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Monseigneur Minassian, artisan d’unité

L’entrée dans l’Avent marqua aussi l’entrée dans l’arène pour les candidats à la présidentielle française. Et leur course aux électeurs a placé sur le devant de la scène un conflit jusqu’ici ignoré, dédaigné, méprisé d’une opinion publique, abêtie par la Covid-19 et ses sinistres statistiques : la guerre déclarée à l’Arménie par l’Azerbaïdjan et la Turquie. Les prétendants à la présidence, eux, n’oseraient toutefois ignorer, mépriser, dédaigner le vivier d’électeurs que représente l’immense diaspora arménienne en France. Ils se fendent donc d’un petit séjour chez les Arméniens.

Éric Zemmour s’est ainsi rendu en Arménie du 11 au 14 décembre. La fierté des Arméniens, la beauté de leur liturgie, le tragique de leur destin mais leur confiance en la vie… Tout cela l’aura touché. Une rencontre, en particulier, l’aura marqué : celle du Patriarche de Cilicie des Arméniens, Monseigneur Minassian.

 

Monseigneur Minassian (Source)

 

Riche idée, à l’aube d’une lutte sans merci pour la victoire, que d’aller rencontrer un artisan de paix. Monseigneur Minassian est lui aussi un combattant ; son objectif, cependant, n’est pas le titre de président : c’est l’unité de l’Église. A la tête d’une Église orientale, Monseigneur Minassian a le ferme sentiment de son indéniable appartenance à l’Église universelle, épouse du Christ. Comme le soulignait le cardinal Henri de Lubac : « … il ne suffirait pas de dire que les Églises particulières ont à être insérées dans l’Église universelle : elles le sont par leur existence même. Aussi l’Église universelle n’est-elle point une d’une unité « fédérative » (…) : elle est l’épouse du Christ. Son unité est « organique et mystique . » Il faut pourtant travailler à la faire advenir sur la terre.

Raphaël Bedros Minassian est né au Liban, dans une famille de la diaspora arménienne. Après son ordination au sacerdoce, il a servi aux États-Unis et au Liban avant d’être nommé Exarque Patriarcal de Jérusalem et Amman. En 2011, le Pape Benoît XVI le nomme Évêque ordinaire des Arméniens de rite catholique en Europe de l’Est. Il occupera ce poste jusqu’au 23 septembre 2021, date à laquelle il est élu Patriarche de Cilicie des Arméniens, soit primat de toute l’Église catholique arménienne. Sans avoir fait campagne, il a été appelé, il a répondu oui. Il a obéi.

Cette promotion ne l’a pas rendu orgueilleux mais toujours plus désireux d’œuvrer pour l’unité. Soyons prophètes en notre pays, et commençons par l’Arménie ! Les relations n’ont jamais été très cordiales entre les Églises arméniennes catholique et apostolique. Même aujourd’hui, alors que le pays souffre et se bat, la collaboration n’est pas à l’ordre du jour. A moins que… Mettant son orgueil de côté, sans, toutefois, se laisser marcher sur les pieds, Monseigneur Minassian suscite une rencontre avec Gareguine II, Patriarche Suprême et Catholicos de l’Église Apostolique Arménienne. « Nos Églises sont réconciliées », affirme-t-il avec un sourire en coin, qui veut bien dire qu’il n’est pas encore au bout du chemin. Mais une forme d’amitié a pu s’instaurer. Il a fait un pas. Un pas sur le chemin de l’unité.

« Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. » [1]Luc, 9, 58 S’il osait, Monseigneur Minassian ferait sienne cette phrase du Christ. Bien que siégeant officiellement à Beyrouth, il a passé, depuis trois mois, plus de temps dans un avion qu’à la maison. D’Erevan où il a séjourné quelques jours en décembre, il se rendra en Géorgie pour rencontrer Élie II, Catholicos-Patriarche de l’Église orthodoxe géorgienne. La Géorgie est un pays frontalier, à un pas de l’Arménie… Un pas sur le chemin de l’unité. L’Épiphanie, Monseigneur Minassian la fêtera en Russie. Disons plutôt qu’il renoncera à la commémorer, puisque le 6 janvier, à Moscou, c’est la messe de Noël qui sera célébrée. Monseigneur Minassian sera alors aux côté de Cyrille, Patriarche de Moscou et de toute la Russie. Après un long voyage… Un grand pas. Un pas sur le chemin de l’unité.

Au talent de diplomate, Monseigneur Minassian en ajoute un second qui pourrait épauler le premier en certaines transactions : celui de préparateur de liqueur. Du jardin d’Éden qui entoure l’Évêché d’Erevan, il sait cultiver les nombreux fruits… Et en tirer profit. Miel et confitures à foison, vodka et cognac maison… Il saura, si besoin est, amadouer Saint Pierre. Et se retrouvera, nous n’en doutons pas, à la droite du Père !

References

References
1 Luc, 9, 58
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