Père, entre tes mains, je remets mon esprit
* Et, inclinant la tête, il rendit l’esprit.

(Mt 27, 45 ; Jn 19, 30, Lc 26, 46 )

*

Chant grégorien, cinquième répond de l'office nocturne du vendredi saint (forme extraordinaire), 
Paroissien Romain 800, p. 680, Codex de St Gall 391, p. 24.
Chant : D.C.
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2 Commentaires

  1. Denis Cardinaux
    Denis Cardinaux

    Dépossédé par la prière. Adrienne von Speyr, L’expérience de la prière, p. 58-59

    Les fidèles qui ont aimé le Seigneur sont au pied de la croix, d’une certaine manière dépossédés de la prière. Ils avaient appris à prier avec lui et à travers lui, ils avaient appris à porter au Père les choses qu’il leur enseignait. Demander pour soi et pour les autres. Et ils savaient que le Seigneur prenait part à cette prière, comment ? ils étaient bien sur incapables de le dire. Mais ils se sentaient reconnus et entraînés par le Seigneur, et il y avait des choses qui s’accomplissaient et qui confirmaient sa parole.

    Mais voilà que le Seigneur meurt sous leurs yeux. Ils sont totalement impuissants à faire quelque chose, ils sont renversés par les évènements ; à certains moment, il peut leur sembler qu’ils n’ont absolument rien à voir avec ce qui se passe sur la croix. C’est trop terrifiant cela les touche de trop près, cela déchire ce qui s était vitalement noué entre le Seigneur et eux. A d’autres moments, ils pressentent une sorte de rapport. Il souffre pour eux, pour l’humanité entière, il meurt en suprême obéissance. Dès que de tels rapports se présentent à leur esprit, ils savent qu’ils devraient absolument prier. Mais comment la croix peut-elle être la teneur et la source de cette prière nouvelle ? Cela leur reste voilé. Là précisément où ils devraient prier avec insistance, la substance même de la prière vient à manquer. Et ils ne savent pas s’en remettre silencieusement à Dieu pour qu’il remplisse leur âme : car leur âme déborde presque de souffrance.

    Ils ne savent pas non plus dire avec le Fils : « Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », car ils ne peuvent vraiment pas porter sa déréliction ; et ils ne peuvent pas non plus adresser à leur Seigneur cette même question, car il ne les a pas abandonnés de plein gré. Et lorsqu’il dit : « C’est accompli », ils ne peuvent discerner l’obéissance et l’accomplissement de la promesse qui s’y trouvent exprimés. Tout est trop grand, tout est trop proche ; ils n’ont pas de recul. Eux non plus n’ont pas vraiment abandonné le Seigneur, ils ne voulaient pas se détourner de lui. Ils n’avaient pas été invités à l’accompagner. Ils ont conscience qu’au mont des Oliviers, tandis qu’ils dormaient, quelque chose s’est passé qui ressemblait à une séparation, et cela leur pèse comme une faute. Mais ils ne savent pas pour autant de façon tellement assurée que leur présence ici, à ce moment précis, est pour eux comme le prolongement du mont des Oliviers.

    Leur attitude du moment est celle que Dieu demande : souffrir sans comprendre. Le point où ils peuvent se rejoindre, c’est l’instant où le Seigneur pousse son dernier cri. Crier, cela ils le peuvent, mais ils ne peuvent proférer de parole, ni tenir une conversation. Ils sont si fatigués, si déprimés qu’ils ne crient pas avec lui. Rentrant chez eux, ils ne portent en eux qu’une grande question douloureuse. C’est un pourquoi, sans plus, auquel ils ne savent joindre aucun membre (p. 60) de phrase. C’est fini. Ils n’aperçoivent nulle part un commencement nouveau. C’est l’anéantissement de tant de choses qui auparavant semblaient respirer la vie et la clarté. Tout est tellement changé qu’il n’y a plus de sens à donner à un aujourd’hui. Tout a cessé à la croix. Et s’ils se désolent encore, c’est dans un espace de temps impossible à comprendre qu’ils le font. Ils sont tous meurtris. Où que soit la question, elle fait mal, et c’est partout.

    Ce n’est que plus tard qu’ils comprendront que cette douleur était une forme d’accompagnement. Et que si la douleur n’avait pas la forme de la prière, elle avait cependant part à la prière qui devait, à la suite du Seigneur, revêtir cette figure.