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Une découverte exceptionnelle pour les 100 ans de la naissance de Yehudi Menuhin

Voici exactement 100 ans que Yehudi Menuhin naissait à New York de parentes juifs d'origine russe. Comme pour fêter cet évènement, une découverte vient d'être réalisée : des enregistrements audios et vidéos inédits d'un concert important. Retour sur un destin exceptionnel. 


Yehudi Menuhin, Gstaad, 1976  Vidéogramme- Mesch & Ugge AG
(source : http://memoriav.ch/projects/concerts-yehudi-menuhin-gstaad-1976/)

Yehudi Menuhin commence l’étude du violon à 3 ans et donne son premier récital à 7 ans, montrant une virtuosité exceptionnelle.Il étudie avec Louis Persinger puis est envoyé en Europe où il choisira pour maître George Enescu. A l’âge de 13 ans, il joue en un même concert les trois « B » (Brahms, Beethoven et Bach), ce qui fera s’exclamer Albert Einstein : « Maintenant, je crois qu’il y a un Dieu ! »

Pendant la seconde guerre mondiale, il joue au camp de Bergen Belson, fidèle à son rêve d’enfant : « Enfant, je jouais en ayant ce rêve naïf de pouvoir soigner le cœur malade des gens, remplissant ainsi la mission juive. J’ai même imaginé que si je pouvais être suffisamment inspiré en jouant la Chaconne de Bach dans la chapelle Sixtine sous les yeux de Michel-Ange, tout ce qui est ignoble et vil dans notre monde disparaitrait miraculeusement. »


Ave Maria de Schubert (Film Stage Door Canteen, il joue pour les soldats. Art de la consolation)

 

En 1947, il retourne en Allemagne et joue sous la baguette de Wilhelm Furtwängler[1], devenant ainsi le premier musicien juif à faire acte de réconciliation après l’holocauste.

Durant les années 50 et 60 il mène une grande carrière de soliste et de chef d’orchestre.

Bruno Monsaingeon, dans son reportage The art of violin[2] dit qu’il est « le violoniste le plus naturel de tous les temps et que le son qu’il forme est composé de multiples couches colorées. De ce fait, il pénètre directement dans le cœur de l’auditeur. »

Il a à cœur de partager son talent en fondant des écoles de musique comme la Fondation Live Music Now qui forme des musiciens à travailler auprès de communautés qui ont peu l’occasion d’écouter des concerts en live, leur apportant joie et réconfort.

Si Menuhin ouvre l’âme à la Beauté, il porte aussi une conscience aigüe de sa propre fragilité. « Le musicien est par nature, pécheur : ses sentiments, sa fragilité, la contrition ainsi que le remord et la nostalgie qu’il ressent font partie intégrante de son jeu »[3].

En 1999, il parle de la 9ème Symphonie de Beethoven dans le reportage De la Beauté et de la Consolation : « Les normes de la beauté ressemblent beaucoup à celle de la femme, de la nature. Elle doit être empreinte d’un tempérament vif, capable d’extrêmes sinon elle est insipide. Elle doit exprimer la passion, la révolte, la colère, et en même temps une très grande tendresse, une chaleur et une promesse : l’espérance. (…) Beethoven peut exprimer une grande violence, recourir à des dissonances, des demi-tons avec puissance et intransigeance qui nous impressionnent, mais sa musique est faite de thèmes contrastés qui expriment l’attraction et la répulsion de l’homme qui finalement sont sublimés. »

Il y a une étroite relation chez Yehudi Menuhin entre l’expressivité qui émane de la musique et la relation vivante qu’il entretient avec ses contemporains. « La musique est pour moi une sorte d’union avec toute l’humanité. La musique m’a toujours fait avancer, la musique m’a gardé libre. »

Une découverte sensationnelle

Le 12 avril dernier, on apprenait dans les journaux la découverte de “35 bandes magnétiques magnétiques 2 pouces des premiers et uniques enregistrements intégraux de concert en couleurs de Yehudi Menuhin”. Il les avait lui-même fait enregistrer dans l’église de Gstaad, à Saanen en Belgique.

Un réalisateur de l’époque, Gianni Paggi, aurait donné une information qui aurait permis de retrouver ces documents disparus. Le 17 avril, on devait commencer à copier les bandes pour le traitement des données, les corrections d’images et du son, afin de préparer une diffusion de télévision ainsi qu’une édition DVD. Les bandes sons devraient également être disponibles sur le site de la Phonotèque nationale Suisse.

Christoph Stuehn, directeur de Memoriav a indiqué : "Nous sommes heureux d'avoir pu retrouver, sauver et conserver ces enregistrements extraordinaires de celui qui est peut-être le plus grand violoniste virtuose du XXe siècle".

Cette découverte fait de cet anniversaire un évènement exeptionnel à bien des titres. 

 


[1] Connu pour ses relations étroites avec le régime nazi.

[2] The art of violin, 1h 42min 50sec jusqu’à la fin : https://www.youtube.com/watch?v=2or09nXBUPg&list=RD2or09nXBUPg

[3] Yehudi Menuhin, La leçon du Maître, page 57

 

 

 

 

 

 

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1 Commentaire

  1. AMY Laurence

    Bonjour,

    Merci pour l'épatant article sur Sir Y.Menuhin.

    L'église de Saanen, près de Gstaad est fort appréciée pour ses propriétés acoustiques : elle abrite de très nombreux concerts, dont ceux du Festival de Musique Yehudi Menuhin…en Suisse ! Raison pour laquelle les documents sonores retrouvés sont à la Phonothèque Nationale Suisse !

    Meilleures salutations

    L.Amy