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George Clooney précède le Pape en Arménie

L’acteur George Clooney était dimanche dernier en Arménie, en compagnie du chanteur Charles Aznavour, pour remettre le prix Aurora à la Burundaise Marguerite Barankitse. Cet événement fut l’occasion de rappeler le premier génocide du XXème siècle : le massacre des Arméniens par les Turcs de l’Empire Ottoman.

Non sans un certain cynisme, mais aussi pour se dédouaner du coût humain de ses entreprises, Hitler un jour demanda : « Qui se souvient des Arméniens ? » Dimanche dernier, l’acteur George Clooney a répondu à cette question : « Le monde entier » a-t-il affirmé. Sa présence a en effet donné à ce 101ème anniversaire du génocide arménien une très large couverture médiatique.

Fils d’immigrés irlandais, Clooney fait sien le combat de son épouse Amal qui défend l’Arménie dans un fameux procès contre le courant négationniste. Malgré de nombreuses réticences, le massacre de plus de 200 intellectuels arméniens le 24 avril 1915 est désormais regardé comme le commencement de ce que beaucoup d’historiens reconnaissent comme le premier génocide du XXème siècle, au cours duquel plus d’un million et demi d’Arméniens ont trouvé la mort. Des dizaines de milliers d’orphelins furent forcés à la conversion, et réduits en esclavage. Rappelant l’histoire de sa propre famille malmenée et finalement accueillie au États-Unis, et en saluant le courage de la Burundaise Marguerite Barankitse, Clooney a dit que « nous sommes tous le résultat d’un acte de gentillesse ».

Avant cette remise de prix, l’acteur américain avait participé à une liturgie célébrée par le responsable de l’Église orthodoxe arménienne, le Catholicos Karekin II, à l’intention des martyrs du génocide. Il a ainsi précédé de quelques mois le Pape François, dont la visite est annoncée pour le 24 juin prochain.

Le Saint Père a exprimé son désir de visiter l’Arménie en novembre dernier et se rendra donc sur place malgré les tensions diplomatiques très fortes provoquées autour de la mémoire de la tragédie du peuple arménien. En 2015, lors la messe du centenaire, le Pape avait parlé du premier génocide du XXème siècle et provoqué le rappel de l’ambassadeur turc près le Saint Siège. Ce n’est qu’au début de l’année 2016 que la Turquie a finalement rouvert sa représentation diplomatique. À ce jour, le génocide n’est officiellement reconnu que par une vingtaine de pays dont la France, la Russie, l’Allemagne, l’Argentine, l’Italie, l’Uruguay, et le Venezuela. Vendredi dernier, le président Barack Obama a refusé pour sa part d’employer le terme même de génocide, au moment de faire mémoire de cette « mass atrocity ».

Mais, pour le Saint Père, il ne s’agit pas seulement d’une lutte sémantique. Le rappel de ce qui s’est passé il y a désormais un peu plus d’un siècle doit en effet nous aider à regarder la situation présente au Moyen Orient. « Je pense avec tristesse à ces régions comme Alep, qui furent, il y a une centaine d’années, un refuge sûr pour les quelques survivants [du génocide], a-t-il dit à un groupe d’évêques arméniens. Récemment, ces régions ont vu la persévérance des Chrétiens, et non seulement des Arméniens, durement mises à l’épreuve ».

Bien que le massacre des arméniens ne fut pas provoqué avant tout par des motivations religieuses, les victimes furent largement chrétiennes, comme le Pape l’a rappelé à ces mêmes évêques : « Parmi vos frères et sœurs, ils furent nombreux à prononcer le nom du Christ, au moment de verser leur sang ou de mourir de faim dans leur exil forcé ».

La mémoire du génocide arménien réveille ainsi l’attention sur la situation des Chrétiens au Moyen Orient. Elle souligne par là l’urgence et la nécessité de toujours chercher la vérité, en histoire notamment. Comme le rappelle le Saint Père, si, à la violence des faits, s’ajoute la violence de leur falsification, alors aucune miséricorde n’est plus possible, et aucune vie sociale ne peut être envisagée sereinement.

 

Sources pour cet article :

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