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Jyoti Sahi, l’art comme pont entre les cultures

A travers sa peinture, Jyoti Sahi a consacré sa vie à ouvrir un dialogue entre la culture hindoue, son symbolisme et sa mystique, et la foi chrétienne. Au-delà des idées et des doctrines, son art rejoint la "grotte intérieure".

"L’art est un mariage"

« Je suis né d’un père indien et d’une mère anglaise. Ma famille paternelle est hindoue – mon grand-père était même moine hindou. Du côté de ma mère on est chrétiens. Pour moi l’art a été un moyen de réconcilier ces deux traditions. »

« J’ai commencé à dessiner à l’église presbytérienne : ma mère m’emmenait au service et pour m’occuper me donnait des crayons et du papier ; je m’installais sous le prie-Dieu. Les gens regardaient par-dessus le banc pour voir ce que je faisais ! » Ma mère était attirée par les images et c’est ce qui l’a conduite à se convertir au Catholicisme. Elle était enseignante et utilisait l’art comme méthode d’éducation. Aussi, c’est assez naturellement que je suis allé étudier dans une école d’art – à vrai dire j’ai un diplôme en design et non en art. Cependant je n’ai jamais voulu entrer dans le monde de l’art où il faut se battre pour se faire connaître, il faut faire un maximum d’expositions… c’est un monde terrible ! » 

Le chemin que suit Jyoti Sahi est différent. Il passe un temps dans un monastère bénédictin et il y rencontre Bede Griffits un moine anglais parti en Inde avec le projet d’établir une vie monastique chrétienne à l’indienne. Bede Griffits l’invite à Kurisumala, son monastère dans les montagnes du Kerala. C’est là qu’il rencontre sa future épouse, Jane. L’intuition du Père Griffits est de fonder un village d’artistes lié au monastère. 

A la fin des années 60, l’Eglise en Inde cherche à mettre en œuvre les directives du Concile Vatican II tout juste achevé. C’est dans ce contexte que se crée un centre pour la liturgie et la catéchèse à Bangalore. Ses responsables appellent Jyoti Sahi pour travailler avec d’autres artistes sur les relations entre le Christianisme et la culture. C’est l’époque où beaucoup de chrétiens indiens découvrent avec enthousiasme la possibilité d’exprimer leur foi d’une manière plus proche de leur culture.

L'art de Jyoti Sahi s’apparente à une sorte d’exégèse : « pour moi l’art est une manière de présenter la Bible ». Son art est un pont : il cherche comment Jésus peut rejoindre tout homme. Il n’est pas le prophète des Catholiques mais le Fils de Dieu : Il est pour tous. 

Jyoti Sahi exprime sa foi et les images bibliques à l’aide de symboles indiens. « Bede Griffits m’a suggéré de faire des mandalas[1] chrétiens. Au début en Inde les gens ont dit c’était hindou, qu’il ne fallait pas faire ça. C’est païen ! De nos jours c’est différent. Dans l’école de design où je suis professeur je continue à organiser des ateliers autour des mandalas. C’est vrai que c’est une philosophie. Les mandalas sont utilisés pour le yoga. » Jyoti Sahi reprend des thèmes chers aux hindous comme la montagne sacrée, le Dieu de la danse, l’arbre sacré, etc. Les images de la mythologie hindoue traversent son œuvre et rencontrent la Révélation chrétienne. Ainsi le Jésus dansant (image ci-contre), une image de la Résurrection inspirée par la fameuse figure de Shiva Nataraja, qui représente Dieu dansant dans sa création. 

Jyoti écrit aussi beaucoup : livres et articles sont consacrés à la problématique de la rencontre de l’Evangile et de l’Inde. Il dessine aussi plusieurs chapelles et églises à travers l’Inde. Sa dernière grosse commande est en 1992 où il dessine la cathédrale de Benarès, lieu hautement symbolique. 

1992, un tournant dans le regard des chrétiens vis-à-vis de l’Hindouisme

En 1992 a lieu la démolition de la Mosquée d’Ayodhya et la montée du mouvement nationaliste. Les chrétiens et les musulmans commencent à se sentir menacés. En réaction, on assiste alors à un rejet complet dans le monde chrétien de toute forme d’iconographie hindoue, considérée comme étant brahmanique et oppressive, liée aux hautes castes alors que se dessine en parallèle la montée de la « théologie dalit », une émanation de la théologie de la libération. 

« A partir de 1996 je me suis intéressé à l’art tribal. Je n’ai plus trop fait des « Trimurti », même si ça m’intéresse toujours. Je suis toujours intéressé par les Upanishads et les Ecritures Hindoues … mais je ne vais forcer personne à regarder cela. A vrai dire la majeure partie de mon travail concerne la Bible… »

Après de longues années où la question culturelle a été mise entre parenthèses dans l’Eglise Catholique, elle suscite un nouvel intérêt aujourd’hui, même si le contexte politique n’est pas très favorable : de nombreux artistes sentent leur liberté de création menacée par le mouvement nationaliste au pouvoir qui déclare « antinational » tout ce qui est trop critique du gouvernement.


[1] Mandala : dans le tantrisme hindou et bouddhique, diagramme symbolique représentant l’évolution et l’involution de l’univers par rapport à un point central. (http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/mandala/49047)

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